Jean-Luc Le Pogam et les Mange-Rêve
revue de presse sur Les Mange-Rêve et Tombmor de Jean-Luc Le Pogam
Mardi, juin 15th, 2010 | Jean-Luc Le Pogam et les Mange-Rêve, auteurs bretons, divers, revue de presse | Pas de commentaire
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chronique de Tombmor sur le site Encres Vagabondes
Mercredi, juin 9th, 2010 | Jean-Luc Le Pogam et les Mange-Rêve, actualité littéraire bretonne, auteurs bretons, revue de presse | Pas de commentaire
Comme les 2 premiers volets de la série, le double-tome Tombmor de Jean-Luc Le Pogam suscite beaucoup d’intérêt auprès des médias et sites spécialisés…
Cliquez ici pour découvrir l’article consacré à l’ouvrage sur le site Encres Vagabondes…
Interview de Jean-Luc Le Pogam dans Ouest-France pour la sortie de Tombmor
Mercredi, mars 24th, 2010 | Jean-Luc Le Pogam et les Mange-Rêve, actualité littéraire bretonne, auteurs bretons, divers, revue de presse | Pas de commentaire
Sortie de Tombmor, 3e et 4e tomes des MANGE-REVE de Jean-Luc Le Pogam
Mardi, mars 23rd, 2010 | Jean-Luc Le Pogam et les Mange-Rêve, actualité littéraire bretonne, auteurs bretons | Pas de commentaire
Ouvrage en 2 volumes - 288 pages chacun - format poche 11 x 18 cm - Éditions du Palémon - sortie le 15 mars 2010 - 16 € les 2 tomes
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Avis de grand frais :
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Après « Le Grand Dérèglement » et « La route du nord » parus en 2008, Les Mange-Rêve débarquent le 15 mars pour un troisième volet aussi passionnant qu’attendu !
2024. Les ordinateurs ont cerclé l’Europe d’un mur électromagnétique infranchissable, y programmant des hivers de neuf mois à -50°.
Pourchassés puis déportés par des hordes de Mange-rêve au service d’un gouvernement ultra sécuritaire, les artistes doivent faire place nette. Le Président Bogdich a planifié l’éradication du Rêve.
C’est au cœur du chaos qu’Iwan, Thibault et Mélanie parviennent par le plus grand des hasards à Taÿfa, nid de rebelles situé à quelques encablures de leur destination finale : la forteresse de Tombmor.
Ce qui les y attend dépasse l’imagination…
Ce troisième volet de la série est assurément le plus abouti. L’auteur, qui a également coécrit « Monnaie de singe » aux côtés de Jean FAILLER, se projette dans un proche futur qu’il aborde sans catastrophisme. Mais il parie qu’après l’immobilisme et le manque de vigilance des parents d’aujourd’hui viendra dans quelques années l’heure des comptes. Ce sera aux enfants de payer l’addition.
Le poids de son héritage sur le dos, cette jeunesse-là devra prouver qu’on a eu tort de l’ignorer, voire de la mépriser si souvent et relèvera sans doute le défi… Au nom du Rêve à venir.
Nouvelles technologies, rebondissements incessants, rendez-vous avec l’Histoire ; l’actualité, le voyage, la voile, la Liberté, les Résistances ; réflexion sur l’amitié, les rapports intergénérationnels et familiaux, le dérèglement climatique et ses conséquences, les alternatives écologiques et économiques envisageables, la vigilance, l’angoisse, la rigolade et l’imaginaire… Voilà les ingrédients de cette expédition au cœur d’une Europe et plus particulièrement d’une Bretagne en glaciation, destinée à la fois aux ados et adultes de tous âges.
Jean-Luc Le Pogam dédicace ses ouvrages sur divers salons et dans de nombreuses librairies, ambiance garantie ! Il intervient également dans les écoles, collèges et lycées pour des rencontres et des ateliers d’écriture avec les jeunes.
Dates et actualité sur Facebook et Myspace.
Les Mange-Rêve sont en vente en librairies, grandes surfaces, et sur www.palemon.fr.
Téléchargez le dossier de presse en PDF : dossier-de-presse-mange-reve-3
En exclusivité, le 1er chapitre du 3e volet des Mange-Rêve : Tombmor !
Mercredi, mars 3rd, 2010 | Jean-Luc Le Pogam et les Mange-Rêve, actualité littéraire bretonne, auteurs bretons, divers | Pas de commentaire
Le 15 mars prochain paraîtra Tombmor, le 3e volet des Mange-Rêve de Jean-Luc Le Pogam.
Une aventure palpitante au coeur d’une Bretagne en pleine glaciation…
En exclusivité, retrouvez ci-dessous le 1er chapitre. Histoire de vous mettre l’eau à la bouche !
Pour plus d’informations sur Tombmor ou pour commander les ouvrages, consultez le site des Éditions du Palémon ou la page Myspace des Mange-Rêve.
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Tombmor - 1er chapitre
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lNuit noire comme de l’encre, puits sans fond inlassablement rincé d’une neige intarissable de ses épais flocons… Enfer des vents rugissant comme des démons dont le souffle nous projette vers les entrailles d’un gouffre sans fin…
Voilà des heures que nous perforons l’obscurité, l’œil rivé au zéro du compas de route, les fesses plantées sur nos sièges plastiques, bringuebalés comme de vulgaires pantins que le froid et les événements semblent avoir statufiés sur place en attendant d’en disposer le moment venu.
Zéro…
Zéro, ce n’est pas le chiffre de la température.
Non. Zéro, c’est le chiffre-vampire qui nous aspire du nord. Celui qui, de la forteresse maudite, aimante nos jours et nos nuits depuis le départ de l’expédition. Destination finale du voyage dont le mystère me hante pour une énième nuit sans sommeil.
Plus un mot n’est sorti de nos bouches comme scellées par le gel depuis que la lumière du soleil nous a une nouvelle fois abandonnés.
Même les pensées semblent avoir fui nos mémoires engourdies par le froid et l’épuisement. Mémoires élimées par ce film récurrent qui grave en nos rétines des images répétitives devenues diffuses, incompréhensibles. Mémoires comme régentées par cet unique triangle lumineux où défilent les paysages immuables d’un film en noir et blanc qui n’a plus aucun sens du réel…
Plusieurs fois dans l’après-midi, Thibault a dû prendre brusquement la direction des opérations alors que je piquais du nez.
À propos de nez, Yvon a seulement pointé le sien sur le pont à trois ou quatre reprises dans la journée. Il était accompagné de Snow.
Pas un mot, pas un geste. Juste un « Ça va ? » pour accompagner les repas sous vide avant sa rituelle inspection du pont et son retour robotisé au carré.
La dernière fois, c’était il y a quatre heures, quelques minutes avant la nuit qui est tombée subitement vers dix-sept heures, ramenant avec sa chape de plomb un souffle en furie.
Nous sommes loin des vents solaires dont nous parlaient les deux têtes grises au départ de cette transsibérienne !
Afin d’échapper à la torpeur, les paupières mi-closes, je quitte de temps à autre mon siège pour m’ébrouer comme un ours et me débarrasser de la lourde cuirasse glacée qui tente sans répit de nous dévorer.
Thibault, tel un mort-vivant, se colle alors à la barre à laquelle il s’agrippe pour un temps.
À nos pieds, pont, winchs, cordages, roof, flotteurs, rien n’existe plus.
Tout relief a été lissé, avalé, gommé, effacé par le tapis neigeux.
Seul le cockpit présentait encore ce matin une vague forme évasée qui s’est atténuée au fil de la journée pour quasiment disparaître avant la tombée du jour.
Le Seagull a revêtu l’apparence d’un vaisseau- fantôme plongeant de lui-même vers des abysses insondables.
Propulsé par ses voiles qu’on jurerait en tôle tant leur rigidité fait croire à des plaques définitivement clouées sur leur emplacement, il transperce inlassablement notre cauchemar.
Les guirlandes de glace s’acharnent à s’emparer de la bôme*** et des filières de sécurité qui nous préservent de la chute. Prises dans le faisceau de nos frontales, elles semblent s’épaissir comme à vue d’œil avant qu’un choc plus violent que les autres ne vienne les disloquer.
Il nous faut alors nous méfier des éclats tranchants comme du verre qui arrivent de l’avant.
Et ça cogne dessous, et ça lève à bâbord, et ça tosse à tribord… Et claque la grand-voile contre les haubans, explosent encore les cristaux de glace en milliers de pointes aiguisées, pique du nez, lève du cul et cogne à nouveau. Et danse dans cette transe infernale qui nous tue le dos, les pieds, les jambes, les bras, les mains, la tête.
Plus le temps passe, plus nos mouvements se font lents, pénibles, alanguis. C’est à grand-peine que je parviens à chaque assaut à détourner un peu la tête pour éviter les projectiles…
Mon cerveau s’est mis en mode veille, déroulant devant mes yeux une bande lumineuse sur laquelle défilent ses conseils :
Ne se laisser prendre ni par le froid ni par le sommeil… Bouger… Bouger les pieds… Bouger les genoux… Les jambes…Se lever tous les quarts d’heure pour évacuer la neige… Manger… Température extérieure - 47°C… Ne se laisser prendre ni par le froid, ni par le sommeil… Bouger… Bouger les pieds… Bouger les genoux… Les jambes… Se lever tous les quarts d’heure pour évacuer la neige… Manger… Température extérieure…
Je vérifie de temps à autre le lacet d’un gant, de l’autre, pour parer à l’accident.
Jack…
Mes doigts.
Faut que je bouge mes doigts. Que je vérifie qu’ils sont toujours bien là.
J’ai lu quelque part que le froid tue doucement. Que ses caresses assassines t’endorment sans que tu t’en aperçoives.
Peut-être qu’elle est là, tout autour de nous, la mort. Glaciale, et discrète, à l’affût du moindre faux pas, du moindre endormissement, elle attend patiemment son heure, avide de nos vies.
Peut-être que l’Ankou s’est installé parmi nous et qu’il va jouer de la faux d’un instant à l’autre.
Il aurait profité de notre long arrêt de l’autre jour, lorsque nous avons remonté Jack à bord, pour y grimper aussi et s’y planquer en se faisant oublier…
Pourtant, la légende dit que l’Ankou se déplace toujours en charrette…
— Mais, arrête Iwan, tu délires complètement ! Tu sais très bien que depuis le Grand Dérèglement l’Ankou ne se prend plus la tête avec sa charrette ! C’est de l’histoire ancienne, ça ! Vis donc avec ton temps ! Cette nuit, par exemple, il est capable de s’être atomisé pour retomber sur vous sous forme de flocons ! Le faucheur est capable de te parler avec la voix de ton grand-père ou celle de Mélanie, capable d’arrêter ton Seagull d’une main pour le retourner de l’autre et vous faire tous avaler sa poudre noire !
— Sa quoi ?
— Sa poudre noire !
— … Quelle poudre noire ?
— Cette poudre que les ordinateurs de Bogdich vous envoient sans discontinuer maintenant qu’il a réussi à nous isoler du reste du monde !
— Mais, qu’est-ce que tu racontes ? Cette poudre, c’est de la neige… Et la neige est blanche !
— Le jour oui, mais la nuit, la morte-neige est noire, garçon !
Je lève vaguement les yeux vers le projecteur de pont dont le rayon blanchâtre attire des milliers de papillons…
La morte-neige ? !
— C’est la lumière artificielle de ton projecteur qui lui donne une apparence blanche, poursuit Sapience, mais regarde-la bien, elle n’est pas blanche !
Mes yeux se perdent un instant dans la vague lueur du feu de mât… Je dois me rendre à l’évidence…
Sans doute que tu penses que j’ai tendance parfois à parler tout seul. Ce n’est cependant pas parce que la folie me guette.
En fait, j’échange avec Sapience.
Sapience, c’est la vieille amie qui me rassure, ma petite voix à moi, celle avec qui je parle en secret à la veille des grandes décisions ou lors des situations périlleuses comme celle que nous traversons depuis plusieurs jours.
J’ai toujours suivi ses conseils à la lettre, tenu compte de ses réflexions avisées. Enfin… presque à chaque fois.
Sapience, c’est comme une amie sûre, une amie qui est toujours là lorsque tu en as besoin. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Une vraie amie, quoi !
C’est mon père qui nous a présentés l’un à l’autre lorsqu’il m’a raconté pourquoi il avait pris la décision de quitter le journalisme de guerre pour s’occuper des oiseaux migrateurs.
Sapience le lui avait conseillé. Et elle a eu vachement raison ! Grâce à elle, il a trouvé Gaëlle, et moi, j’ai retrouvé mon vrai père et une nouvelle famille !
Étant donné la pertinence de ses conseils, j’avais à l’époque immédiatement saisi l’opportunité de lui proposer de nous prendre sous son aile protectrice, Mélanie et moi. À bien y repenser, c’est d’ailleurs certainement elle qui m’a incité à l’embrasser sur le Seagull et dans la cabane au bord du lac. J’en ai tout à coup le cœur qui bat un peu plus fort.
— Ce blanc est une illusion, Iwan ! Le jour du Grand Dérèglement, c’est toute la nature qui s’est révoltée ! Elle s’est mise à vomir ses flocons de mort dès le premier soir. Car, je te le redis : la morte-neige est noire ! Noire comme la nuit des temps, comme les cheminées de l’enfer. Noire comme les nuits d’avant que les hommes ne trouent la bâche des géants.
— Mais, Sapience, qui nous l’envoie, ta morte-neige à la fin ? ! Les ordis de Bogdich ou la nature ?
— Il ne fallait pas, Iwan, il ne fallait pas s’acharner à la détruire, cette bâche. Vous aviez pourtant été prévenus par ceux d’entre vous qui connaissaient la nature. Vous n’auriez pas dû vous en moquer et continuer à balancer toutes vos fumées dans l’atmosphère, pas dû continuer à courir après le profit et…
— Mais, au collège, on nous a largement expliqué qu’on avait tout fait pour les réduire, ces fumées ! Les bagnoles, les snow-mobs et les motos-neige au photovoltaïque aux beaux jours comme en hiver et…
— Ce n’était pas assez, Iwan ! Ce que vous avez sauvé, vous l’avez détruit par les satanés nuages radioactifs évadés de vos centrales nucléaires pourtant ultra sécurisées ! C’est vous qui l’avez mise en colère !
— Mais…
— Bogdich se sert de cette colère pour y ajouter son ignominie et…
— Mais, nous…
— Et il mènera le programme à son terme.
— Mais, nous on n’y est pour rien, on n’était pas là !
— Ah, la bonne excuse ! Bien sûr que vous n’étiez pas là, mais vos pères égoïstes y étaient, eux ! Et vous allez malheureusement payer pour ce qu’ils ont fait !
— Mais, mon père n’est pas un égoïste, tu le sais bien Sapience, et moi j’ai pas envie qu’elle me prenne, ta morte-neige ! Pas envie de crever cette nuit !
— Vous allez payer le prix fort !
— Mais…
— Cesse donc tes « mais » ! L’Ankou se fout de tes « mais » ! Il possède des accointances avec les forces obscures qui se rient de vous ! Il laisse tomber la morte-neige qui vous tisse à chacun un linceul. Ensuite, lorsque vous fermerez les yeux, seulement à cet instant, il prendra la forme qu’il aura choisie.
— La forme de quoi ?
— Une forme, Iwan ! La forme la plus inattendue. Il s’approchera lentement, confisquera la vie et distribuera avec parcimonie la mort… La mort sans un bruit, sans un mot, sans même une trace. Tu…
— Allez, lâche-moi, Sapience, tu me prends trop la tête là ! Ici, on est peut-être isolés, mais on est aussi un équipage, et il est impossible que nous soyons les seuls dans cette situation !
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La morte-neige… N’importe quoi !
La réalité, c’est que je me les gèle…
Bouger le menton.
Plisser ce front qui, voilà une heure me faisait un mal de chien et que je ne sens même plus maintenant.
Le frotter avec mes gants, cligner des yeux, l’un après l’autre… Ensemble.
Taper dans mes mains.
Je m’invente des solutions de survie en soufflant longuement dans mon écharpe. Ça me réchauffe un peu le nez… C’est déjà ça de pris. Je sors Thibault de sa torpeur en lui frappant amicalement l’épaule. Il me répond d’un même geste avant de se lever et de sautiller sur place, la main droite accrochée aux filières.
Se lever…
Tenter de marcher. Marcher jusqu’au cockpit…
Thibault s’installe à ma place. Il a compris mes intentions sans que nous ayons eu à échanger un mot, pas même un signe à la lueur de nos frontales.
Je m’accroche à tout ce qui est à portée de main pour prévenir une glissade qui pourrait avoir des conséquences irrémédiables.
Et ce cata qui n’en finit pas de bondir de la tête au cul… On va finir par casser le matériel.
Réduire la grand-voile et enrouler entièrement le foc pour en laisser le moins possible au vent et perdre de la vitesse.
Oui, c’est ça : perdre de la vitesse.
De toute façon, inutile de prendre des risques, on va déjà bien assez vite.
Pas facile de tenir debout… Va pas falloir lambiner.
Baisser la tête pour éviter les paquets de neige…
Dès qu’il est en main, j’enroule autour du winch ce maudit cordage en pensant à mon grand-père qui se félicitait, lors des préparatifs, d’avoir équipé les deux catas de cordages hydrofuges. Même gelés et raides comme du bois, ils perdent rapidement de leur rigidité.
Et je tourne la manivelle tandis que de sinistres grincements me parviennent de l’avant dans le vacarme ambiant. La voile glacée crisse, hurle, se brise presque tandis qu’elle s’embobine sur elle-même.
Il faut que ça tienne…
Faut que ça tienne…
Voilà, c’est bon !
Mal au bide… Les oreilles qui sifflent… La faim sans doute… J’ai du mal à… Merde, qu’est-ce qui m’arrive ? Mes jambes vacillent…
Je viens de me vautrer. Mon corps tout entier est en train de glisser…
Le câble de la herse là, à un mètre à peine…
Et ce blizzard de fou qui me flagelle le visage dès que je me tourne un peu vers l’arrière.
Attraper le câble, vite.
Je m’accroche de toutes mes forces, mais pour faire quoi ensuite ? À la barre, Thib doit avoir les yeux rivés sur l’avant ; Jack, Yvon et Mélanie sont à l’intérieur… Si je suis balayé du pont, personne ne s’en apercevra.
Je finis par m’asseoir, m’enroule presque autour du câble gainé de givre.
Je me gèle…
J’aurais dû rester à la barre…
Il me faut absolument tourner le dos à cette maudite averse de neige ; que j’échappe aux griffures de ses flocons que le froid transforme lors de certaines bourrasques en grêlons tueurs.
La morte-neige.
Ses épines de ronces m’écorchent les yeux.
… Et ce film de la bataille de l’autre fin d’après-midi sur le pont. Mon esprit me le ressasse en boucle :
Mon grand-père, recroquevillé sur lui-même, se protégeant des coups de pieds de ce faux journaliste. Ce fumier qui a apporté le malheur à bord.
La douleur me tord à nouveau l’estomac…
On n’aurait jamais dû accepter de le laisser monter…
— Mais tu sais bien Iwan, que les « on aurait dû, on n’aurait pas dû » ne peuvent rebâtir le passé…
— Oui, je sais ! Avec des « mais » non plus, tu me l’as déjà dit !
— …
— Le problème, Sapience, c’est que le passé, c’est aussi Jack, trimballé comme un grossier paquet de linge sale au bout d’un filin, là-bas, à plus de cent mètres derrière nous ! Et ce passé-là nous a fabriqué un présent sur mesure. Une saloperie de présent ! Une galère, oui !
— Surtout, reste éveillé, Iwan. L’Ankou ne fauche que ceux qui dorment…
Le vent et les mouvements du cataskis me forcent à lâcher prise. Je glisse…
— Je t’ai dit de me lâcher avec ton faucheur de malheur, Sapience ! Tu ferais mieux de me sortir de là ! Mais… ça… c’est au-dessus de tes moyens, hein ! T’es meilleure pour les conseils !
Mon corps ne m’obéit plus. Il s’allonge malgré moi, épouse le fond du cockpit, devient une pièce de caoutchouc qui ne m’appartient plus.
Il n’en veut plus, mon corps.
Il n’en peut plus.
Pourtant, je sais que je ne dois pas me laisser commander par le mouvement.
Longue envolée du Seagull qui retombe ensuite lourdement au sol avant de repartir sur une seule coque.
Thibault ne fait pas dans la finesse. Mais, comme moi, il fait ce qu’il peut, mon copain. Et il tient bon !
Il faut que j’assure, moi aussi.
Et je revois encore Jack, celui que je pensais invulnérable, indestructible autant que son copain…
Le Taureau ! L’autre a quand même fini par l’avoir, et à quatre, ça va devenir beaucoup plus difficile maintenant.
Et Snow, que va-t-il devenir sans son maître ?
Me relever…
Rejoindre Thibault…
Impossible de tenir debout…
Mes yeux quittent quelques instants la route que trace vaguement le trait blanc du projecteur d’avant. Ils se posent ensuite sur la frêle lueur que laisse encore passer la couche de neige sombre déposée sur les hublots qui entourent le roof et surplombent le carré.
Ramper jusqu’à cet ultime signe de vie…
Je n’aurais pas dû quitter mon poste…
Qu’est-ce qu’ils foutent à l’intérieur ?
Ça fait combien de jours que je n’ai pas revu Mélanie ?
Nous auraient-ils oubliés dehors ?
Après s’être une nouvelle fois levé sur bâbord, le Seagull s’écrase à nouveau de toute sa masse. Le coup de menton que je refile dans le winch auquel je m’étais agrippé me fait conclure presque à haute voix ce dont je suis maintenant convaincu : il y a barreur et barreur !
Le claquement de la voile m’avertit d’un nouveau balayage de pont. Thibault doit flipper comme un malade.
S’accrocher à tout ce qui dépasse et attendre l’accalmie.
Dernier coup d’œil sur les cadrans électroniques que j’essuie au passage avec mes gants.
Vitesse de pointe : 45 nœuds.
Température extérieure : - 49°C
Vitesse du vent : 37 nœuds.
Sauter maintenant vers le flotteur pendant que l’engin enfin à l’horizontale surfe longuement sur un plat.
Trop tard… Il s’envole à nouveau avant de retomber sur ce tapis invisible qu’il tosse à s’en disloquer.
Comme désarticulé, le bolide ralentit alors sous l’effet de l’impact, mais ça tient. Ça tient bon !
J’en profite pour gagner trois à quatre mètres avant que le cataskis ne reparte de plus belle à la conquête de la nuit, comme s’il avait repris ses esprits.
D’une ultime enjambée, je regagne enfin mon poste où Thibault, après une tape dans la main, me cède la barre sans se faire prier.
Et le rodéo redémarre en culbutes incessantes où le Seagull lève son nez qu’il plante ensuite dans la neige en levant de l’arrière. Le mouvement est si rapide qu’il nous décolle de nos sièges pour mieux nous y replaquer la seconde suivante.
Lorsque nous sommes plus chanceux, la bête replonge en douceur au travers de la lame, faisant jaillir de part et d’autre des monceaux de poudre noire qui dévalent vers nous sans parade possible.
Ce vol d’un oiseau ivre sur l’écume des ténèbres me donne une inconfortable impression de vertige et j’imagine un instant ce qui pourrait survenir si tout à coup l’œil qui nous guide venait à rendre l’âme.
Le vent rugit, faisant craquer le vaisseau fou de ses coques au mât. Sur la droite ou la gauche, parfois des deux côtés en même temps, des branches arrachées aux arbres par la tornade viennent finir leur course, coincées dans les filières où elles restent prisonnières avant d’en être arrachées par la vitesse. Certaines autres, comme lancées par le diable, percutent violemment les voiles avant de venir se fracasser sur le roof et de s’échapper par l’arrière.
Les projectiles arrivent de toutes parts et on les sent parfois nous frôler.
Voilà donc la route de Tombmor !
Calé sur mon siège, je sens au fil des minutes le silence intérieur regagner mon esprit, comme si je devenais le spectateur de cet effroyable snow-movie. Concentré sur un avenir incertain qui pourrait à tout moment basculer, je ferme progressivement les écoutilles, m’isole de la tourmente afin de me consacrer pleinement à ma tâche de barreur.
Partant du haut du mât, la lumière continue, malgré la violence de l’ouragan, d’arroser une large route et me permet d’éviter les obstacles : arbres, restes de pylônes isolés, carcasses de voitures ou de semi-remorques. Presque ensevelis sous notre trajectoire, ils n’en sont pas moins de redoutables récifs qui pourraient anéantir nos efforts et coûter la vie à tout l’équipage en moins de dix secondes.
La morte-neige est partout. Sombre et glacée, on pourrait croire qu’elle nous prépare un tapis noir vers le pire cauchemar.
« … Le faucheur est capable de s’être atomisé pour retomber sur vous sous forme de flocons. Il est capable d’arrêter ton Seagull d’une main et le retourner de l’autre pour vous faire tous avaler sa poudre noire… » Les paroles obsédantes de Sapience me reviennent en tête.
Je tente de dénicher autour de nous le moindre signe, la moindre petite chose qui pourrait être l’Ankou, mais rien n’y fait.
Il y a bien de temps à autre sur notre route la lueur des flammes éclairant des silhouettes de fantômes qui ont élu domicile çà ou là dans la cabine, la benne ou la citerne éventrée d’un camion recouvert de bâches, mais ces mendigots n’ont rien à voir avec le faucheur qu’ils doivent redouter autant que nous.
Enveloppés dans des haillons, hommes ou femmes, ils nous regardent passer sans aucune réaction, sans doute trop surpris par ce vaisseau qui surgit du néant sous leurs yeux pour mieux y replonger l’instant d’après.
Je les imagine, privés de mots, échangeant seulement des regards éberlués.
Le vent continue à s’acharner sur les arbres et les ferrailles en bordure de voie, inflexible, comme s’il voulait les tordre, les soulever, les arracher au sol.
— Ça doit sacrément remuer à l’intérieur ! crie tout à coup mon zombie de voisin, me rappelant que nous sommes malgré tout en vie.
Je sursaute mais ne lui réponds pas, trop absorbé que je suis par la course et le slalom de délire auxquels je livre le navire.
Tenir.
Tenir jusqu’au bout de la nuit. Jusqu’à la première empreinte de la lumière du jour, ce moment de soulagement intense qui te laisse enfin voir et te rend les repères que l’obscurité t’avait subtilisés. Et, même si tu te rends compte que rien n’a changé en enfer, tu te contentes alors de l’indicible réconfort que t’offrent tes yeux.
Rien que pour cet instant, il nous faut tenir sans défaillir.
Et, tenir, c’est aussi refaire notre retard sur ce train de malheur.
Un bref instant, les yeux mi-clos, j’ai aperçu, à quelques mètres, la porte de la descente qui s’écartait pour laisser s’échapper une frêle silhouette vers l’extérieur.
— Voilà la bouffe ! s’enthousiasme Thibault en mettant cette fois les mains en porte-voix dans ma direction.
Moi, je n’ai pas faim.
Désirant retenir sa capuche d’une main, l’ombre glisse, tombe. Nous l’apercevons de temps à autre, dans le faisceau de nos lampes, qui prend de longues minutes pour récupérer puis se relève, s’accroche au câble de la herse avant de s’étaler de nouveau.
C’est en prenant appui sur le pied de l’éolienne qu’elle parvient laborieusement à se hisser jusqu’à nos deux points lumineux, exténuée par une lutte de plus d’une demi-heure contre les éléments.
Mélanie !
Je me rappelle de cette nuit-là chez moi. C’était au tout début du cauchemar : « Trois c’est mieux que deux »…
Fermement calée à côté de Thibault, elle dégaine sans le moindre commentaire deux paquets de biscuits et tablettes de chocolat qu’elle nous tend à chacun. Comme il m’est impossible d’avaler quoi que ce soit à ce moment précis, je décide de remettre le festin à plus tard en enfouissant de la main droite ces rations de survie dans ma poche d’anorak.
Mélanie…
Nos faisceaux de lampes s’effleurent, se touchent, s’entremêlent ; mais elle paraît si loin de moi ; et pour ma part, je me sens tant de responsabilité qu’il m’est impossible de penser à autre chose qu’à ce bolide dont on nous a confié les commandes…
Elle a dû ressentir ma pensée, car elle change maintenant de place avec Thibault pour venir se caler contre moi.
Il tousse, mon copain.
Tout comme moi, il ne se sent visiblement pas capable de lui poser LA question.
Si mon grand-père l’a renvoyée vers nous, c’est sans doute que le pire est à craindre pour Jack, et qu’il a tenu à rester seul auprès de son ami.
Jean-Luc Le Pogam rencontre les élèves d’une école de Noirmoutier
Lundi, février 8th, 2010 | Jean-Luc Le Pogam et les Mange-Rêve, auteurs bretons, divers | Pas de commentaire
Jean-Luc Le Pogam poursuit son tour des écoles, avec à chaque fois le même succès auprès des élèves.
Dans le cadre de la préparation du Salon du Livre de Mer qui se tiendra à Noirmoutier les 11, 12 et 13 juin prochains, il a rencontré fin janvier les élèves du collège Molière pour un échange passionnant…
Ouest-France et le Courrier de Vendée ont relaté l’évènement :
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Jean-Luc Le Pogam, l’auteur préféré des écoliers
Lundi, janvier 18th, 2010 | Jean-Luc Le Pogam et les Mange-Rêve, actualité littéraire bretonne, auteurs bretons, revue de presse | Pas de commentaire
Inspiré d’un article paru dans le Ouest France du 12 janvier 2010 :
Jean-Luc Le Pogam est né en 1957, à Brest. Au fil de ses rencontres issues du monde artistique, il rencontre Jean Failler, l’auteur de Mary Lester qui lui met le pied à l’étrier. Mais ce sont les héros Filosec et Biscoto qui le séduiront. En 2005, Monnaie de singe scellera la collaboration des deux auteurs bretons au profit du polar jeunesse. En 2008, Yves Simon lui offre les premières lignes du Grand Dérèglement.
Convaincue par la qualité des ouvrages de Jean-Luc Le Pogam, Nadine Olivard, enseignante en classe de CM1, à l’école de Groez-Ven, a accueilli l’auteur vendredi matin. Cette rencontre avait été préparée à l’avance. Les enfants avaient lu Le Grand Dérèglement, le premier tome de la Trilogie des Mange-Rêve. Pour les fêtes de Noël, les enfants avaient reçu en cadeau le deuxième volume, La Route du Nord. Le troisième volet, Tombmor, a été présenté aux enfants sous la forme d’un manuscrit, car il ne sortira que le 15 mars. Cette matinée privilégiée au cous de laquelle les enfants ont pu échanger avec Jean-Luc Le Pogam, a été un moment magique où ils ont pu pénétrer dans l’univers d’un auteur à leur portée.
École du Groez-Ven. Séance de lecture appliquée
Mardi, janvier 12th, 2010 | Jean-Luc Le Pogam et les Mange-Rêve, actualité littéraire bretonne, auteurs bretons, revue de presse | Pas de commentaire
D’après un article paru dans le Télégramme (08/01/10) :
C’est à l’initiative de Nadine Olivard, enseignante au Groez-Ven, que Jean-Luc Le Pogam a passé la matinée de vendredi avec les élèves de CM1. Sa trilogie intitulée “Les Mange-Rêve” était à l’ordre du jour. La venue de l’auteur était préparée depuis longtemps.
“Nous avons lu le premier tome intitulé Le Grand Dérèglement, en classe. Le second, La Route du Nord, a été offert à chaque élève pour le lire durant les vacances. Quant au troisième, Tombmor, nous avons eu la primeur de le découvrir encore sous manuscrit ; il faudra attendre le 15 mars, sa parution en librairie, pour en connaître le contenu”, précise Nadine Olivard.
Tous les élèves ont fait connaissance avec Thibault, Mélanie, Jack, Yvon, Iwan, personnages de cette histoire qui se passe en 2024. Il ne restait qu’à rencontrer le “père” de cette grande famille, ce qui est fait.
Des questions ont été posées par les enfants sur la vie personnelle de cet auteur d’origine brestoise, résidant à Sarzeau, sur sa vie professionnelle qui a commencé par la musique.
Le virage vers l’écriture s’est fait à la suite de discussions avec l’auteur de Mary Lester, Jean Failler.
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Tourner les pages… et prendre le large
Jeudi, décembre 24th, 2009 | Jean-Luc Le Pogam et les Mange-Rêve, actualité littéraire bretonne, auteurs bretons, revue de presse, salons et signatures | Pas de commentaire
Article paru dans le Ouest-France du 14/12/09
Du récit de voyage au document, du polar d’anticipation à l’album pour enfants, on a trouvé de tout au salon du livre de mer. Quelques pistes pour (se) faire plaisir à l’occasion des fêtes…
À la Cité de la voile Éric Tabarly, comment ne pas évoquer ce marin d’exception ? Parmi les (nombreux) ouvrages qui lui sont consacrés, cet album présente notamment de très belles photos. Pour replonger dans le parcours d’un homme qui a marqué son époque. Le livre est signé Jacqueline Tabarly et Daniel Gilles. Édition Le Chêne, 25euros (45euros le grand format).
L’essentiel pour partir, c’est de s’en aller. Un jour, Patrick Dupin en a eu assez de la vie parisienne. À 38 ans, il a pris la mer avec femme et enfant. Pas par caprice, non, pour “une question de survie“. Son livre est le récit d’une “expérience aquatique, océanique, familiale et humaine“. Si l’auteur-navigateur a un message à délivrer à tous ceux qui veulent partir sur les mers, c’est de bien choisir son bateau. Éditions Publibook, 27,75euros.
Adieu Bugaled Breizh : “Le Bugaled Breizh a fait une rencontre inopinée, il a croisé beaucoup plus fort que lui. Quelque part, quelqu’un n’en dort plus“. Yann Queffélec s’attaque ici au docu-fiction. Il livre son intime conviction sur le naufrage du chalutier bigouden en 2004, au large du cap Lizard ; naufrage qui a fait 3 morts et 2 disparus. Alors que la Cour d’appel de Rennes vient de demander une nouvelle expertise, l’écrivain breton opte pour la thèse de la croche avec un sous-marin participant aux manoeuvres de l’Otan le 15 janvier 2004. Éditions du Rocher, 17euros.
Le phare de l’enfant algue Hugues Mahoas, originaire du Bono, raconte l’histoire d’un gardien du bout du Monde, confronté à l’automatisation des phares. La femme étant l’avenir de l’homme, il rencontre une femme… algue. Un récit poétique, un coup de crayon sympa. À mettre dans toutes les petites mains, à partir de 3 ans. Coop breizh, 9,50euros.
Le grand dérèglement - Les Mange-Rêve -. C’est le premier tome d’une série qui en compte (bientôt) trois. Le Brestois Jean-Luc Le Pogam nous entraîne dans le sillage d’Iwan, Thibault et Mélanie. Nous sommes en 2024, l’Europe est cerclée d’un mur électromagnétique infranchissable. À la recherche de leurs parents disparus, les trois gamins embarquent sur des cataskis pour un périple plein de périls. Éditions du Palémon, 8euros.
Bars à bâbord, bars à tribord. L’un (Gwénolé Le Berre) est illustrateur, l’autre (Gilles Guilleron), auteur. Tous deux ont observé la vie comme elle va dans les bars côtiers, de la Roche-Bernard à Ouessant. Atmosphère, atmosphère… Les deux compères portent un regard tendre, parfois incisif, sur les acteurs de ces théâtres de la vie. De leurs pérégrinations au pays du zinc, les deux Lorientais ont ramené des “pépites d’humanité”. Publié en auto-édition (L’encre aux images), disponible à la Fnac, Coop breizh, la librairie l’Imaginaire ; 17euros.
Trois ans de voyage… 25 pays par voie terrestre et en images. Munis d’une boîte d’aquarelle, d’un vieil appareil photo et d’un carnet de note, Claire et Reno Marca ont cheminé de l’Afrique au Pacifique. À travers photos et croquis, ils racontent les pays traversés, les figures croisées. Éditions Hermé, 48euros.
Interview de Jean-Luc Le Pogam (Les Mange-Rêve)
Mercredi, décembre 16th, 2009 | Jean-Luc Le Pogam et les Mange-Rêve, actualité littéraire bretonne, auteurs bretons, divers, revue de presse | Pas de commentaire
Propos recueillis par Marion BARRILLON pour 1001 livres :
1001 livres : Comment as-tu attrapé le virus de l’écriture ?
Jean-Luc Le Pogam : Le virus de l’écriture ?! Je l’ai toujours eu ! Même si j’ai longtemps travaillé dans le milieu de la radio, j’ai toujours eu une préférence pour ce mode d’expression qui permet de retourner au moins sept fois la pointe de son stylo pour exprimer les mots et les maux tels qu’on peut les ressentir.
Déjà ado j’adorais écrire. Je demande humblement pardon aujourd’hui à celles qui ont dû se taper mes lettres d’amour pour tout le temps que ça leur a pris !
J’aimais aussi la poésie et sa chanson de ses vers. J’aimais les mots de Cat Stevens autant que ceux plus décousus de Neil Young. Aujourd’hui, j’aime autant les textes de Cabrel que ceux de Rammstein, d’Yves Simon, d’Arno ou de Rage Against The Machine.
1001 livres : D’où te vient ton genre littéraire ?
Jean-Luc Le Pogam : Je ne suis pas sûr qu’on puisse parler de « mon genre littéraire ». J’écris comme je pense, comme je travaille, (c’est-à-dire sans cesse) et comme on parle aujourd’hui. Il y a dans mon écriture autant de mes influences musicales, littéraires et artistiques que de ma façon de vivre au quotidien. Je pense en fait que lorsque que l’on dit que mon style « se fiche des balises frustratrices trop souvent infligées à la littérature jeunesse par les grands penseurs, et que j’y impose une plume incisive, une écriture actuelle, directe et sans compromis tout en partageant une sensibilité exacerbée avec le lecteur… », c’est tout à fait exact : j’avoue être un écorché vif dont le stylo utilise la sensibilité comme encre et la peau comme papier. Je ne cherche pas à entrer à l’Académie Française, pas plus que je ne me positionnerai en moralisateur face au lecteur.
J’écris simplement pour des habitants de la planète terre, enfants, ados, adultes de tous âges d’aujourd’hui… et peut-être de demain.
1001 livres : Comment te vient une telle inspiration ?
Jean-Luc Le Pogam : De l’actualité et de tout ce qui m’effraie du futur en ce moment. Les gens qui sont dans la merde, écœurés de la politique et qui répondent au vote, unique possibilité de tout changer, par l’abstention ou en disant que « les politiciens sont tous les mêmes ». Même si ce n’est pas tout à fait faux, on peut toujours voter contre quelqu’un ou pour le moins pire ! Ceux qu’on licencie à tour de bras alors que d’autres s’en mettent plein les poches, l’éducation, la santé, la culture et tous ces décideurs qui passent leur vie à compter. Compter le temps, compter l’argent, mettre la pression, tous me fascinent.
Je suis père de deux enfants et je me pose souvent la question de savoir quelle terre on va leur laisser… mais aussi quels enfants nous allons lui laisser.
Ensuite, il y a l’inspiration par l’inconscient. Les lecteurs me le font remarquer chaque jour dans leurs courriels : l’influence constante de l’image dans mes lignes. Images de spectacles comme ceux de Royale de Luxe, Von Magnet, La Fura dels Baus mais aussi et surtout l’influence inconsciente de l’impact qu’a eu sur moi une vingtaine d’années de critique de la bande dessinée. Je n’en étais pas vraiment conscient avant qu’on me le fasse remarquer, mais je suis assez fier d’entendre dire des Mange-Rêve que c’est une bd sans images ou que certains les lisent comme on regarde un film ou on lit une bande dessinée.
Et enfin, il y a l’influence de mon vécu… seul mes proches savent le retrouver dans mes livres !
1001 livres : Quels sont les écrivains qui ont ta préférence ?
Jean-Luc Le Pogam : Yves Simon, musicien-parolier comme écrivain. Virgil Gheorghui, André Malraux, Albert Camus, Jack Kerouac.
Par contre, il y a des livres qui m’ont vraiment marqué comme Baba sur les fesses du bon dieu de Christian Décamps, Le parfum de Patrick Süskind, Neige de Didier Convard, La mort peut danser de Jean-Marc Ligny, Juste un regard d’Harlan Coben…
1001 livres : Lorsque tu écris, t’imposes-tu une certaine organisation comme un plan de travail ou au contraire, t’accordes-tu une totale liberté c’est-à-dire l’écriture à l’instinct ?
Jean-Luc Le Pogam : Je suis un instinctif. Définitivement. Je ne supporte pas les figures imposées. Ça me pose parfois des problèmes d’organisation ce qui fait qu’avec le temps, j’ai appris !
Par exemple, moi qui avais le besoin permanent de travailler dans l’urgence, j’ai découvert, grâce à Jean Failler avec qui j’ai écrit Monnaie de singe, qu’on pouvait opérer autrement en matière d’écriture. Je prends maintenant le temps de coucher les mots, les laisser reposer pour les retourner et laisser reposer encore avant de les lisser enfin… C’est un peu la recette d’une bonne pâte à crêpes… On ne renie pas ses racines !
Le scénario des Mange-Rêve était écrit depuis le début de l’aventure. Il ne l’est pas jusqu’à la fin, je n’ai pu m’en séparer durant toute l’écriture de la trilogie. La fin est écrite, en désordre, certes, mais, à l’heure qu’il est, je l’ai en tête… enfin presque !
Pour répondre à ta question, je suis donc en liberté auto surveillée !!
Comme quoi, on peut être désordonné et accepter de se soigner !!!
1001 livres : Et au-delà de cela, as-tu des moments plus particulièrement propices à l’écriture ?
Jean-Luc Le Pogam : Oui, la nuit, sous mon grand velux quand il pleut, vente, grêle… Dans le train… Mais je peux aussi m’isoler lors d’un week-end entre amis et disparaître pendant une ou deux heures. Ils comprennent.
1001 livres : Après « Les Mange-Rêve » y aura-t-il un autre roman ? Si oui, sera-t-il dans le même registre ?
Jean-Luc Le Pogam : Mon éditeur aimerait vraiment qu’il y ait une suite aux Mange-Rêve. Je n’y avais pas pensé, mais j’y réfléchis. Pour le reste, plein d’idées sont déposées sur des morceaux de papier. Mais encore une fois, je laisserai faire l’instinct.
1001 livres : L’auteur que tu es, a-t-il conservé une âme d’enfant ?
Jean-Luc Le Pogam : J’explose de rire ! Je ne m’imagine pas vivre sans ! Mes yeux, (plutôt que mon âme) d’enfant sont partout et à chaque instant pour me faire rire ou pleurer devant un film, une pièce de théâtre, un livre, les mots que j’écris, pour délirer avec les amis et la famille.
La seule différence, c’est qu’ils sont commandés par un cerveau de 51 ans avec toutes ses blessures, ses faiblesses et ses cicatrices mais aussi ses merveilleux moments passés.
Ah ! Et j’oubliais : ils sont aussi trompés par des cheveux qui grisonnent allègrement !
Ce qui veut dire que si je peux être d’une tendresse absolue, les propos ou les actes d’un con, l’injustice, peuvent me faire sortir de mes gonds très rapidement. J’en ai été trop victime étant enfant. Je suis un trauma de l’école… que j’ai tenté un temps de réinventer.
1001 livres : Peux-tu nous en apprendre un peu plus sur ton parcours ?
Jean-Luc Le Pogam : La question qui tue !
Tiens commençons par l’école : si j’ai adulé certains de mes profs qui me l’ont bien rendu, j’ai été bête noire, le monstre empêcheur de tourner en rond de certains autres… qui me l’ont bien rendu aussi !
Ils ne supportaient pas qu’un élève discute et propose une interprétation différente de la leur à propos du sentiment implicite de l’auteur d’un poème. Ça se terminait souvent par un « Vous avez une imagination trop débordante, Le Pogam ! » bourré de mépris.
Et comme je ne pouvais entendre qu’ils ne le supportent pas, je ne le supportais pas non plus ! Alors, s’engageait une guerre où je n’abdiquais jamais.
Et je m’en suis toujours sorti haut la main aux examens, noté par des profs qui jugeaient non pas la personne, mais le travail fourni par un numéro.
Je détestais les math. Normal : 1+1=2. Quel ennui, il n’y aurait jamais rien à y redire !
Donc, pour résumer rapidement :
Viré en sixième (accusé à tort d’avoir cassé une rallonge de table en cours de sciences nat), viré par les curés en quatrième (pour avoir refusé de donner mon âme à la maison), remercié en troisième, remercié en 1ère (voir ci-dessus la longue période dite de la « bête noire » !). Parents discrets face à leur désespoir.
Études en fac de droit, première bifurcation en milieu bancaire (l’horreur totale !). Puis une autre, en tant qu’attaché commercial, journaliste radios et presse écrite, attaché de presse de festivals de rock, membre du festival ”Quai des bulles de St Malo”, enseignant, metteur en scène théâtre Jeunesse, auteur de dossiers pédagogiques, écrivain…
Chaotique mais formateur. On en rit après coup, car, comme disait Gabin, « aujourd’hui, je sais » que de toutes nos expériences, c’est le meilleur qu’il faut garder pour s’en bâtir un présent … et un futur !
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