Article de Ouest-France sur Gérard Chevalier, auteur de polar

Gérard Chevalier, l’auteur des romans policiers à succès Ici finit la terre et L’ombre de la brume, a tenu une séance de dédicace la semaine dernière au sein de la toute nouvelle librairie Ravy à Quimper.

Ce fut l’occasion pour lui de découvrir ce vaste espace dédié au livre, et de rencontrer ses nombreux lecteurs.

Il s’est confié à Audrey Loussouarn, journaliste du quotidien Ouest-France, pour cet article paru le 26 juillet 2011.

 

 

 

 

Les commentaires de Jean Failler sur le Salon de Vannes – avec photos

Après ses commentaires sur le Salon de Noirmoutier, Jean Failler nous offre cette fois de son avis sur le Salon de Vannes, qui se tenait le week-end dernier… Un régal une fois de plus… A vous de juger !

Salon de Vannes


À peine rentré de Noirmoutier, me re voici sur la route. Je repars pour Vannes, où, ce samedi et ce dimanche, se déroule le Salon du Livre en Bretagne.
D’abord, détour par Sarzeau où une charmante libraire m’a invité pour une signature.
Sarzeau et Vannes étant dans le même secteur géographique, ça ne me coûte qu’un détour d’une vingtaine de kilomètres.
Sarzeau, berceau de l’illustre Lesage, auteur (entre autres œuvres) du célèbre « diable boîteux ».
J’aime bien les petites librairies tenues par leur propriétaire. Celle de Sarzeau est ainsi faite, avec une libraire qui sait entretenir des relations particulièrement chaleureuses avec sa clientèle. Dans ces maisons, on trouve – outre des livres – la magie du contact ; la libraire finit par connaître le goût de son client pour telle ou telle sorte d’ouvrage et le lecteur est bien content d’être guidé judicieusement sans errer au hasard dans des rayons où il ne distingue pas toujours ce qu’il aimerait lire.
Dans les grosses librairies, ce sont souvent des Trissotins littéraires qui sont en charge des rayons et qui ne peuvent s’empêcher d’étaler leur petit savoir et leur goût pour la vraie littérature (de laquelle le livre dit « populaire » est bien évidemment exclu).
Cette attitude fait que, le plus souvent, ils prodiguent à des lecteurs en quête de conseils des recommandations mal venues propres à dégoûter à tout jamais certains clients de la lecture.
Cela s’appelle scier la branche sur laquelle on est assis, mais les Trissotins ignorent superbement les basses contingences matérielles. L’un d’eux me disait avec mépris, en parlant de son patron : « Il n’y a que le tiroir caisse qui l’intéresse ! » Je me suis retenu de lui dire « Pauvre c…, s’il n’y avait pas ce tiroir caisse, qui te ferait ton chèque à la fin du mois ? »
Bref, vous aurez compris que ce n’est pas dans ce genre d’établissement que je m’égare volontiers.
Ma libraire avait prévu, dans sa petite librairie délicieusement nommée « Les passeurs de mots », un petit buffet, avec crêpes, cidre, petits gâteaux… Autour de ce sympathique buffet,  une conversation à bâtons rompus s’est spontanément instaurée avec les lecteurs. On en oubliait presque qu’on était venu là pour signer les ouvrages.
Premier fait marquant de la journée, une petite dame arrive avec une orchidée en pot. À ma grande surprise, elle m’est destinée. La dame avoue, en rougissant :  « C’est pour vous remercier des bons moments que vous me faites passer. »
Je suis très ému: faire passer de bons moments à ses contemporains par les temps qui courent relève de l’exploit. Je prends ça comme un Goncourt, et surtout comme le plus beau compliment qu’on puisse me faire.
Alors, je fais la bise à la petite dame comme il se doit, ce qui accroît sa confusion, sous les flashs des deux journalistes de service heureux de capter cet instant d’émotion. Puis la petite dame repart, fière comme Artaban, « Casa del Amor » sous le bras.
Après ces instants de grâce, j’ai repris ma camionnette pour rentrer à Vannes, car je me déplace toujours avec ma camionnette.
J’y ai installé tout ce qu’il me faut pour survivre, un bon lit, bien entendu, ce qui m’évite d’aller loger dans les hôtels que l’organisateur nous réserve, le plus souvent dans quelque Formule 1 aux fins fonds d’une zone industrielle.
Les hôtels luxueux du bord de mer sont réservés aux « vrais » littérateurs, ceux qui sont estampillés VIe Arrondissement de Paris.
Qu’importe, je me suis installé sur l’île Conleau, au fond du golfe, comme un « vrai littérateur ». Et honni soit qui mal y pense !

Je dois dire que j’ai merveilleusement dormi, face à la mer.
L’île Conleau est pourvue d’une piscine naturelle que la mer remplit deux fois par jours. Le soir, l’eau y est un peu boueuse quand des dizaines de gosses s’en sont donné à cœur joie toute la journée, mais au petit matin, une eau toute fraîche l’a remplie et je suis le seul baigneur.
Le paradis !  Je peux nager tranquillement pendant une petite demi-heure. Bien évidemment, j’use de la douche installée à proximité pour ma toilette. Ensuite, je m’offre un petit déjeuner substantiel à la terrasse de l’hôtel de luxe qui jouxte ma camionnette, au milieu des « peoples » logés là et qui, visiblement, on du mal à émerger. Je ne songe même pas à leur recommander une demi-heure de natation aux petites heures du jour, suivie d’une douche froide.
Dans le milieu, je suis déjà considéré comme un fada, pas la peine d’en rajouter.
Ensuite, en pleine forme, je m’en vais gaillardement affronter la foule qui ne va pas manquer de venir.
Le salon de Vannes est superbement installé dans les merveilleux jardins à la française, aux pieds des remparts de la ville.

Les superbes jardins aux pieds des remparts...

Les superbes jardins aux pieds des remparts...

Le Pont de la Porte Poterne

L’énorme tente blanche qui accueille les amateurs de livres est entourée d’autres tentes, plus petites, qui, elles, sont destinées aux rencontres et autres cafés littéraires.
Ici au moins, on ne mélange pas les genres.

chapiteau du Salon de Vannes

chapiteau du Salon de Vannes

Le temps est magnifique et, dès dix heures, la foule se presse. En deux jours on enregistrera 32.000 visiteurs, ce qui n’est pas rien !
Le repas des auteurs est servi au château de l’Hermine, tout proche, et, il faut le dire, le traiteur s’est surpassé. Tout est excellent, le personnel attentionné, les voisins sympathiques. Une petite sieste, toujours dans le camion, et je retourne à mon stand.

Château de l'Hermine, à 100 mètres du salon, où fut servi le repas des auteurs

Château de l'Hermine, à 100 mètres du salon, où fut servi le repas des auteurs


« Casa del Amor » se taille un franc succès et il me faut répondre encore et encore aux mêmes questions : « Quand viendra la suite de Mammig… Ai-je l’intention d’écrire encore des Mary Lester… Et les bouquins pour enfants ? »
Une vieille dame, très élégante, attend dans un fauteuil roulant. Il ne lui est pas facile d’approcher tant la foule est dense. Sa fille, qui la promène, relaye la question qu’elle voulait me poser : « Quand allez-vous faire du livre audio ? »
La vieille dame m’explique alors que sa vue ne lui permet plus de lire, pas même les ouvrages en gros caractères. Je lui signale donc que tous les Mary Lester sont enregistrés par la bibliothèque sonore de Quimper, et qu’elle peut se les procurer sur CD.
La voilà satisfaite : « c’est difficile de vivre sans lire », dit-elle avec une moue qui en dit long sur sa frustration. Comme je vous comprends, madame !
J’espère que mes amis de la bibliothèque sonore pourront lui donner satisfaction.

Autre visite de marque, une équipe de gardiens de phares, désormais au chômage puisque l’automatisation des phares est chose faite. Ça marche tout seul, désormais. Ils en sont tout décontenancés, les gaillards. Et je puis vous assurer que ce sont des gaillards ! Le teint hâlé, les cheveux décolorés par les soleils, les vents, les pluies…  Ils m’expliquent que tous, bon an mal an, sauvaient une douzaine de naufragés chacun et les réconfortaient en attendant les secours. Pas sûr que l’automatisation puisse en faire autant. Pas sûr du tout, même !
Voilà, il est déjà dix neuf heures. Le salon ferme ses portes. Les écrivains sont invités à regagner les navettes qui les attendent pour les conduire à la gare maritime. De là, embarquement sur une vedette sur laquelle l’apéro leur sera servi en préambule au repas qui aura lieu sur l’île aux Moines, un des joyaux du golfe du Morbihan.
C’est le clou de la fête, LA  balade au milieu des personnalités. On pourra se faire photographier auprès de Benoîte Groult, Nelson Monfort, Edwy Plenel, Paul Lou Sulitzer et quelques autres.
Je me tiens soigneusement à l’écart et je laisse partir le navire. Je préfère dîner en tête à tête avec moi-même à une terrasse sur le port où l’animation est fort sympathique. Rassasié de sardines grillées, de bruits et de rires, je regagne l’île Conleau et sa zone de silence pour une seconde nuit aussi sereine que la première.

Le dimanche ressemble au samedi comme un frère. Emile et Josette sont venus me rendre visite. Ils m’avaient invité à séjourner chez eux le temps du salon et je les ai remerciés sans dire où j’avais dormi. Ils auraient pu être vexés que je préfère ma camionnette à un bon lit.
Emile et Josette ont respectivement 92 et 90 ans. Emile, toujours gaillard, toujours élégant – costume strict avec lavalière et Panama – mène une Josette pimpante, toute de rose vêtue, par le coude avec une autorité protectrice. Elle est – elle aussi – très soignée, très élégante et ses beaux yeux bruns pétillent de malice. Visiblement, ils sont toujours très amoureux. Il y a deux ans, ils sont venus en voiture me rendre visite à l’île-Tudy et depuis,  Emile, qui est un virtuose d’internet, m’écrit fréquemment et m’adresse des blagues de garnement par mail.

Le public est au rendez-vous...

Le public est au rendez-vous...


À dix sept heures je dois lever le siège : je n’ai plus de bouquins. J’en profite pour aller faire le tour des tentes où se donnent les conférences.
L’une d’elle déborde de monde. Je me demande quel illustre littérateur se livre à ses lecteurs. Las, c’est tout simplement un comédien qui tient dans « Plus belle la vie », une série télévisée, le rôle d’un barman gay et qui a écrit quelque chose à ce propos (NDLR : Laurent Keruzore).
À quoi tient le succès…
Me voici sur le départ. Je rejoins le parking qui a été réservé aux auteurs, que des barrières mobiles séparent de la chaussée. Des bénévoles sont là, reconnaissables à leur chasuble jaune fluorescent et à leur casquette orange. Ce sont de jeunes gens fort sympathiques qui ont pour chef un monsieur plus âgé qui m’a, ce matin, accueilli fort courtoisement.
« Je vais enlever la barrière, dit-il, et vous guider pour sortir de cet emplacement. » Je le remercie, prends un livre dans ma voiture et le lui tends :
« Tenez, vous avez rendu service aux écrivains pendant ces deux jours, je suis sûr que personne n’a songé à vous offrir un livre ».
Il prend le bouquin et le regarde comme s’il n’en croyait pas ses yeux : « Merci ! » souffle-t-il avec émotion. Et il ajoute : « Mais je n’ai rien à vous offrir, moi ! »
Je le rassure en riant : « Je n’attends pas une contrepartie ! Vous nous avez été fort utile, et avec bonne humeur. C’est déjà beaucoup ! »
Alors il prend dans un sac à dos qu’il porte sous sa chasuble un papier et me le tend : « Tenez, c’est pour vous ! »
Je regarde, c’est un dépliant annonçant une exposition de peinture et je lis : « Olivier Mas ? » C’est moi, avoue-t-il. Voyez, je n’ai pas toujours été poseur de barrières… Il a un sourire triste. « À ma dernière expo, je n’ai rien vendu. Il faut bien vivre… »
Je regarde les reproductions. Ce sont des huiles de très bonne facture qui me font penser aux œuvres de Horace Vernet. Je le lui dis et je vois son œil bleu clair se mouiller. Il souffle : « Merci monsieur… »
Que dire ? Je lui serre chaleureusement la main en disant bêtement : « Allons, la chance tournera ! » Et il redit, « Merci monsieur ! »
Je démarre en lui adressant un signe de la main.
Quelle drôle d’époque ! Les barmen gay de la télé font florès, et les peintres de talent manœuvrent des barrières métalliques pour libérer les voitures des petits littérateurs que nous sommes.

Oui, quelle drôle d’époque !


Bien à vous,


J. Failler