La série « Énigmes à Bourvillec » chroniquée sur Mauvais Genres Rade de Brest

Le secret d’Amélie, 3e tome d’Énigmes à Bourvillec, de Jean-Paul Birrien, a rencontré comme les deux volumes précédents un véritable engouement de la part des lecteurs et des journalistes.

Roque Le Gall, chroniqueur de Mauvais Genres Rade de Brest, a présenté sur le site de cette association les trois tomes de la série.
1970 :  » Bourvillec  » c’est un coin tranquille « …

C’est François Lannuzel qui le dit. Tout le monde l’appelle Fanch et Fanch sait de quoi il parle, il est le facteur de cette bourgade rurale de 1 275 âmes située en centre —Finistère. Il sait tout ce qui se passe à Bourvillec. Enfin presque… Il ne comprend pas, par exemple, pourquoi Charles Le Rohellec, un type peu ordinaire a disparu pendant des années pour réapparaître quinze ans plus tard  » pour mettre tout le monde dans sa poche « . En peu de temps, Le Rohellec est devenu le maire et le principal employeur de la commune, le patron de l’équipe de foot…  » Il fait la pluie et le beau temps « .  » Le roi du village est sur le point d’apporter gloire et fortune à Bourvillec qu’il a réussi à faire classer  » station climatique  » « .  » Bourvillec pourrait d’ici peu devenir aussi connu que Lourdes ou Vittel !  »

C’est alors qu’une  » mauvaise série  » va commencer : un garagiste qui se pend à la grue de sa dépanneuse en bordure de la voie express, un agriculteur qui se noie dans sa fosse à lisier, un Arabe qui tombe d’un échafaudage…  » Mauvaise série  » tout simplement ? Ce n’est pas l’avis du jeune inspecteur stagiaire André Leveau qui pense qu’il se passe trop de choses bizarres dans ce patelin…

Avez-vous déjà entendu parler de Bourvillec, petite commune du Finistère, située entre Carhaix et Châteaulin, pas très loin de Quimper ? Non ? Pas étonnant si l’on en croit l’adjudant de gendarmerie de Plougalan qui prétend que Bourvillec est  » le trou du cul de la Bretagne « . Et doit-on tenir compte des dires d’un habitant de Plougalan, la commune rivale, même si celui-ci est un membre respecté de la maréchaussée…

Ce que l’on peut dire c’est que Bourvillec, jadis paradis des pêcheurs, ne manque pas de personnages savoureux et pittoresques : la mère Morvan qui porte un lourd secret. Sa fille Rosalie qui  » a réussi « … Elle  » est montée  » à Brest où elle a ouvert un commerce… Monique, la receveuse des Postes qui a des faiblesses pour son facteur. Josette, la très dévouée (trop dévouée ?) secrétaire de Mairie. Raymond et Simone, le couple à la Dubout du Café des Sports. Jeannot la Presse, le marchand de journaux. Madame Le Terrier, la vieille institutrice de 98 ans. Le vieux Cauzian, l’ancien ouvrier de la tannerie… Il y a encore Mimi Buissonec, Yann Le Guern —  » le type le plus intelligent de Bourvillec  » — Marius, Daniel Martin, l’instituteur, Le vieux Taridec… Il y a surtout Fanch, le facteur qui connaît tout le monde et que tout le monde apprécie…

Et avez-vous déjà entendu parler de Jean-Paul Birrien, directeur des services municipaux de Carhaix, Morlaix puis Concarneau ? Sachez qu’il nous offre là un polar  » original et drôle « .

Un très bon polar ! Une très agréable surprise ! On en redemande !…

Roque Le Gall

Dinard. Fin de l’été 1974.

Il s’appelle Charles Dubois. Il va bientôt avoir 37 ans. Il y a un mois, il a vu un film américain, « GATSBY LE MAGNIFIQUE »’ « Un film formidable ». Il a aussi lu le livre. Depuis lors, il parle comme Gatsby, il s’habille comme Gatsby, il se prend pour Gatsby. Tout comme Gatsby, il a même rencontré sa Daisy, qui ne s’appelle pas Daisy. Elle se prénomme Emma. Emma et Freddy, son petit ami, ont projeté de cambrioler la belle villa que Charles habite avec sa mère. En fait, Freddy attaque la banque locale. Le hold-up tourne mal. Freddy et Emma doivent alors prendre la fuite dans la Bentley de Charles qui a décidé de les accompagner. Enfin, ce n’est pas vraiment la Bentley de Charles, et Charles n’est pas vraiment le riche héritier que Freddy et Emma imaginent. Pas plus qu’il n’est « un espèce d’aventurier, ou un gangster, quelque chose comme çà », comme il finit par leur laisser croire.

De Dinard à Nantes, puis de Nantes à Bourvillec, dans le Finistère, une folle cavale va alors s’engager. Une cavale des plus meurtrières.

« C’était comme au cinéma ! Ca ne se passe jamais comme on s’y attend, il y a toujours des imprévus ». (page132)
« Arrête ton cinéma » est le troisième roman de Jean-Paul Birrien et le deuxième tome d’une série intitulée « Enigmes à Bourvillec » (le premier tome étant « Tournée de campagne ».).

J’avais bien aimé son premier roman « Bloody Mairie ». J’avais beaucoup aimé « Tournée de campagne ». J’ai beaucoup, beaucoup aimé ce troisième opus et celà pour diverses raisons.
Tout d’abord, « le retour à Bourvillec ».
Ah, Bourvillec ! « C’est dans le Finistère, en plein milieu. Un bled perdu, ravitaillé par les corbeaux ». (page 167)
« Un coin peinard », Enfin, pas tout le temps !
J’ai également apprécié « l’écriture en double (qui) entrecroise les réflexions du personnage principal avec le déroulement de l’action » qui nous ramène au début des années 70.

L’auteur a su créer des personnages « savoureux et attachants ». La petite Rose, pour ne citer qu’elle.

Et surtout, surtout, il y a Charles !

Charles, « un garçon intelligent qui a fait de brillantes études » et qui a « explosé en vol » alors qu’il préparait les grandes écoles. Charles qui n’est pas fou, attention ! Il souffre simplement d’une destructuration de la personnalité.
Charles qui va passer du rôle de spectateur à celui d’acteur.

Et quel acteur !

Un personnage singulier que le lecteur n’est pas prêt d’oublier !

Ce road-movie à l’armoricaine, cette cavale fantastique, tragique mais ô combien tendre et humoristique, est une totale réussite !

« Plus je réfléchis, plus je me dis que mon histoire ferait un film formidable », se dit Charles, page 132. En tout cas, avec l’histoire de Charles, Jean-Paul Birrien a écrit un livre formidable !

Roque Le Gall

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le plus difficile dans mon boulot de facteur ce n’est pas de distribuer le courrier, c’est de me rappeler ce que les gens m’ont demandé. (page 44)
si Amélie faisait la muette, elle n’était pas sourde. (page 77)

« Bourvillec c’est un coin tranquille, où il ne se passe jamais rien. C’est ce qu’on croit, mais détrompez-vous, il se passe parfois des choses ! »
C’est François Lannuzel qui le dit. Le facteur de Bourvillec. « Alors forcément, il sait pas mal de choses. »
Par exemple qu’Edouard Couchouron « avait été obligé » de partir en Amérique, il y a 20 ans. Il avait rejoint, là-bas, son frère Michel. En cette année 1975, il est revenu au pays, « les poches pleines de dollars. » Il se fait à présent appeler Eddie, roule en Cadillac et surtout il a racheté l’abattoir municipal et a créé pas mal d’emplois.
A la même époque, un jeudi matin, le cadavre d’André Chapuis, l’ancien Juge de Paix est retrouvé à son domicile. Il a été sauvagement assassiné. La coupable ne peut être que sa bonne, Amélie Péron !… Amélie Péron qui n’adresse plus la parole à personne depuis 30 ans.

Un vrai roman feuilleton à faire pleurer dans les chaumières. (page 231)
Quand je pense qu’on se plaignait qu’il ne se passait jamais rien ! Et bien ces derniers temps, on a été servis. (page 295)

Qu’on se le dise ! ils sont de retour ! Qui donc ? Les personnages pittoresques de Bourvillec, commune désormais célèbre du centre Finistère. Il y a là Raymond et Simone, les patrons du Café  des Sports, le seul bistrot du bourg, Marius (qui en réalité s’appelle Antoine) qui gère l’Hôtel du Midi (le seul hôtel du bourg également), le Maire rigide, Daniel Martin, le Député Alain Lepellan, bien moins rigide et bien plus retors, Josette Cotton, la secrétaire de Mairie, « la pire commère de Bourvillec ». Amélie Péron, la bonne du Juge Chapuis, sévère et redouté, Amélie qui ne parle à personne, qui n’a plus ouvert la bouche depuis 30 ans. « Les gens disent que c’est une sorcière. » Il y a aussi Yann Le Guern, le type le plus intelligent de Bourvillec. Il s’est mis en tête de devenir écrivain.
Il y a surtout des vieux et même des très vieux : Madame Le Terrier, l’ancienne institutrice, le Père Pennec qui espère une décoration hypothétique avant de passer l’arme à gauche, le vieux Polotec, communiste primaire et nostalgique du Tour de France, le vieux Cauzan qui connaît bien des histoires.
Impossible de tous les citer.
Il ne faut tout de même pas oublier François Lannuzel, Fanch, qui vient juste d’avoir 33 ans, l’âge du Christ à ce qu’on dit. Fanch le facteur naïf et serviable, à l’ancienne (à lui seul, un argument contre la réforme plus que probable de la Poste), Fanch qui nous raconte la vie de la commune, le déroulement de l’enquête, à sa façon, une façon ô combien curieuse et savoureuse.

Le secret d’Amélie est « une enquête policière pleine d’humour et de rebondissements. » C’est surtout « une chronique villageoise » savoureuse que j’ai beaucoup, beaucoup, appréciée.

Page 299, il est écrit :
« Il restait sûrement d’autres secrets à découvrir dans ce drôle de village. »
Faites-nous les vite découvrir Monsieur Birrien !

Roque Le Gall

Mauvais Genres Rade de Brest : un site pour les mordus de polar…

Mauvais Genres Rade de Brest est une association de passionnés chroniquant romans policiers, romans noirs, science-fiction, et autres « mauvais genres » littéraires.
Une vraie mine de renseignements pour les amateurs !
Vous y trouverez notamment de nombreuses chroniques des ouvrages des Éditions du Palémon.
Nous vous invitons donc à visiter leur site au plus vite :

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