Jean Failler et Mary Lester
nouvelles caricatures de Jean Failler par Nono
Jeudi, juin 24th, 2010 | Jean Failler et Mary Lester, auteurs bretons, divers, salons et signatures | Un commentaire
Le célèbre illustrateur Nono (qui a signé les dessins de Gens et Choses de Bretagne, inventaire écrit par Jean Failler) à une nouvelle fois “croqué” Jean Failler et Mary Lester, lors du Salon de Vannes…Il y a de quoi rire !
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Les commentaires de Jean Failler sur le Salon de Vannes - avec photos
Mercredi, juin 23rd, 2010 | Jean Failler et Mary Lester, actualité littéraire bretonne, auteurs bretons, divers, salons et signatures | 4 commentaires
Après ses commentaires sur le Salon de Noirmoutier, Jean Failler nous offre cette fois de son avis sur le Salon de Vannes, qui se tenait le week-end dernier… Un régal une fois de plus… A vous de juger !
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Salon de Vannes
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À peine rentré de Noirmoutier, me re voici sur la route. Je repars pour Vannes, où, ce samedi et ce dimanche, se déroule le Salon du Livre en Bretagne.
D’abord, détour par Sarzeau où une charmante libraire m’a invité pour une signature.
Sarzeau et Vannes étant dans le même secteur géographique, ça ne me coûte qu’un détour d’une vingtaine de kilomètres.
Sarzeau, berceau de l’illustre Lesage, auteur (entre autres œuvres) du célèbre “diable boîteux”.
J’aime bien les petites librairies tenues par leur propriétaire. Celle de Sarzeau est ainsi faite, avec une libraire qui sait entretenir des relations particulièrement chaleureuses avec sa clientèle. Dans ces maisons, on trouve - outre des livres - la magie du contact ; la libraire finit par connaître le goût de son client pour telle ou telle sorte d’ouvrage et le lecteur est bien content d’être guidé judicieusement sans errer au hasard dans des rayons où il ne distingue pas toujours ce qu’il aimerait lire.
Dans les grosses librairies, ce sont souvent des Trissotins littéraires qui sont en charge des rayons et qui ne peuvent s’empêcher d’étaler leur petit savoir et leur goût pour la vraie littérature (de laquelle le livre dit “populaire” est bien évidemment exclu).
Cette attitude fait que, le plus souvent, ils prodiguent à des lecteurs en quête de conseils des recommandations mal venues propres à dégoûter à tout jamais certains clients de la lecture.
Cela s’appelle scier la branche sur laquelle on est assis, mais les Trissotins ignorent superbement les basses contingences matérielles. L’un d’eux me disait avec mépris, en parlant de son patron : “Il n’y a que le tiroir caisse qui l’intéresse !” Je me suis retenu de lui dire “Pauvre c…, s’il n’y avait pas ce tiroir caisse, qui te ferait ton chèque à la fin du mois ?”
Bref, vous aurez compris que ce n’est pas dans ce genre d’établissement que je m’égare volontiers.
Ma libraire avait prévu, dans sa petite librairie délicieusement nommée “Les passeurs de mots”, un petit buffet, avec crêpes, cidre, petits gâteaux… Autour de ce sympathique buffet, une conversation à bâtons rompus s’est spontanément instaurée avec les lecteurs. On en oubliait presque qu’on était venu là pour signer les ouvrages.
Premier fait marquant de la journée, une petite dame arrive avec une orchidée en pot. À ma grande surprise, elle m’est destinée. La dame avoue, en rougissant : “C’est pour vous remercier des bons moments que vous me faites passer.”
Je suis très ému: faire passer de bons moments à ses contemporains par les temps qui courent relève de l’exploit. Je prends ça comme un Goncourt, et surtout comme le plus beau compliment qu’on puisse me faire.
Alors, je fais la bise à la petite dame comme il se doit, ce qui accroît sa confusion, sous les flashs des deux journalistes de service heureux de capter cet instant d’émotion. Puis la petite dame repart, fière comme Artaban, “Casa del Amor” sous le bras.
Après ces instants de grâce, j’ai repris ma camionnette pour rentrer à Vannes, car je me déplace toujours avec ma camionnette.
J’y ai installé tout ce qu’il me faut pour survivre, un bon lit, bien entendu, ce qui m’évite d’aller loger dans les hôtels que l’organisateur nous réserve, le plus souvent dans quelque Formule 1 aux fins fonds d’une zone industrielle.
Les hôtels luxueux du bord de mer sont réservés aux “vrais” littérateurs, ceux qui sont estampillés VIe Arrondissement de Paris.
Qu’importe, je me suis installé sur l’île Conleau, au fond du golfe, comme un “vrai littérateur”. Et honni soit qui mal y pense !
Je dois dire que j’ai merveilleusement dormi, face à la mer.
L’île Conleau est pourvue d’une piscine naturelle que la mer remplit deux fois par jours. Le soir, l’eau y est un peu boueuse quand des dizaines de gosses s’en sont donné à cœur joie toute la journée, mais au petit matin, une eau toute fraîche l’a remplie et je suis le seul baigneur.
Le paradis ! Je peux nager tranquillement pendant une petite demi-heure. Bien évidemment, j’use de la douche installée à proximité pour ma toilette. Ensuite, je m’offre un petit déjeuner substantiel à la terrasse de l’hôtel de luxe qui jouxte ma camionnette, au milieu des “peoples” logés là et qui, visiblement, on du mal à émerger. Je ne songe même pas à leur recommander une demi-heure de natation aux petites heures du jour, suivie d’une douche froide. Dans le milieu, je suis déjà considéré comme un fada, pas la peine d’en rajouter.
Ensuite, en pleine forme, je m’en vais gaillardement affronter la foule qui ne va pas manquer de venir.
Le salon de Vannes est superbement installé dans les merveilleux jardins à la française, aux pieds des remparts de la ville.
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L’énorme tente blanche qui accueille les amateurs de livres est entourée d’autres tentes, plus petites, qui, elles, sont destinées aux rencontres et autres cafés littéraires.
Ici au moins, on ne mélange pas les genres.
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Le temps est magnifique et, dès dix heures, la foule se presse. En deux jours on enregistrera 32.000 visiteurs, ce qui n’est pas rien !
Le repas des auteurs est servi au château de l’Hermine, tout proche, et, il faut le dire, le traiteur s’est surpassé. Tout est excellent, le personnel attentionné, les voisins sympathiques. Une petite sieste, toujours dans le camion, et je retourne à mon stand.
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“Casa del Amor” se taille un franc succès et il me faut répondre encore et encore aux mêmes questions : “Quand viendra la suite de Mammig… Ai-je l’intention d’écrire encore des Mary Lester… Et les bouquins pour enfants ?”
Une vieille dame, très élégante, attend dans un fauteuil roulant. Il ne lui est pas facile d’approcher tant la foule est dense. Sa fille, qui la promène, relaye la question qu’elle voulait me poser : “Quand allez-vous faire du livre audio ?”
La vieille dame m’explique alors que sa vue ne lui permet plus de lire, pas même les ouvrages en gros caractères. Je lui signale donc que tous les Mary Lester sont enregistrés par la bibliothèque sonore de Quimper, et qu’elle peut se les procurer sur CD.
La voilà satisfaite : “c’est difficile de vivre sans lire”, dit-elle avec une moue qui en dit long sur sa frustration. Comme je vous comprends, madame !
J’espère que mes amis de la bibliothèque sonore pourront lui donner satisfaction.
Autre visite de marque, une équipe de gardiens de phares, désormais au chômage puisque l’automatisation des phares est chose faite. Ça marche tout seul, désormais. Ils en sont tout décontenancés, les gaillards. Et je puis vous assurer que ce sont des gaillards ! Le teint hâlé, les cheveux décolorés par les soleils, les vents, les pluies… Ils m’expliquent que tous, bon an mal an, sauvaient une douzaine de naufragés chacun et les réconfortaient en attendant les secours. Pas sûr que l’automatisation puisse en faire autant. Pas sûr du tout, même !
Voilà, il est déjà dix neuf heures. Le salon ferme ses portes. Les écrivains sont invités à regagner les navettes qui les attendent pour les conduire à la gare maritime. De là, embarquement sur une vedette sur laquelle l’apéro leur sera servi en préambule au repas qui aura lieu sur l’île aux Moines, un des joyaux du golfe du Morbihan.
C’est le clou de la fête, LA balade au milieu des personnalités. On pourra se faire photographier auprès de Benoîte Groult, Nelson Monfort, Edwy Plenel, Paul Lou Sulitzer et quelques autres.
Je me tiens soigneusement à l’écart et je laisse partir le navire. Je préfère dîner en tête à tête avec moi-même à une terrasse sur le port où l’animation est fort sympathique. Rassasié de sardines grillées, de bruits et de rires, je regagne l’île Conleau et sa zone de silence pour une seconde nuit aussi sereine que la première.
Le dimanche ressemble au samedi comme un frère. Emile et Josette sont venus me rendre visite. Ils m’avaient invité à séjourner chez eux le temps du salon et je les ai remerciés sans dire où j’avais dormi. Ils auraient pu être vexés que je préfère ma camionnette à un bon lit.
Emile et Josette ont respectivement 92 et 90 ans. Emile, toujours gaillard, toujours élégant - costume strict avec lavalière et Panama - mène une Josette pimpante, toute de rose vêtue, par le coude avec une autorité protectrice. Elle est - elle aussi - très soignée, très élégante et ses beaux yeux bruns pétillent de malice. Visiblement, ils sont toujours très amoureux. Il y a deux ans, ils sont venus en voiture me rendre visite à l’île-Tudy et depuis, Emile, qui est un virtuose d’internet, m’écrit fréquemment et m’adresse des blagues de garnement par mail.
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À dix sept heures je dois lever le siège : je n’ai plus de bouquins. J’en profite pour aller faire le tour des tentes où se donnent les conférences.
L’une d’elle déborde de monde. Je me demande quel illustre littérateur se livre à ses lecteurs. Las, c’est tout simplement un comédien qui tient dans “Plus belle la vie”, une série télévisée, le rôle d’un barman gay et qui a écrit quelque chose à ce propos (NDLR : Laurent Keruzore).
À quoi tient le succès…
Me voici sur le départ. Je rejoins le parking qui a été réservé aux auteurs, que des barrières mobiles séparent de la chaussée. Des bénévoles sont là, reconnaissables à leur chasuble jaune fluorescent et à leur casquette orange. Ce sont de jeunes gens fort sympathiques qui ont pour chef un monsieur plus âgé qui m’a, ce matin, accueilli fort courtoisement.
“Je vais enlever la barrière, dit-il, et vous guider pour sortir de cet emplacement.” Je le remercie, prends un livre dans ma voiture et le lui tends :
“Tenez, vous avez rendu service aux écrivains pendant ces deux jours, je suis sûr que personne n’a songé à vous offrir un livre”.
Il prend le bouquin et le regarde comme s’il n’en croyait pas ses yeux : “Merci !” souffle-t-il avec émotion. Et il ajoute : “Mais je n’ai rien à vous offrir, moi !”
Je le rassure en riant : “Je n’attends pas une contrepartie ! Vous nous avez été fort utile, et avec bonne humeur. C’est déjà beaucoup !”
Alors il prend dans un sac à dos qu’il porte sous sa chasuble un papier et me le tend : “Tenez, c’est pour vous !”
Je regarde, c’est un dépliant annonçant une exposition de peinture et je lis : “Olivier Mas ?” C’est moi, avoue-t-il. Voyez, je n’ai pas toujours été poseur de barrières… Il a un sourire triste. “À ma dernière expo, je n’ai rien vendu. Il faut bien vivre…”
Je regarde les reproductions. Ce sont des huiles de très bonne facture qui me font penser aux œuvres de Horace Vernet. Je le lui dis et je vois son œil bleu clair se mouiller. Il souffle : “Merci monsieur…”
Que dire ? Je lui serre chaleureusement la main en disant bêtement : “Allons, la chance tournera !” Et il redit, “Merci monsieur !”
Je démarre en lui adressant un signe de la main.
Quelle drôle d’époque ! Les barmen gay de la télé font florès, et les peintres de talent manœuvrent des barrières métalliques pour libérer les voitures des petits littérateurs que nous sommes.
Oui, quelle drôle d’époque !
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Bien à vous,
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J. Failler
1er chapitre de la 35e enquête de Mary Lester “Casa del Amor”
Lundi, mai 3rd, 2010 | Jean Failler et Mary Lester, actualité littéraire bretonne, auteurs bretons, divers | 10 commentaires
J-12 avant la sortie de Casa del Amor, la nouvelle enquête de Mary Lester qui paraîtra le 15 mai prochain…
Vous pouvez dès à présent réserver l’ouvrage en librairie et sur www.palemon.fr (et demander la dédicace de l’auteur !)
Histoire de vous donner l’eau à la bouche, voici le 1er chapitre (téléchargeable au format Pdf)… Alors, execllente lecture, et n’hésitez pas à nous laisser vos commentaires !
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Téléchargez au format Pdf le 1er chapitre de Casa del amor
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Chapitre 1
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« On est déjà venues par là, n’est-ce pas ma grenouille ? »
Mary Lester tapota le volant de sa vaillante petite Twingo qui allait bon train sur la route de Saint-Nazaire, traversant les friches industrielles qui subsistaient en bord de Loire.
Le grand pont apparut dans le lointain, mince et sinueux comme un ruban de paquet cadeau géant, abandonné au-dessus du large estuaire.
Vu de loin, on se demandait comment les voitures pouvaient rouler là-dessus, mais au fur et à mesure qu’on s’en rapprochait, on se rendait compte que c’était une véritable autoroute qui enjambait les flots jaunes de la Loire.
Mary eut juste le temps d’apercevoir, en contrebas sur la droite, le taudis où avait vécu le sinistre Armanjéo, l’assassin du juge Ménaudoux*.
Le lierre avait encore gagné et son épais manteau vert couvrait maintenant presque toute la toiture de fibro-ciment.
Elle frémit en repensant à Armanjéo, la brute intégrale, qui avait pulvérisé une voiture de police à la hache avant qu’elle ne lui vide le chargeur de son revolver dans les jambes pour réussir enfin à l’arrêter.
Où était-il maintenant ? Il devait avoir fini son temps de prison et, bien qu’il y eût peu de risques pour qu’elle se retrouve nez à nez avec lui, le savoir dans la nature lui donnait des petits picotements le long de la colonne vertébrale.
La pente était raide, elle dut descendre une vitesse pour arriver au premier portique qui pointait vers le ciel tout au sommet de l’ouvrage d’art. La petite voiture hoquetait, semblant trouver la pente particulièrement ardue, si bien que Mary dut rétrograder une nouvelle fois avant d’atteindre le sommet du pont.
— Ben dis donc, ma vieille, on n’a plus ses roues de vingt ans !
Il lui arrivait ainsi de parler à sa voiture lorsqu’elle voyageait seule. La petite voiture offerte « spontanément » par la Marine nationale après la destruction de son Austin par les commandos de marine* lui avait fait un long usage.
Celle-ci reprit de la vitesse en entamant la descente qui la menait de l’autre côté de la Loire et Mary continua de l’encourager :
— C’est bien, ma grenouille, c’est bien !
Elle songea que jamais la grenouille, comme elle disait, ne l’avait laissée en panne. Toujours pleine de bonne volonté malgré plus de deux cent mille kilomètres au compteur. Il faudrait pourtant, un de ces jours, songer à lui trouver une remplaçante car les voitures, même de bonne volonté, ne sont pas éternelles.
Mary n’était pas pressée. Tant que la « grenouille » roulerait sans avatar, elle la conserverait. Il s’était noué entre elle et son véhicule un curieux lien affectif que la plupart des gens auraient trouvé ridicule (comme ils auraient trouvé ridicule de l’entendre lui parler). Mais c’était ainsi. Elle avait l’âme conservatrice et il en était de même avec de vieux vêtements qu’elle trouvait confortables et qu’elle hésitait à jeter.
Tant que ça roulerait…
Du haut du pont, on avait l’impression de survoler l’estuaire, si bien que les montagnes de sable entassées par les gravières de Loire sur les berges ne paraissaient pas plus grosses que les pâtés que font les petits enfants sur les plages en été.
Vers le sud, le Marais breton s’étendait à perte de vue, gris et vert, avec des coulées d’eau qui brillaient au soleil. Car il faisait soleil, contrairement à la dernière fois où elle était arrivée à Saint-Nazaire avec sa Twingo toute neuve, sous un déluge invraisemblable.
Pourquoi appelait-on « Marais breton » ces terres qui, géographiquement parlant, étaient plus vendéennes que bretonnes ? Marais, d’accord, l’eau semblait sourdre de toutes parts et, avant que cette route qui filait droit vers l’horizon eût été tracée, il devait être périlleux de s’aventurer dans ce paysage.
Les armées républicaines, au temps de la chouannerie, en avaient su quelque chose et s’en étaient vengées avec une férocité sans nom. Mais breton… Pourquoi breton ? Qu’avait-il de breton, ce marais ?
Dans leur volonté de retrouver la Bretagne de leurs ancêtres et ses cinq départements, les Bretons seraient-ils tentés d’annexer également le sud de la Loire ?
Bonne question, dont Mary Lester ignorait la réponse. Elle n’était pas tenue d’élucider ce mystère et le temps des guerres de conquête n’était plus au goût du jour.
La veille, le commissaire Fabien l’avait convoquée dans son bureau et, après les civilités d’usage, l’avait contemplée sans mot dire, un demi-sourire aux lèvres.
Elle lui avait rendu son regard ironique :
— Sur quel coup tordu projetez-vous de m’expédier cette fois, Monsieur ?
Le commissaire n’avait pu retenir un petit mouvement de tête en arrière accompagné d’un pincement des lèvres et Mary, très contente d’elle-même, avait pensé : « Touché, Monsieur le commissaire ! »
Il avait protesté :
— Qu’est-ce qui vous laisse penser qu’il s’agit d’un coup tordu ?
Elle lui avait montré son auriculaire ostensiblement braqué vers son oreille :
— Mon petit doigt. Quand vous me convoquez comme ça, au débotté, c’est qu’il y a anguille sous roche.
Comme il ne pipait mot, se contentant de la regarder en souriant, elle avait demandé :
— Alors, où est-ce que ça se passe ?
Le commissaire Fabien avait essayé de reprendre la main :
— Devinez !
Elle répondit d’un ton badin :
— Je préfère l’entendre de votre bouche, patron.
Content de sa petite victoire, le divisionnaire Fabien avait croisé les doigts sur sa brioche et avait incliné la tête en fermant à moitié l’œil gauche, un tic qu’il avait conservé de l’époque où il avait en permanence une Benson à bout liège entre les dents. Une sérieuse alerte de santé l’avait contraint à renoncer aux délices du tabac, mais aux mouvements nerveux de ses doigts cherchant quelque chose à serrer, on devinait qu’il en faudrait peu pour qu’il replonge.
— Ah ah, on ne se mouille pas, capitaine. Pas envie de parier, cette fois ?
Elle avait répondu vertueusement :
— Il ne faut jamais parier avec ses supérieurs, Monsieur, quand ils perdent, ça les met de mauvaise humeur.
— Cette fois, dit le commissaire avec assurance, je ne risque rien.
Mary avait fait la moue :
— Alors ce n’est pas un marché honnête et ça m’étonne de vous, patron. Mon père prétend qu’il a connu, lorsqu’il faisait son service militaire, un officier qui affirmait : « Je ne parie que quand je suis sûr de gagner. Quand je ne suis pas sûr, je donne ma parole d’honneur ».
— Belle mentalité, fit Fabien amusé.
Et Mary précisa :
— Ce n’était qu’une boutade.
— Allez savoir, avec les militaires, soupira Fabien. Puis il avait laissé tomber :
— La Vendée.
Mary ne répondant pas, il précisa :
— L’île de Noirmoutier, pour être exact…
Elle demanda :
— Et que se passe-t-il sur l’île de Noirmoutier ?
— Un empoisonnement…
— Mortel ?
— Qui aurait pu l’être…
— Quelqu’un d’important ?
— Si on veut.
Il soupira :
— La dame de compagnie de la belle-mère d’un notable.
— Holà ! fit-elle.
— Ça vous effraie ?
— Oui. Les cinglés qui tuent de cette manière m’effraient. Un coup de flingue, de hache ou de binette sous le choc d’une déception, d’une colère, d’une passion trahie je peux comprendre, mais verser du poison dans la soupe d’un proche et le regarder crever à petit feu, ça c’est vraiment horrible.
— Ouais, dit le commissaire.
Pensait-il à son épouse qui l’accablait de granules, pilules, et autres potions ? Elle se garderait bien de poser la question.
— Et qu’est-ce qui vous amène à m’expédier en Vendée ?
— Vos mauvaises relations…
Mary Lester réprima un sourire, elle allait pouvoir contrarier son supérieur.
— Je suppose que vous voulez parler du conseiller Mervent…
Le visage de Fabien se rembrunit.
— En effet.
Elle ironisa :
— Il serait ravi d’apprendre que vous le classez dans les « mauvaises relations ». C’est le chef de cabinet et le premier conseiller du ministre de l’Intérieur, tout de même !
Cette fois Fabien ne rigolait plus du tout. Ce Mervent* était un intrigant, mais on le disait très influent auprès d’un ministre de l’Intérieur qui se voulait efficace sans avoir la moindre compétence pour l’être (Mervent, pour tout dire, n’en avait guère plus).
Mary enfonça le clou :
— Figurez-vous qu’il m’a téléphoné juste avant que j’arrive au commissariat.
Fabien balbutia :
— Parce qu’il a…
— Mon numéro de portable ? Mais oui ! D’ailleurs moi aussi j’ai le sien. Il me téléphone de temps en temps.
— Il vous…
— Il me téléphone, oui.
— Mais pourquoi ?
— Pour me demander, quand ses compétences faiblissent, mon avis sur tel ou tel problème de police.
Elle ajouta négligemment :
— Nous avons gardé d’excellentes relations.
Fabien persifla :
— En somme vous voilà conseillère du conseiller !
Elle minimisa son rôle :
— Faut pas exagérer, patron, il me demande juste quelques petits tuyaux.
— Vous saviez donc que vous deviez aller à Noirmoutier ?
Elle prit son air le plus candide et laissa tomber : « oui ».
Le commissaire Fabien parut fâché :
— Et vous me laissez exposer des choses que vous connaissez mieux que moi !
— Oui, mais comme je suis honnête, je n’ai pas parié !
Fabien grommela :
— Il n’aurait plus manqué que ça !
— J’aurais pu, ajouta-t-elle, gager quelque chose de gros… Un dîner à Rosmadec, par exemple.
Le commissaire était toujours débiteur de ce dîner qu’il avait promis à Mary dans un moment d’euphorie à la fin d’un repas mémorable au café du port à l’Île-Tudy*. C’était devenu l’Arlésienne, le commissaire redoutait que sa moitié apprenne qu’il invitait son enquêtrice préférée dans ce haut lieu de la gastronomie bretonne.
Et, lorsqu’elle voulait taquiner le patron, elle n’avait qu’à prononcer ce nom « Rosmadec » pour le plonger dans l’embarras.
Et là, il était plus qu’embarrassé. Il fit mine de ne pas entendre et graillonna à deux ou trois reprises : « hum… hum… ». Puis il demanda :
— Je suppose que vous acceptez cette mission ?
Elle assura :
— Je suis à vos ordres, patron.
Il persifla :
— Rien ne me dit que s’il s’était agi d’une enquête en banlieue au mois de novembre, vous auriez manifesté la même docilité.
— Ce n’est pas pareil, assura-t-elle, je n’ai aucune compétence pour aller me fourrer dans des zones de non-droit… Tandis que dans une île… au bord de la mer… Au mois de septembre…
Fabien avait bougonné :
— Non-droit… Non-droit… Qu’est-ce que ça veut dire, non-droit ?
— Vous le savez aussi bien que moi !
Ce qu’elle pouvait l’agacer !
— Bien, vous partez quand ?
— Demain matin.
Il soupira :
— Je n’ai malheureusement pas d’élément à vous donner…
Elle se leva :
— Ce n’est pas grave, patron, Ludo m’a téléphoné pour m’expliquer en gros ce dont il s’agissait.
Fabien avait une nouvelle fois froncé les sourcils :
— Ludo ?
— Oui, le conseiller Ludovic Mervent si vous préférez.
Le visage du patron s’était soudain empourpré, mais l’explosion qu’elle attendait ne vint pas. Elle admira in petto : « Quelle maîtrise de soi ! »
Néanmoins sa voix était pleine de colère contenue. Il articula :
— Je ne préfère pas ! Ça y est, vous en êtes à vous appeler par vos prénoms à présent ?
Elle leva les mains comme pour s’excuser :
— C’est lui qui a commencé, depuis quelque temps il m’appelle Mary, alors…
— Alors vous l’appelez Ludo ?
— Ben oui !
— Et moi alors, vous m’appelez comment ?
— Eh bien… Patron.
— Oui, mais quand je ne suis pas là ?
— Quand vous n’êtes pas là, je ne vous appelle pas, dit-elle avec une fausse candeur.
Le commissaire respira fort et dit, presque trop calmement :
— Je veux dire en mon absence, quand vous parlez de moi avec ce grand dépendeur d’andouilles de Fortin, vous m’appelez comment ? Lulu ?
Elle faillit pouffer :
— Oh, patron !
— Pourquoi pas ? Je vous appelle bien Mary, moi aussi !
Elle réfléchit et dit :
— C’est une idée. Je n’y avais jamais pensé, mais puisque vous me le suggérez… Quoique, ça ferait un peu familier tout de même. Vous imaginez, si vous m’invitez à Rosmadec avec madame Fabien et que je laisse tomber : « Lulu, voulez-vous me passer la moutarde ? »
Cette perspective sembla fâcher le commissaire si bien qu’il parut à nouveau sur le point d’exploser.
— Pff ! fit-il exaspéré. Fichez-moi le camp !
Elle se leva, gagna la porte et, la main sur la poignée, elle tenta de le rassurer :
— Je plaisantais, patron.
— Humph ! fit Fabien qui n’en était pas tout à fait persuadé. Enfin, tenez-moi au courant, capitaine Lester ! Je suppose que vous ne manquerez pas de faire appel aux services du lieutenant Fortin ?
— Si besoin est, patron, cependant je ne crois pas avoir à le déranger.
— Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?
— C’est une affaire d’empoisonnement, patron, donc a priori un crime de femme… Si toutefois il y a crime, bien entendu.
— Bien entendu, fit Fabien en écho. Il n’y a d’ailleurs pas eu crime, puisque la victime n’est pas morte.
Elle suggéra :
— Ça sera peut-être pour la prochaine fois.
— C’est ça, ricana Fabien, le criminel attend que la célèbre enquêtrice Mary Lester soit sur place pour passer aux choses sérieuses.
Il redit, mais moins agressivement :
— Fichez-moi le camp, jeune fille !
Elle ferma doucement la porte en riant, et fila venelle du Pain-Cuit préparer ses bagages.
En avant-première : la couverture de la 35e enquête de Mary Lester (parution en mai 2010)
Mercredi, mars 3rd, 2010 | Jean Failler et Mary Lester, actualité littéraire bretonne, divers | Pas de commentaire
Eh oui, ça y est, le voile est levé !
Nous connaissons maintenant le titre de la prochaine enquête de Mary Lester, que vous êtes nombreux à attendre avec impatience, ainsi que la destination de Mary pour cette nouvelle mission…
Alors, voici la couverture :
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Qui reconnaît l’endroit ?
Pour ceux qui n’ont pas encore eu la chance de s’y rendre et ne trouvent donc pas la réponse, cette photo a été prise à Noirmoutier, plus précisément sur le Passage du Goix, passage qui à marée haute est recouvert, faisant de Noirmoutier une île.
La “tour” qui figure sur la photo est en réalité un abri utilisé par les malheureux qui se laissent surprendre par la marée…
Mais vous en saurez plus en mai, à la parution de “Casa del amor”… Encore une enquête passionnante !
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