Le secret d’Amélie
La série “Énigmes à Bourvillec” chroniquée sur Mauvais Genres Rade de Brest
Mercredi, février 17th, 2010 | divers | Pas de commentaire
Le secret d’Amélie, 3e tome d’Énigmes à Bourvillec, de Jean-Paul Birrien, a rencontré comme les deux volumes précédents un véritable engouement de la part des lecteurs et des journalistes.
C’est François Lannuzel qui le dit. Tout le monde l’appelle Fanch et Fanch sait de quoi il parle, il est le facteur de cette bourgade rurale de 1 275 âmes située en centre —Finistère. Il sait tout ce qui se passe à Bourvillec. Enfin presque… Il ne comprend pas, par exemple, pourquoi Charles Le Rohellec, un type peu ordinaire a disparu pendant des années pour réapparaître quinze ans plus tard ” pour mettre tout le monde dans sa poche “. En peu de temps, Le Rohellec est devenu le maire et le principal employeur de la commune, le patron de l’équipe de foot… ” Il fait la pluie et le beau temps “. ” Le roi du village est sur le point d’apporter gloire et fortune à Bourvillec qu’il a réussi à faire classer ” station climatique ” “. ” Bourvillec pourrait d’ici peu devenir aussi connu que Lourdes ou Vittel ! ”
C’est alors qu’une ” mauvaise série ” va commencer : un garagiste qui se pend à la grue de sa dépanneuse en bordure de la voie express, un agriculteur qui se noie dans sa fosse à lisier, un Arabe qui tombe d’un échafaudage… ” Mauvaise série ” tout simplement ? Ce n’est pas l’avis du jeune inspecteur stagiaire André Leveau qui pense qu’il se passe trop de choses bizarres dans ce patelin…
Avez-vous déjà entendu parler de Bourvillec, petite commune du Finistère, située entre Carhaix et Châteaulin, pas très loin de Quimper ? Non ? Pas étonnant si l’on en croit l’adjudant de gendarmerie de Plougalan qui prétend que Bourvillec est ” le trou du cul de la Bretagne “. Et doit-on tenir compte des dires d’un habitant de Plougalan, la commune rivale, même si celui-ci est un membre respecté de la maréchaussée…
Ce que l’on peut dire c’est que Bourvillec, jadis paradis des pêcheurs, ne manque pas de personnages savoureux et pittoresques : la mère Morvan qui porte un lourd secret. Sa fille Rosalie qui ” a réussi “… Elle ” est montée ” à Brest où elle a ouvert un commerce… Monique, la receveuse des Postes qui a des faiblesses pour son facteur. Josette, la très dévouée (trop dévouée ?) secrétaire de Mairie. Raymond et Simone, le couple à la Dubout du Café des Sports. Jeannot la Presse, le marchand de journaux. Madame Le Terrier, la vieille institutrice de 98 ans. Le vieux Cauzian, l’ancien ouvrier de la tannerie… Il y a encore Mimi Buissonec, Yann Le Guern — ” le type le plus intelligent de Bourvillec ” — Marius, Daniel Martin, l’instituteur, Le vieux Taridec… Il y a surtout Fanch, le facteur qui connaît tout le monde et que tout le monde apprécie…
Et avez-vous déjà entendu parler de Jean-Paul Birrien, directeur des services municipaux de Carhaix, Morlaix puis Concarneau ? Sachez qu’il nous offre là un polar ” original et drôle “.
Un très bon polar ! Une très agréable surprise ! On en redemande !…
Roque Le Gall
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Il s’appelle Charles Dubois. Il va bientôt avoir 37 ans. Il y a un mois, il a vu un film américain, « GATSBY LE MAGNIFIQUE »’ « Un film formidable ». Il a aussi lu le livre. Depuis lors, il parle comme Gatsby, il s’habille comme Gatsby, il se prend pour Gatsby. Tout comme Gatsby, il a même rencontré sa Daisy, qui ne s’appelle pas Daisy. Elle se prénomme Emma. Emma et Freddy, son petit ami, ont projeté de cambrioler la belle villa que Charles habite avec sa mère. En fait, Freddy attaque la banque locale. Le hold-up tourne mal. Freddy et Emma doivent alors prendre la fuite dans la Bentley de Charles qui a décidé de les accompagner. Enfin, ce n’est pas vraiment la Bentley de Charles, et Charles n’est pas vraiment le riche héritier que Freddy et Emma imaginent. Pas plus qu’il n’est « un espèce d’aventurier, ou un gangster, quelque chose comme çà », comme il finit par leur laisser croire.
De Dinard à Nantes, puis de Nantes à Bourvillec, dans le Finistère, une folle cavale va alors s’engager. Une cavale des plus meurtrières.
« C’était comme au cinéma ! Ca ne se passe jamais comme on s’y attend, il y a toujours des imprévus ». (page132)
« Arrête ton cinéma » est le troisième roman de Jean-Paul Birrien et le deuxième tome d’une série intitulée « Enigmes à Bourvillec » (le premier tome étant « Tournée de campagne ».).
J’avais bien aimé son premier roman « Bloody Mairie ». J’avais beaucoup aimé « Tournée de campagne ». J’ai beaucoup, beaucoup aimé ce troisième opus et celà pour diverses raisons.
Tout d’abord, « le retour à Bourvillec ».
Ah, Bourvillec ! « C’est dans le Finistère, en plein milieu. Un bled perdu, ravitaillé par les corbeaux ». (page 167)
« Un coin peinard », Enfin, pas tout le temps !
J’ai également apprécié « l’écriture en double (qui) entrecroise les réflexions du personnage principal avec le déroulement de l’action » qui nous ramène au début des années 70.
L’auteur a su créer des personnages « savoureux et attachants ». La petite Rose, pour ne citer qu’elle.
Et surtout, surtout, il y a Charles !
Charles, « un garçon intelligent qui a fait de brillantes études » et qui a « explosé en vol » alors qu’il préparait les grandes écoles. Charles qui n’est pas fou, attention ! Il souffre simplement d’une destructuration de la personnalité.
Charles qui va passer du rôle de spectateur à celui d’acteur.
Et quel acteur !
Un personnage singulier que le lecteur n’est pas prêt d’oublier !
Ce road-movie à l’armoricaine, cette cavale fantastique, tragique mais ô combien tendre et humoristique, est une totale réussite !
« Plus je réfléchis, plus je me dis que mon histoire ferait un film formidable », se dit Charles, page 132. En tout cas, avec l’histoire de Charles, Jean-Paul Birrien a écrit un livre formidable !
Roque Le Gall
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“Bourvillec c’est un coin tranquille, où il ne se passe jamais rien. C’est ce qu’on croit, mais détrompez-vous, il se passe parfois des choses !”
C’est François Lannuzel qui le dit. Le facteur de Bourvillec. “Alors forcément, il sait pas mal de choses.”
Par exemple qu’Edouard Couchouron “avait été obligé” de partir en Amérique, il y a 20 ans. Il avait rejoint, là-bas, son frère Michel. En cette année 1975, il est revenu au pays, “les poches pleines de dollars.” Il se fait à présent appeler Eddie, roule en Cadillac et surtout il a racheté l’abattoir municipal et a créé pas mal d’emplois.
A la même époque, un jeudi matin, le cadavre d’André Chapuis, l’ancien Juge de Paix est retrouvé à son domicile. Il a été sauvagement assassiné. La coupable ne peut être que sa bonne, Amélie Péron !… Amélie Péron qui n’adresse plus la parole à personne depuis 30 ans.
Qu’on se le dise ! ils sont de retour ! Qui donc ? Les personnages pittoresques de Bourvillec, commune désormais célèbre du centre Finistère. Il y a là Raymond et Simone, les patrons du Café des Sports, le seul bistrot du bourg, Marius (qui en réalité s’appelle Antoine) qui gère l’Hôtel du Midi (le seul hôtel du bourg également), le Maire rigide, Daniel Martin, le Député Alain Lepellan, bien moins rigide et bien plus retors, Josette Cotton, la secrétaire de Mairie, “la pire commère de Bourvillec”. Amélie Péron, la bonne du Juge Chapuis, sévère et redouté, Amélie qui ne parle à personne, qui n’a plus ouvert la bouche depuis 30 ans. “Les gens disent que c’est une sorcière.” Il y a aussi Yann Le Guern, le type le plus intelligent de Bourvillec. Il s’est mis en tête de devenir écrivain.
Il y a surtout des vieux et même des très vieux : Madame Le Terrier, l’ancienne institutrice, le Père Pennec qui espère une décoration hypothétique avant de passer l’arme à gauche, le vieux Polotec, communiste primaire et nostalgique du Tour de France, le vieux Cauzan qui connaît bien des histoires.
Impossible de tous les citer.
Il ne faut tout de même pas oublier François Lannuzel, Fanch, qui vient juste d’avoir 33 ans, l’âge du Christ à ce qu’on dit. Fanch le facteur naïf et serviable, à l’ancienne (à lui seul, un argument contre la réforme plus que probable de la Poste), Fanch qui nous raconte la vie de la commune, le déroulement de l’enquête, à sa façon, une façon ô combien curieuse et savoureuse.
Le secret d’Amélie est “une enquête policière pleine d’humour et de rebondissements.” C’est surtout “une chronique villageoise” savoureuse que j’ai beaucoup, beaucoup, appréciée.
Page 299, il est écrit :
“Il restait sûrement d’autres secrets à découvrir dans ce drôle de village.”
Faites-nous les vite découvrir Monsieur Birrien !
Roque Le Gall
En exclusivité : les deux premiers chapitres du 3e volet d’Enigmes à Bourvillec “Le secret d’Amélie”
Jeudi, avril 23rd, 2009 | Jean-Paul Birrien et Énigmes à Bourvillec, auteurs bretons, divers | 2 commentaires
Le 3e volet de la série “Énigmes à Bourvillec“, très attendu, paraîtra le 11 mai 2009.
Intitulée “Le secret d’Amélie“, cette nouvelle enquête ravira les amateurs de romans policiers.
Originalité et humour garantis avec cette collection dont l’action se situe en centre-Finistère !
Vous pouvez dès à présent réservez cet ouvrage sur www.palemon.fr.
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CHAPITRE 1
Bourvillec c’est un coin tranquille, où il ne se passe jamais rien. C’est ce qu’on croit, mais détrompez-vous, il se passe parfois des choses ! Seulement on n’est pas toujours au courant. Enfin tout le monde n’est pas au courant ! Parce que pour moi c’est différent, je suis le facteur. Alors forcément, je sais pas mal de choses. Mon nom c’est François Lannuzel, mais tout le monde m’appelle Fanch. On est en 1975, et je viens tout juste d’avoir trente-trois ans, l’âge du Christ à ce qu’on dit.
Ma mère dit qu’on n’est jamais contents parce qu’on se plaint tout le temps qu’il ne se passe rien, et dès qu’il arrive quelque chose, on se plaint que ça dérange nos petites habitudes. Je crois qu’elle a raison, surtout quand elle dit qu’il y a plus malheureux que nous sur la terre. Mais n’empêche que des fois, on trouve quand même le temps un peu long.
Heureusement, depuis qu’Édouard Couchouron est revenu d’Amérique les poches pleines de dollars et qu’il a racheté l’abattoir municipal et la moitié du village, on peut dire que ça bouge à Bourvillec. Ça nous fait du bien et ça en bouche un coin à ces pignoufs de Plougalan. Il vaut mieux que je vous prévienne tout de suite, ceux de Plougalan on ne peut pas les voir. On ne sait pas pourquoi, mais ça a toujours été comme ça !
Et puis vous savez, ici c’est comme ailleurs. Le village a ses petits secrets dont on ne parle pas, mais qui font que parfois, les choses vont dans un sens au lieu d’aller dans l’autre. Et comme ce n’est pas toujours le bon sens, il n’y a que nous qui comprenons. Voilà pourquoi c’est important d’être né ici, je veux dire pour comprendre tout ça.
Certaines choses se sont passées il y a bien longtemps, avant ou pendant la guerre, et les gens n’aiment pas en parler. Moi j’étais trop jeune, et je ne sais pas tout. Mais vous avouerez que c’est quand même bizarre qu’Amélie Péron n’adresse plus la parole à personne depuis trente ans… Et puis Édouard Couchouron qui a été obligé de partir en Amérique il y a vingt ans, on ne sait même plus pourquoi… Et ça fait aussi vingt ans que la fille du notaire est devenue folle… Et comme par hasard depuis vingt ans le Juge ne sort plus de chez lui…
Quand je vous disais que notre village avait ses petits secrets…
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CHAPITRE 2
— C’est du gâteau, je vous dis, martelait Édouard en tapant du poing sur la table. Seulement il faut être prêt au bon moment.
— Ça va coûter cher, dit le père en hochant la tête. Tu crois pas que…
— Te casse pas la tête pour ça, coupa le fils d’un ton décidé, j’ai ce qu’il faut. Le problème ce sont les autorisations et les délais. Je dois faire les travaux tout de suite, autrement ça va me passer sous le nez. Alors si tu pouvais voir avec les conseillers municipaux, qu’ils soient tous d’accord pour arranger le coup avec l’Administration, et que ce connard de maire ne vienne pas encore m’emmerder avec sa réglementation.
— T’en as de bonnes, toi. Tu sais que certains d’entre eux commencent à se demander si…
— Dis-leur qu’il y aura une trentaine d’emplois en plus, coupa encore Édouard, ça devrait leur suffire.
— Bien sûr, mais…
— Mais quoi, dit la mère qui buvait les paroles de son fils, ils devraient plutôt remercier Édouard pour ce qu’il fait. Si ça te gêne, je peux y aller. Hein Édouard, on peut aller les voir ensemble, et le maire aussi, pourquoi pas ?
— Non, M’man, on aurait l’air de supplier, et ils se croiraient trop importants.
Il réfléchit quelques instants avant de se tourner vers son père.
— Tu n’as qu’à leur faire comprendre que de toute façon s’ils ne sont pas d’accord, je me passerai de leur autorisation, je me débrouillerai sans eux. D’ailleurs les travaux sont presque terminés. Dis leur aussi que je peux très bien m’installer à Plougalan ! Ça devrait les faire réfléchir.
— Ça c’est sûr ! s’esclaffa le père Couchouron en riant dans sa moustache.
Décidément son fils était beaucoup plus malin qu’il ne l’aurait cru. Il y a vingt ans, quand il l’avait expédié rejoindre son frère en Amérique, c’était une vraie tête brûlée. À l’époque Édouard lui en avait voulu, et sa femme aussi, mais après ce qui s’était passé, c’était la seule façon de calmer le Juge. Depuis les choses avaient changé, et cette vilaine affaire qui aurait pu leur coûter cher était oubliée. Et puis surtout, le Juge n’était plus ce qu’il était. D’ailleurs Édouard ne semblait plus penser à cette erreur de jeunesse. Par contre ses projets commençaient à faire peur à son père. Au début il trouvait normal d’aider son fils. Trop contente de se débarrasser de l’abattoir, la commune l’avait cédé pour une bouchée de pain, mais depuis Édouard n’arrêtait pas d’agrandir. Pour l’instant ça marchait, on ne pouvait rien dire, même si certains trouvaient ses méthodes un peu expéditives. L’Américain, comme on l’appelait, ne se gênait pas pour piquer la clientèle des concurrents. L’abattoir donnait déjà du travail à une cinquantaine de personnes, alors évidemment tout le monde trouvait ça bien. Mais les nouveaux projets lui faisaient peur. Son fils voulait carrément doubler la surface et traiter de la viande venue d’ailleurs. Il faut voir grand qu’il disait, et il n’arrêtait pas de parler de l’Europe. Jamais il n’aurait cru Édouard capable de ramener autant d’argent d’Amérique. Il n’avait pas réussi à savoir combien. Quand il posait la question, son fils ne disait pas deux fois la même chose, où bien il répondait à côté.
— De toute façon les machines sont commandées, elles arrivent demain, ajouta Édouard en se levant. Allez, faut que j’y aille, je vois le député à midi.
Il embrassa sa mère qui le serra affectueusement contre elle. Il n’était pas fâché de voir son père demeurer assis sur sa chaise, un peu déboussolé. Le pauvre Michel, son frère aîné, avait toujours été le préféré du vieux, et Édouard prenait un malin plaisir à démontrer à celui-ci que lui aussi était capable de faire quelque chose. Pauvre papa, comment pourrait-il comprendre ? À Chicago, Édouard avait vu un porc entrer dans l’abattoir et ressortir un quart d’heure plus tard transformé en saucisse, jambon, saucisson, poils de brosse, pommade à la graisse, et reliure de bible. Comment son paternel, à qui il faut une demi-journée pour tuer un cochon, pourrait imaginer une chose pareille ? Quant au reste, il valait mieux ne pas en parler. Alors il fonçait, et les mettait devant le fait accompli. Ça n’avait pas été facile au début quand il s’était occupé d’accroître la clientèle. Son père désapprouvait ses méthodes. Qu’aurait-il pensé de son travail à Chicago ? Et de celui de Michel ? Heureusement il y avait l’argent, les fameux capitaux américains. Tout le monde gobait ça sans problème. Dans ce patelin, rien de ce qui venait d’Amérique n’étonnait les gens. C’était à cause de ça qu’il continuait à s’habiller comme là-bas, et qu’il avait fait venir la Cadillac. Elle lui avait coûté dix mille dollars, mais au volant il se sentait invincible et rien ne pouvait l’arrêter.
Au début, sa mère non plus n’y croyait pas, et craignait le pire. Et puis elle s’était vite habituée à le voir sortir du fric comme par miracle. Elle ne se gênait plus pour en profiter. La coiffeuse, la manucure et les magasins occupaient la majeure partie de son temps. Son père ne disait plus rien et laissait faire en le regardant comme s’il ne le reconnaissait plus. Édouard consulta sa montre, et se rappela qu’à midi il déjeunait avec le député. À Chicago tous les hommes politiques étaient à vendre, et il ne voyait aucune raison pour que ça ne fonctionne pas ici.
Cinq minutes plus tard il écrasait l’accélérateur de son immense Américaine qui s’aplatit sur elle-même avant de bondir en avant. Il leva légèrement le pied, pour se donner le temps de réfléchir à la direction qu’il devait prendre. Il ne voulait plus se laisser surprendre par l’étroitesse des petites rues. Ça lui était arrivé une fois, au début. En frimant dans les rues du bourg avec la Cadillac flambant neuve, il s’était retrouvé bloqué à l’angle de la rue de l’église et de la petite place aux poulets. Impossible d’avancer ou de reculer sans risquer d’abîmer la carrosserie. En quelques minutes tout Bourvillec s’était rassemblé pour profiter du spectacle.
C’est Toulancoat, accouru de l’abattoir, qui l’avait sorti de sa fâcheuse position en se glissant sous le véhicule et en ripant la voiture de quelques centimètres, sous les yeux ébahis des spectateurs qui avaient applaudi. Il était temps, ceux de Plougalan commençaient à arriver. C’était de la faute de sa mère qui l’accompagnait. Elle voulait absolument passer devant la boutique d’Émilienne Masson pour la faire enrager.
Sur la place de la Pompe, il croisa le regard de la vieille Le Cam assise sur une chaise devant la porte de sa maison. Elle suivait des yeux la Cadillac en branlant sa petite tête chiffonnée. Toujours dehors, été comme hiver ! On racontait qu’elle avait plus de cent ans et que parfois le soir, ses enfants oubliaient de la rentrer. Les voisins venaient taper aux volets pour leur dire. Édouard se rappelait de la voir déjà sur cette chaise avant son départ pour l’Amérique. Il accéléra pour prendre la rue de la gare et sortir du bourg.
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