divers
nouvelles caricatures de Jean Failler par Nono
Jeudi, juin 24th, 2010 | Jean Failler et Mary Lester, auteurs bretons, divers, salons et signatures | Un commentaire
Le célèbre illustrateur Nono (qui a signé les dessins de Gens et Choses de Bretagne, inventaire écrit par Jean Failler) à une nouvelle fois “croqué” Jean Failler et Mary Lester, lors du Salon de Vannes…Il y a de quoi rire !
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Les commentaires de Jean Failler sur le Salon de Vannes - avec photos
Mercredi, juin 23rd, 2010 | Jean Failler et Mary Lester, actualité littéraire bretonne, auteurs bretons, divers, salons et signatures | 4 commentaires
Après ses commentaires sur le Salon de Noirmoutier, Jean Failler nous offre cette fois de son avis sur le Salon de Vannes, qui se tenait le week-end dernier… Un régal une fois de plus… A vous de juger !
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Salon de Vannes
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À peine rentré de Noirmoutier, me re voici sur la route. Je repars pour Vannes, où, ce samedi et ce dimanche, se déroule le Salon du Livre en Bretagne.
D’abord, détour par Sarzeau où une charmante libraire m’a invité pour une signature.
Sarzeau et Vannes étant dans le même secteur géographique, ça ne me coûte qu’un détour d’une vingtaine de kilomètres.
Sarzeau, berceau de l’illustre Lesage, auteur (entre autres œuvres) du célèbre “diable boîteux”.
J’aime bien les petites librairies tenues par leur propriétaire. Celle de Sarzeau est ainsi faite, avec une libraire qui sait entretenir des relations particulièrement chaleureuses avec sa clientèle. Dans ces maisons, on trouve - outre des livres - la magie du contact ; la libraire finit par connaître le goût de son client pour telle ou telle sorte d’ouvrage et le lecteur est bien content d’être guidé judicieusement sans errer au hasard dans des rayons où il ne distingue pas toujours ce qu’il aimerait lire.
Dans les grosses librairies, ce sont souvent des Trissotins littéraires qui sont en charge des rayons et qui ne peuvent s’empêcher d’étaler leur petit savoir et leur goût pour la vraie littérature (de laquelle le livre dit “populaire” est bien évidemment exclu).
Cette attitude fait que, le plus souvent, ils prodiguent à des lecteurs en quête de conseils des recommandations mal venues propres à dégoûter à tout jamais certains clients de la lecture.
Cela s’appelle scier la branche sur laquelle on est assis, mais les Trissotins ignorent superbement les basses contingences matérielles. L’un d’eux me disait avec mépris, en parlant de son patron : “Il n’y a que le tiroir caisse qui l’intéresse !” Je me suis retenu de lui dire “Pauvre c…, s’il n’y avait pas ce tiroir caisse, qui te ferait ton chèque à la fin du mois ?”
Bref, vous aurez compris que ce n’est pas dans ce genre d’établissement que je m’égare volontiers.
Ma libraire avait prévu, dans sa petite librairie délicieusement nommée “Les passeurs de mots”, un petit buffet, avec crêpes, cidre, petits gâteaux… Autour de ce sympathique buffet, une conversation à bâtons rompus s’est spontanément instaurée avec les lecteurs. On en oubliait presque qu’on était venu là pour signer les ouvrages.
Premier fait marquant de la journée, une petite dame arrive avec une orchidée en pot. À ma grande surprise, elle m’est destinée. La dame avoue, en rougissant : “C’est pour vous remercier des bons moments que vous me faites passer.”
Je suis très ému: faire passer de bons moments à ses contemporains par les temps qui courent relève de l’exploit. Je prends ça comme un Goncourt, et surtout comme le plus beau compliment qu’on puisse me faire.
Alors, je fais la bise à la petite dame comme il se doit, ce qui accroît sa confusion, sous les flashs des deux journalistes de service heureux de capter cet instant d’émotion. Puis la petite dame repart, fière comme Artaban, “Casa del Amor” sous le bras.
Après ces instants de grâce, j’ai repris ma camionnette pour rentrer à Vannes, car je me déplace toujours avec ma camionnette.
J’y ai installé tout ce qu’il me faut pour survivre, un bon lit, bien entendu, ce qui m’évite d’aller loger dans les hôtels que l’organisateur nous réserve, le plus souvent dans quelque Formule 1 aux fins fonds d’une zone industrielle.
Les hôtels luxueux du bord de mer sont réservés aux “vrais” littérateurs, ceux qui sont estampillés VIe Arrondissement de Paris.
Qu’importe, je me suis installé sur l’île Conleau, au fond du golfe, comme un “vrai littérateur”. Et honni soit qui mal y pense !
Je dois dire que j’ai merveilleusement dormi, face à la mer.
L’île Conleau est pourvue d’une piscine naturelle que la mer remplit deux fois par jours. Le soir, l’eau y est un peu boueuse quand des dizaines de gosses s’en sont donné à cœur joie toute la journée, mais au petit matin, une eau toute fraîche l’a remplie et je suis le seul baigneur.
Le paradis ! Je peux nager tranquillement pendant une petite demi-heure. Bien évidemment, j’use de la douche installée à proximité pour ma toilette. Ensuite, je m’offre un petit déjeuner substantiel à la terrasse de l’hôtel de luxe qui jouxte ma camionnette, au milieu des “peoples” logés là et qui, visiblement, on du mal à émerger. Je ne songe même pas à leur recommander une demi-heure de natation aux petites heures du jour, suivie d’une douche froide. Dans le milieu, je suis déjà considéré comme un fada, pas la peine d’en rajouter.
Ensuite, en pleine forme, je m’en vais gaillardement affronter la foule qui ne va pas manquer de venir.
Le salon de Vannes est superbement installé dans les merveilleux jardins à la française, aux pieds des remparts de la ville.
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L’énorme tente blanche qui accueille les amateurs de livres est entourée d’autres tentes, plus petites, qui, elles, sont destinées aux rencontres et autres cafés littéraires.
Ici au moins, on ne mélange pas les genres.
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Le temps est magnifique et, dès dix heures, la foule se presse. En deux jours on enregistrera 32.000 visiteurs, ce qui n’est pas rien !
Le repas des auteurs est servi au château de l’Hermine, tout proche, et, il faut le dire, le traiteur s’est surpassé. Tout est excellent, le personnel attentionné, les voisins sympathiques. Une petite sieste, toujours dans le camion, et je retourne à mon stand.
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“Casa del Amor” se taille un franc succès et il me faut répondre encore et encore aux mêmes questions : “Quand viendra la suite de Mammig… Ai-je l’intention d’écrire encore des Mary Lester… Et les bouquins pour enfants ?”
Une vieille dame, très élégante, attend dans un fauteuil roulant. Il ne lui est pas facile d’approcher tant la foule est dense. Sa fille, qui la promène, relaye la question qu’elle voulait me poser : “Quand allez-vous faire du livre audio ?”
La vieille dame m’explique alors que sa vue ne lui permet plus de lire, pas même les ouvrages en gros caractères. Je lui signale donc que tous les Mary Lester sont enregistrés par la bibliothèque sonore de Quimper, et qu’elle peut se les procurer sur CD.
La voilà satisfaite : “c’est difficile de vivre sans lire”, dit-elle avec une moue qui en dit long sur sa frustration. Comme je vous comprends, madame !
J’espère que mes amis de la bibliothèque sonore pourront lui donner satisfaction.
Autre visite de marque, une équipe de gardiens de phares, désormais au chômage puisque l’automatisation des phares est chose faite. Ça marche tout seul, désormais. Ils en sont tout décontenancés, les gaillards. Et je puis vous assurer que ce sont des gaillards ! Le teint hâlé, les cheveux décolorés par les soleils, les vents, les pluies… Ils m’expliquent que tous, bon an mal an, sauvaient une douzaine de naufragés chacun et les réconfortaient en attendant les secours. Pas sûr que l’automatisation puisse en faire autant. Pas sûr du tout, même !
Voilà, il est déjà dix neuf heures. Le salon ferme ses portes. Les écrivains sont invités à regagner les navettes qui les attendent pour les conduire à la gare maritime. De là, embarquement sur une vedette sur laquelle l’apéro leur sera servi en préambule au repas qui aura lieu sur l’île aux Moines, un des joyaux du golfe du Morbihan.
C’est le clou de la fête, LA balade au milieu des personnalités. On pourra se faire photographier auprès de Benoîte Groult, Nelson Monfort, Edwy Plenel, Paul Lou Sulitzer et quelques autres.
Je me tiens soigneusement à l’écart et je laisse partir le navire. Je préfère dîner en tête à tête avec moi-même à une terrasse sur le port où l’animation est fort sympathique. Rassasié de sardines grillées, de bruits et de rires, je regagne l’île Conleau et sa zone de silence pour une seconde nuit aussi sereine que la première.
Le dimanche ressemble au samedi comme un frère. Emile et Josette sont venus me rendre visite. Ils m’avaient invité à séjourner chez eux le temps du salon et je les ai remerciés sans dire où j’avais dormi. Ils auraient pu être vexés que je préfère ma camionnette à un bon lit.
Emile et Josette ont respectivement 92 et 90 ans. Emile, toujours gaillard, toujours élégant - costume strict avec lavalière et Panama - mène une Josette pimpante, toute de rose vêtue, par le coude avec une autorité protectrice. Elle est - elle aussi - très soignée, très élégante et ses beaux yeux bruns pétillent de malice. Visiblement, ils sont toujours très amoureux. Il y a deux ans, ils sont venus en voiture me rendre visite à l’île-Tudy et depuis, Emile, qui est un virtuose d’internet, m’écrit fréquemment et m’adresse des blagues de garnement par mail.
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À dix sept heures je dois lever le siège : je n’ai plus de bouquins. J’en profite pour aller faire le tour des tentes où se donnent les conférences.
L’une d’elle déborde de monde. Je me demande quel illustre littérateur se livre à ses lecteurs. Las, c’est tout simplement un comédien qui tient dans “Plus belle la vie”, une série télévisée, le rôle d’un barman gay et qui a écrit quelque chose à ce propos (NDLR : Laurent Keruzore).
À quoi tient le succès…
Me voici sur le départ. Je rejoins le parking qui a été réservé aux auteurs, que des barrières mobiles séparent de la chaussée. Des bénévoles sont là, reconnaissables à leur chasuble jaune fluorescent et à leur casquette orange. Ce sont de jeunes gens fort sympathiques qui ont pour chef un monsieur plus âgé qui m’a, ce matin, accueilli fort courtoisement.
“Je vais enlever la barrière, dit-il, et vous guider pour sortir de cet emplacement.” Je le remercie, prends un livre dans ma voiture et le lui tends :
“Tenez, vous avez rendu service aux écrivains pendant ces deux jours, je suis sûr que personne n’a songé à vous offrir un livre”.
Il prend le bouquin et le regarde comme s’il n’en croyait pas ses yeux : “Merci !” souffle-t-il avec émotion. Et il ajoute : “Mais je n’ai rien à vous offrir, moi !”
Je le rassure en riant : “Je n’attends pas une contrepartie ! Vous nous avez été fort utile, et avec bonne humeur. C’est déjà beaucoup !”
Alors il prend dans un sac à dos qu’il porte sous sa chasuble un papier et me le tend : “Tenez, c’est pour vous !”
Je regarde, c’est un dépliant annonçant une exposition de peinture et je lis : “Olivier Mas ?” C’est moi, avoue-t-il. Voyez, je n’ai pas toujours été poseur de barrières… Il a un sourire triste. “À ma dernière expo, je n’ai rien vendu. Il faut bien vivre…”
Je regarde les reproductions. Ce sont des huiles de très bonne facture qui me font penser aux œuvres de Horace Vernet. Je le lui dis et je vois son œil bleu clair se mouiller. Il souffle : “Merci monsieur…”
Que dire ? Je lui serre chaleureusement la main en disant bêtement : “Allons, la chance tournera !” Et il redit, “Merci monsieur !”
Je démarre en lui adressant un signe de la main.
Quelle drôle d’époque ! Les barmen gay de la télé font florès, et les peintres de talent manœuvrent des barrières métalliques pour libérer les voitures des petits littérateurs que nous sommes.
Oui, quelle drôle d’époque !
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Bien à vous,
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J. Failler
revue de presse sur Les Mange-Rêve et Tombmor de Jean-Luc Le Pogam
Mardi, juin 15th, 2010 | Jean-Luc Le Pogam et les Mange-Rêve, auteurs bretons, divers, revue de presse | Pas de commentaire
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Jean Failler au Salon de Noirmoutier : ses commentaires et photos !
Mardi, juin 15th, 2010 | divers | 2 commentaires
Jean Failler participait le week-end dernier au Salon du Livre de Mer de Noirmoutier, pour dédicacer sa dernière enquête de Mary Lester Casa del Amor, dont l’action se déroule sur l’île.
C’est avec grand plaisir qu’il s’est prêté au jeu des commentaires, et qu’il nous décrit son week-end…
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Salon de Noirmoutier 2010.
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Tout au bout de l’île, sur une dune face à l’Océan, une immense tente blanche accueille les écrivains et leurs visiteurs.
L’endroit est superbe, le temps est beau, presque trop beau. Sous la tente, on cuit, si bien qu’il faut l’ouvrir pour faire circuler l’air.
Chaque libraire a son écurie, je suis entre Françoise Xénakis et une vieille connaissance, l’amiral Merer que j’ai connu lors du salon “l’Ancre et la Plume”, alors qu’il était Préfet Maritime à Brest.
Cet homme jeune, qu’on prendrait pour un midship plutôt que pour un retraité de la Royale, est tout à fait passionnant. Laurent Merer est un littéraire et, comme il a vécu des expériences extraordinaires aux plus hautes responsabilités de son arme, on apprend toujours plein de choses en parlant avec lui. D’autant qu’il raconte bien.
Madame Xénakis, son petit chien sur les genoux, est très disponible pour ses nombreux admirateurs.
Nos hôtes sont Bénédicte et Vincent, deux jeunes et sympathiques “vrais” libraires dont la boutique, dans le vieux quartier de Noirmoutier, est un enchantement. Ils vous y servent outre d’excellents bouquins de non moins excellents gâteaux pour accompagner le thé ou le café.

Avec Bénédicte et Vincent, libraires à Noirmoutier (librairie Trait d'Union) qui m'ont chaleureusement accueilli sur leur stand.
Voilà, le décor est planté (c’est le cas de le dire, puisqu’on est sous une tente). Reste à attendre le chaland. En fait de chaland, voici une troupe officielle qui s’avance, entourée de photographes et de caméramen. Ces gentlemen en costumes sombres serrent les mains d’un air pénétré en se présentant avec componction : Tartempion, député, Untel, conseiller général, Dupont, maire, Durand, conseiller régional…
J’en oublie sûrement, car je passe sur cette piétaille de la démocratie que sont les adjoints aux maires, les conseillers municipaux, etc.
J’en oublie sûrement, mais j’espère qu’on ne m’en tiendra pas grief.
Cette armada de VIP, dont le vaisseau amiral est monsieur De Villiers, président de Région, entraîne dans son sillage une cohorte de jeunes attachés de ceci ou de cela, aux dents déjà longues, qui se bousculent volontiers pour figurer sur la photo qui paraîtra dans le quotidien régional demain.
Et puis c’est le temps des discours. La société de remerciements mutuels et réciproques entre en action.
Derrière moi, Gérard, qui fut un des bagnards de Vidocq à la télévision (reconverti dans le polar) soupire avec son inimitable accent parigot : “C’est parti pour deux plombes !”
Il ne se trompe pas beaucoup, Gérard. Pour chacun de ces politiques, c’est l’heure de gloire : le micro à la main, ils vont pouvoir ressasser les lieux communs que le précédent orateur a assénés et que le suivant répétera à l’envi, encore et encore.
Tout ceci nous parvient parfaitement incompréhensible, heureusement, dans un salmigondis abasourdissant.
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Je sors prendre l’air pour récupérer un peu. Enfin, c’est l’apéritif d’honneur qui clôt, comme il se doit, cette cérémonie et l’armada se dirige vers les tables dressées dehors. Ouf, on va pouvoir, peut-être, s’entretenir avec nos lecteurs, ceux qui ont fait des kilomètres pour nous rencontrer.
On les attend de pied ferme, puis on les cherche, en vain… L’horloge nous apprend qu’il est déjà douze heures trente, ce qui laisse à penser qu’en attendant de goûter aux nourritures spirituelles, les visiteurs font le plein de nourritures terrestres.
Comme je le fais d’ordinaire, je casse la croûte dans mon camion aménagé, face à la mer, puis je sacrifie à un petite sieste bien méritée. Quatre heures de route pour rejoindre Noirmoutier, c’est environ trois heures trente de plus que je puis supporter.
Lorsque je reviens, j’ai déjà des lecteurs qui m’attendent. Des dames, des messieurs qui me disent combien ils aiment ce que j’écris. Voilà qui est bien réconfortant. On me pose des questions : Quand écrivez-vous, où trouvez vous votre inspiration, quand ferez-vous un roman qui se passe à Belle-Île,
à Ouessant, à Plougrescan ?… (liste non exhaustive)
Je réponds avec bonne humeur, je plaisante, je serre des mains, je fais la bise parfois, et parfois aussi je dois poser pour la photo.
Mais voilà que le micro couvre les conversations. À l’autre extrémité de la tente, il y a un espace aménagé pour les conférences et, dans une (peu) louable intention, les organisateurs ont sonorisé tout l’espace, si bien que l’on ne s’entend plus. Chacun s’efforce de hausser le ton pour se faire comprendre, en vain ! C’est épuisant.
Une jeune et charmante journaliste qui voulait m’interviewer renonce : “Je vous poserai les questions par mail, ici c’est impossible”.
Elle a tout à fait raison. J’ai la nostalgie de l’atmosphère feutrée du feu salon des Écrivains Bretons, dans les écuries du château de Trévarez (NDLR : en centre-Finistère) où,
sur un fond de musique classique, on pouvait échanger avec bonheur de menus propos avec les lecteurs qui nous faisaient l’honneur de leur présence.
Une conférence s’achève, on va pouvoir avoir une plage de (relatif) silence… Las ! Voilà que les binious bombardent, comme dirait Jaouen. Invité en terre vendéenne, le bagad de Quimper donne aubade sur aubade. Pas feignants, mes concitoyens, ils n’ont pas fait le voyage pour rien ! Avec eux les
amateurs de décibels en ont pour leur argent. On se croirait au Festival de Cornouaille. Et ils jouent bien, les bougres, on le sait depuis longtemps… Bien et fort…
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La tente se vide, les écrivains se regardent, navrés.
Quand les organisateurs de salons dits littéraires comprendront-ils qu’on ne peut pas mélanger tous les genres, si bons soient-ils ?
Epuisé par cette première journée, je retrouve avec bonheur la charmante petite chambre que les organisateurs m’ont réservée à Noirmoutier en l’île.
Dormir enfin !
Pas de chance, c’est la coupe du monde de foot. Mon voisin de chambre est un fan. Comme je regarde aussi, ça ne me gêne pas. Lorsque le match est terminé, j’éteins. Pas le voisin. Jusqu’à minuit, j’ai l’impression d’avoir Raymond Domenech au pied de mon lit. On cauchemarderait pour moins que ça.
Je tape au mur, je retape au mur à m’en meurtrir le poing… Enfin, ça se termine.
Il est minuit. Je suis trop énervé pour m’endormir de suite. J’ai échangé le spikeur contre le ronfleur. Le voisin fait vibrer les murs.
Je finis tout de même par m’endormir jusqu’à ce que je sois réveillé en sursaut. Le salaud, il a rallumé la télé ! Je regarde ma montre, il est 5 h 30. Ça va durer jusqu’à sept heures.
Au petit déjeuner, je me plains au patron de l’hôtel qui va dire deux mots à cet homme bruyant. Celui-ci s’étonne : comment ? Il n’a même pas allumé sa télé ! Comme nous ne sommes qu’à deux dans l’hôtel, j’ai dû rêver. Je maîtrise, mais si ce soir il remet ça, je l’assomme !
Il n’a pas remis ça. Du moins jusqu’à huit heures… Et il paraît que c’est un homme de lettres ! Je croyais qu’un homme de lettres se mettait au lit avec un bon bouquin et que le sommeil venait le chercher paisiblement. Comme on peut se tromper, n’est-ce pas ? À la réflexion, ça doit plutôt être un spécialiste des Chiffres et des Lettres.
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La seconde journée ressemble à la première, avec d’autres rencontres heureuses. Je vous en donne deux…
Une charmante dame vient me serrer la main avec effusions : “Ah, je vous remercie, vous avez parlé de moi dans votre roman”.
Je m’étonne : comment aurais-je pu parler d’une personne que je ne connais pas ?
Elle s’explique : elle tenait, sur la plage des dames à Noirmoutier, la petite boutique de plage que j’ai décrite dans les premières pages de mon livre. Elle en est toute émue. Je pose, sur la photo, entouré de monsieur et madame. Ils me l’enverront par internet, c’est promis. Et si je repasse par la plage des dames, il faut que j’aille les voir. Bien qu’ils soient maintenant en retraite, ils habitent toujours là. C’est promis aussi.

Monsieur et madame Freslon qui ont créé la boutique "Grain de sable"sur la plage des Dames au bois de la Chaize à Noirmoutier.
Et puis la seconde rencontre marquante : un grand gaillard d’une bonne soixantaine d’années vient me dire combien Mary Lester l’a accompagné dans sa vie professionnelle. Il travaillait dans une compagnie pétrolière et il a baroudé à la recherche de l’or noir dans tous les coins du monde : de l’Alasaka à la Zambie, en passant par le détroit de Behring et le pôle sud. Et puis, le voilà en retraite, il rentre au logis, sur la côte Nord de Bretagne et là, surprise, sa femme qui ne l’a jamais vu plus d’un mois par an, le trouve trop encombrant. Et hop, le voilà viré ! Heureusement, il a une petite résidence secondaire sur l’île de Noirmoutier. Alors il s’y réfugie et là, il trouve une lettre qui vient d’arriver : une de ses amie d’enfance, qu’il avait perdue de vue depuis quarante et des années, lui annonce qu’elle a dû quitter un mari brutal et qu’elle se trouve à la rue. Il prend son téléphone et ne dit qu’un mot : “Viens !”
Elle est là, toute timide dans son ombre de géant, toute blonde, tout de blanc vêtue, coquette, élégante… Elle a des yeux extraordinaires, d’un bleu tout délavé, des yeux qui ont trop pleuré sans doute. Mais maintenant, ils sont pleins d’étoiles et quand ils se regardent, leur bonheur irradie.
Y a-t-il quelque chose à rajouter ? Même si elle en est prodigue, la vie ne fait pas que des vacheries. Elle fait aussi, heureusement, parfois de beaux cadeaux. Pour moi aussi de telles rencontres sont de beaux cadeaux. Et il y en a eu d’autres, plus discrètes mais tout aussi charmantes. On a échangé des cartes, on s’enverra des mails et, qui sait, sur un autre salon… Il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas.
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La dame organisatrice passe, affairée. Elle s’inquiète :
— Il n’y a pas beaucoup de monde ! Pourtant, on a bien fait les choses.
— Oui, lui dis-je, vous avez parfaitement fait les choses, mais vous avez oublié l’essentiel.
— L’essentiel ? Que voulez-vous dire ?
— Le parking, madame !
— Le parking ? Vous n’avez pas trouvé à vous garer ? Il y a pourtant un fléchage…
— Il ne s’agit pas de moi, je suis parfaitement servi de ce côté, mais des visiteurs.
Elle me regarde, interdite :
— Les visiteurs ?
Elle semble dire : s’il faut aussi se préoccuper des visiteurs !
— Il est impossible de garer une voiture dans un rayon de trois kilomètres. Si vous croyez que les gens vont les faire à pied ces trois kilomètres…
Elle ne me répond pas.
Eh oui, chère dame, la règle intangible du commerce moderne dit (qu’on m’excuse de l’écrire en anglois) “No parking, no business…” (Ce qu’il faut être terre à terre, parfois !)
Je la laisse nager dans un océan de perplexité.
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Voilà, le temps est venu des adieux à mes voisins, mes voisines, à nos charmants libraires.
J’ai grande hâte de retrouver mon petit bureau dans ma petite île.
Dimanche, on remet ça, à Vannes, cette fois…
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Bien à vous,
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Jean Failler.

Madame Nadine Chantreau, qui m'a si bien documenté sur "son" île, accompagnée de mon épouse Marcelle.
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1er chapitre de la 35e enquête de Mary Lester “Casa del Amor”
Lundi, mai 3rd, 2010 | Jean Failler et Mary Lester, actualité littéraire bretonne, auteurs bretons, divers | 10 commentaires
J-12 avant la sortie de Casa del Amor, la nouvelle enquête de Mary Lester qui paraîtra le 15 mai prochain…
Vous pouvez dès à présent réserver l’ouvrage en librairie et sur www.palemon.fr (et demander la dédicace de l’auteur !)
Histoire de vous donner l’eau à la bouche, voici le 1er chapitre (téléchargeable au format Pdf)… Alors, execllente lecture, et n’hésitez pas à nous laisser vos commentaires !
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Téléchargez au format Pdf le 1er chapitre de Casa del amor
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Chapitre 1
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« On est déjà venues par là, n’est-ce pas ma grenouille ? »
Mary Lester tapota le volant de sa vaillante petite Twingo qui allait bon train sur la route de Saint-Nazaire, traversant les friches industrielles qui subsistaient en bord de Loire.
Le grand pont apparut dans le lointain, mince et sinueux comme un ruban de paquet cadeau géant, abandonné au-dessus du large estuaire.
Vu de loin, on se demandait comment les voitures pouvaient rouler là-dessus, mais au fur et à mesure qu’on s’en rapprochait, on se rendait compte que c’était une véritable autoroute qui enjambait les flots jaunes de la Loire.
Mary eut juste le temps d’apercevoir, en contrebas sur la droite, le taudis où avait vécu le sinistre Armanjéo, l’assassin du juge Ménaudoux*.
Le lierre avait encore gagné et son épais manteau vert couvrait maintenant presque toute la toiture de fibro-ciment.
Elle frémit en repensant à Armanjéo, la brute intégrale, qui avait pulvérisé une voiture de police à la hache avant qu’elle ne lui vide le chargeur de son revolver dans les jambes pour réussir enfin à l’arrêter.
Où était-il maintenant ? Il devait avoir fini son temps de prison et, bien qu’il y eût peu de risques pour qu’elle se retrouve nez à nez avec lui, le savoir dans la nature lui donnait des petits picotements le long de la colonne vertébrale.
La pente était raide, elle dut descendre une vitesse pour arriver au premier portique qui pointait vers le ciel tout au sommet de l’ouvrage d’art. La petite voiture hoquetait, semblant trouver la pente particulièrement ardue, si bien que Mary dut rétrograder une nouvelle fois avant d’atteindre le sommet du pont.
— Ben dis donc, ma vieille, on n’a plus ses roues de vingt ans !
Il lui arrivait ainsi de parler à sa voiture lorsqu’elle voyageait seule. La petite voiture offerte « spontanément » par la Marine nationale après la destruction de son Austin par les commandos de marine* lui avait fait un long usage.
Celle-ci reprit de la vitesse en entamant la descente qui la menait de l’autre côté de la Loire et Mary continua de l’encourager :
— C’est bien, ma grenouille, c’est bien !
Elle songea que jamais la grenouille, comme elle disait, ne l’avait laissée en panne. Toujours pleine de bonne volonté malgré plus de deux cent mille kilomètres au compteur. Il faudrait pourtant, un de ces jours, songer à lui trouver une remplaçante car les voitures, même de bonne volonté, ne sont pas éternelles.
Mary n’était pas pressée. Tant que la « grenouille » roulerait sans avatar, elle la conserverait. Il s’était noué entre elle et son véhicule un curieux lien affectif que la plupart des gens auraient trouvé ridicule (comme ils auraient trouvé ridicule de l’entendre lui parler). Mais c’était ainsi. Elle avait l’âme conservatrice et il en était de même avec de vieux vêtements qu’elle trouvait confortables et qu’elle hésitait à jeter.
Tant que ça roulerait…
Du haut du pont, on avait l’impression de survoler l’estuaire, si bien que les montagnes de sable entassées par les gravières de Loire sur les berges ne paraissaient pas plus grosses que les pâtés que font les petits enfants sur les plages en été.
Vers le sud, le Marais breton s’étendait à perte de vue, gris et vert, avec des coulées d’eau qui brillaient au soleil. Car il faisait soleil, contrairement à la dernière fois où elle était arrivée à Saint-Nazaire avec sa Twingo toute neuve, sous un déluge invraisemblable.
Pourquoi appelait-on « Marais breton » ces terres qui, géographiquement parlant, étaient plus vendéennes que bretonnes ? Marais, d’accord, l’eau semblait sourdre de toutes parts et, avant que cette route qui filait droit vers l’horizon eût été tracée, il devait être périlleux de s’aventurer dans ce paysage.
Les armées républicaines, au temps de la chouannerie, en avaient su quelque chose et s’en étaient vengées avec une férocité sans nom. Mais breton… Pourquoi breton ? Qu’avait-il de breton, ce marais ?
Dans leur volonté de retrouver la Bretagne de leurs ancêtres et ses cinq départements, les Bretons seraient-ils tentés d’annexer également le sud de la Loire ?
Bonne question, dont Mary Lester ignorait la réponse. Elle n’était pas tenue d’élucider ce mystère et le temps des guerres de conquête n’était plus au goût du jour.
La veille, le commissaire Fabien l’avait convoquée dans son bureau et, après les civilités d’usage, l’avait contemplée sans mot dire, un demi-sourire aux lèvres.
Elle lui avait rendu son regard ironique :
— Sur quel coup tordu projetez-vous de m’expédier cette fois, Monsieur ?
Le commissaire n’avait pu retenir un petit mouvement de tête en arrière accompagné d’un pincement des lèvres et Mary, très contente d’elle-même, avait pensé : « Touché, Monsieur le commissaire ! »
Il avait protesté :
— Qu’est-ce qui vous laisse penser qu’il s’agit d’un coup tordu ?
Elle lui avait montré son auriculaire ostensiblement braqué vers son oreille :
— Mon petit doigt. Quand vous me convoquez comme ça, au débotté, c’est qu’il y a anguille sous roche.
Comme il ne pipait mot, se contentant de la regarder en souriant, elle avait demandé :
— Alors, où est-ce que ça se passe ?
Le commissaire Fabien avait essayé de reprendre la main :
— Devinez !
Elle répondit d’un ton badin :
— Je préfère l’entendre de votre bouche, patron.
Content de sa petite victoire, le divisionnaire Fabien avait croisé les doigts sur sa brioche et avait incliné la tête en fermant à moitié l’œil gauche, un tic qu’il avait conservé de l’époque où il avait en permanence une Benson à bout liège entre les dents. Une sérieuse alerte de santé l’avait contraint à renoncer aux délices du tabac, mais aux mouvements nerveux de ses doigts cherchant quelque chose à serrer, on devinait qu’il en faudrait peu pour qu’il replonge.
— Ah ah, on ne se mouille pas, capitaine. Pas envie de parier, cette fois ?
Elle avait répondu vertueusement :
— Il ne faut jamais parier avec ses supérieurs, Monsieur, quand ils perdent, ça les met de mauvaise humeur.
— Cette fois, dit le commissaire avec assurance, je ne risque rien.
Mary avait fait la moue :
— Alors ce n’est pas un marché honnête et ça m’étonne de vous, patron. Mon père prétend qu’il a connu, lorsqu’il faisait son service militaire, un officier qui affirmait : « Je ne parie que quand je suis sûr de gagner. Quand je ne suis pas sûr, je donne ma parole d’honneur ».
— Belle mentalité, fit Fabien amusé.
Et Mary précisa :
— Ce n’était qu’une boutade.
— Allez savoir, avec les militaires, soupira Fabien. Puis il avait laissé tomber :
— La Vendée.
Mary ne répondant pas, il précisa :
— L’île de Noirmoutier, pour être exact…
Elle demanda :
— Et que se passe-t-il sur l’île de Noirmoutier ?
— Un empoisonnement…
— Mortel ?
— Qui aurait pu l’être…
— Quelqu’un d’important ?
— Si on veut.
Il soupira :
— La dame de compagnie de la belle-mère d’un notable.
— Holà ! fit-elle.
— Ça vous effraie ?
— Oui. Les cinglés qui tuent de cette manière m’effraient. Un coup de flingue, de hache ou de binette sous le choc d’une déception, d’une colère, d’une passion trahie je peux comprendre, mais verser du poison dans la soupe d’un proche et le regarder crever à petit feu, ça c’est vraiment horrible.
— Ouais, dit le commissaire.
Pensait-il à son épouse qui l’accablait de granules, pilules, et autres potions ? Elle se garderait bien de poser la question.
— Et qu’est-ce qui vous amène à m’expédier en Vendée ?
— Vos mauvaises relations…
Mary Lester réprima un sourire, elle allait pouvoir contrarier son supérieur.
— Je suppose que vous voulez parler du conseiller Mervent…
Le visage de Fabien se rembrunit.
— En effet.
Elle ironisa :
— Il serait ravi d’apprendre que vous le classez dans les « mauvaises relations ». C’est le chef de cabinet et le premier conseiller du ministre de l’Intérieur, tout de même !
Cette fois Fabien ne rigolait plus du tout. Ce Mervent* était un intrigant, mais on le disait très influent auprès d’un ministre de l’Intérieur qui se voulait efficace sans avoir la moindre compétence pour l’être (Mervent, pour tout dire, n’en avait guère plus).
Mary enfonça le clou :
— Figurez-vous qu’il m’a téléphoné juste avant que j’arrive au commissariat.
Fabien balbutia :
— Parce qu’il a…
— Mon numéro de portable ? Mais oui ! D’ailleurs moi aussi j’ai le sien. Il me téléphone de temps en temps.
— Il vous…
— Il me téléphone, oui.
— Mais pourquoi ?
— Pour me demander, quand ses compétences faiblissent, mon avis sur tel ou tel problème de police.
Elle ajouta négligemment :
— Nous avons gardé d’excellentes relations.
Fabien persifla :
— En somme vous voilà conseillère du conseiller !
Elle minimisa son rôle :
— Faut pas exagérer, patron, il me demande juste quelques petits tuyaux.
— Vous saviez donc que vous deviez aller à Noirmoutier ?
Elle prit son air le plus candide et laissa tomber : « oui ».
Le commissaire Fabien parut fâché :
— Et vous me laissez exposer des choses que vous connaissez mieux que moi !
— Oui, mais comme je suis honnête, je n’ai pas parié !
Fabien grommela :
— Il n’aurait plus manqué que ça !
— J’aurais pu, ajouta-t-elle, gager quelque chose de gros… Un dîner à Rosmadec, par exemple.
Le commissaire était toujours débiteur de ce dîner qu’il avait promis à Mary dans un moment d’euphorie à la fin d’un repas mémorable au café du port à l’Île-Tudy*. C’était devenu l’Arlésienne, le commissaire redoutait que sa moitié apprenne qu’il invitait son enquêtrice préférée dans ce haut lieu de la gastronomie bretonne.
Et, lorsqu’elle voulait taquiner le patron, elle n’avait qu’à prononcer ce nom « Rosmadec » pour le plonger dans l’embarras.
Et là, il était plus qu’embarrassé. Il fit mine de ne pas entendre et graillonna à deux ou trois reprises : « hum… hum… ». Puis il demanda :
— Je suppose que vous acceptez cette mission ?
Elle assura :
— Je suis à vos ordres, patron.
Il persifla :
— Rien ne me dit que s’il s’était agi d’une enquête en banlieue au mois de novembre, vous auriez manifesté la même docilité.
— Ce n’est pas pareil, assura-t-elle, je n’ai aucune compétence pour aller me fourrer dans des zones de non-droit… Tandis que dans une île… au bord de la mer… Au mois de septembre…
Fabien avait bougonné :
— Non-droit… Non-droit… Qu’est-ce que ça veut dire, non-droit ?
— Vous le savez aussi bien que moi !
Ce qu’elle pouvait l’agacer !
— Bien, vous partez quand ?
— Demain matin.
Il soupira :
— Je n’ai malheureusement pas d’élément à vous donner…
Elle se leva :
— Ce n’est pas grave, patron, Ludo m’a téléphoné pour m’expliquer en gros ce dont il s’agissait.
Fabien avait une nouvelle fois froncé les sourcils :
— Ludo ?
— Oui, le conseiller Ludovic Mervent si vous préférez.
Le visage du patron s’était soudain empourpré, mais l’explosion qu’elle attendait ne vint pas. Elle admira in petto : « Quelle maîtrise de soi ! »
Néanmoins sa voix était pleine de colère contenue. Il articula :
— Je ne préfère pas ! Ça y est, vous en êtes à vous appeler par vos prénoms à présent ?
Elle leva les mains comme pour s’excuser :
— C’est lui qui a commencé, depuis quelque temps il m’appelle Mary, alors…
— Alors vous l’appelez Ludo ?
— Ben oui !
— Et moi alors, vous m’appelez comment ?
— Eh bien… Patron.
— Oui, mais quand je ne suis pas là ?
— Quand vous n’êtes pas là, je ne vous appelle pas, dit-elle avec une fausse candeur.
Le commissaire respira fort et dit, presque trop calmement :
— Je veux dire en mon absence, quand vous parlez de moi avec ce grand dépendeur d’andouilles de Fortin, vous m’appelez comment ? Lulu ?
Elle faillit pouffer :
— Oh, patron !
— Pourquoi pas ? Je vous appelle bien Mary, moi aussi !
Elle réfléchit et dit :
— C’est une idée. Je n’y avais jamais pensé, mais puisque vous me le suggérez… Quoique, ça ferait un peu familier tout de même. Vous imaginez, si vous m’invitez à Rosmadec avec madame Fabien et que je laisse tomber : « Lulu, voulez-vous me passer la moutarde ? »
Cette perspective sembla fâcher le commissaire si bien qu’il parut à nouveau sur le point d’exploser.
— Pff ! fit-il exaspéré. Fichez-moi le camp !
Elle se leva, gagna la porte et, la main sur la poignée, elle tenta de le rassurer :
— Je plaisantais, patron.
— Humph ! fit Fabien qui n’en était pas tout à fait persuadé. Enfin, tenez-moi au courant, capitaine Lester ! Je suppose que vous ne manquerez pas de faire appel aux services du lieutenant Fortin ?
— Si besoin est, patron, cependant je ne crois pas avoir à le déranger.
— Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?
— C’est une affaire d’empoisonnement, patron, donc a priori un crime de femme… Si toutefois il y a crime, bien entendu.
— Bien entendu, fit Fabien en écho. Il n’y a d’ailleurs pas eu crime, puisque la victime n’est pas morte.
Elle suggéra :
— Ça sera peut-être pour la prochaine fois.
— C’est ça, ricana Fabien, le criminel attend que la célèbre enquêtrice Mary Lester soit sur place pour passer aux choses sérieuses.
Il redit, mais moins agressivement :
— Fichez-moi le camp, jeune fille !
Elle ferma doucement la porte en riant, et fila venelle du Pain-Cuit préparer ses bagages.
Interview de Jean-Luc Le Pogam dans Ouest-France pour la sortie de Tombmor
Mercredi, mars 24th, 2010 | Jean-Luc Le Pogam et les Mange-Rêve, actualité littéraire bretonne, auteurs bretons, divers, revue de presse | Pas de commentaire
En avant-première : la couverture de la 35e enquête de Mary Lester (parution en mai 2010)
Mercredi, mars 3rd, 2010 | Jean Failler et Mary Lester, actualité littéraire bretonne, divers | Pas de commentaire
Eh oui, ça y est, le voile est levé !
Nous connaissons maintenant le titre de la prochaine enquête de Mary Lester, que vous êtes nombreux à attendre avec impatience, ainsi que la destination de Mary pour cette nouvelle mission…
Alors, voici la couverture :
…
Qui reconnaît l’endroit ?
Pour ceux qui n’ont pas encore eu la chance de s’y rendre et ne trouvent donc pas la réponse, cette photo a été prise à Noirmoutier, plus précisément sur le Passage du Goix, passage qui à marée haute est recouvert, faisant de Noirmoutier une île.
La “tour” qui figure sur la photo est en réalité un abri utilisé par les malheureux qui se laissent surprendre par la marée…
Mais vous en saurez plus en mai, à la parution de “Casa del amor”… Encore une enquête passionnante !
…
…
En exclusivité, le 1er chapitre du 3e volet des Mange-Rêve : Tombmor !
Mercredi, mars 3rd, 2010 | Jean-Luc Le Pogam et les Mange-Rêve, actualité littéraire bretonne, auteurs bretons, divers | Pas de commentaire
Le 15 mars prochain paraîtra Tombmor, le 3e volet des Mange-Rêve de Jean-Luc Le Pogam.
Une aventure palpitante au coeur d’une Bretagne en pleine glaciation…
En exclusivité, retrouvez ci-dessous le 1er chapitre. Histoire de vous mettre l’eau à la bouche !
Pour plus d’informations sur Tombmor ou pour commander les ouvrages, consultez le site des Éditions du Palémon ou la page Myspace des Mange-Rêve.
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Tombmor - 1er chapitre
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lNuit noire comme de l’encre, puits sans fond inlassablement rincé d’une neige intarissable de ses épais flocons… Enfer des vents rugissant comme des démons dont le souffle nous projette vers les entrailles d’un gouffre sans fin…
Voilà des heures que nous perforons l’obscurité, l’œil rivé au zéro du compas de route, les fesses plantées sur nos sièges plastiques, bringuebalés comme de vulgaires pantins que le froid et les événements semblent avoir statufiés sur place en attendant d’en disposer le moment venu.
Zéro…
Zéro, ce n’est pas le chiffre de la température.
Non. Zéro, c’est le chiffre-vampire qui nous aspire du nord. Celui qui, de la forteresse maudite, aimante nos jours et nos nuits depuis le départ de l’expédition. Destination finale du voyage dont le mystère me hante pour une énième nuit sans sommeil.
Plus un mot n’est sorti de nos bouches comme scellées par le gel depuis que la lumière du soleil nous a une nouvelle fois abandonnés.
Même les pensées semblent avoir fui nos mémoires engourdies par le froid et l’épuisement. Mémoires élimées par ce film récurrent qui grave en nos rétines des images répétitives devenues diffuses, incompréhensibles. Mémoires comme régentées par cet unique triangle lumineux où défilent les paysages immuables d’un film en noir et blanc qui n’a plus aucun sens du réel…
Plusieurs fois dans l’après-midi, Thibault a dû prendre brusquement la direction des opérations alors que je piquais du nez.
À propos de nez, Yvon a seulement pointé le sien sur le pont à trois ou quatre reprises dans la journée. Il était accompagné de Snow.
Pas un mot, pas un geste. Juste un « Ça va ? » pour accompagner les repas sous vide avant sa rituelle inspection du pont et son retour robotisé au carré.
La dernière fois, c’était il y a quatre heures, quelques minutes avant la nuit qui est tombée subitement vers dix-sept heures, ramenant avec sa chape de plomb un souffle en furie.
Nous sommes loin des vents solaires dont nous parlaient les deux têtes grises au départ de cette transsibérienne !
Afin d’échapper à la torpeur, les paupières mi-closes, je quitte de temps à autre mon siège pour m’ébrouer comme un ours et me débarrasser de la lourde cuirasse glacée qui tente sans répit de nous dévorer.
Thibault, tel un mort-vivant, se colle alors à la barre à laquelle il s’agrippe pour un temps.
À nos pieds, pont, winchs, cordages, roof, flotteurs, rien n’existe plus.
Tout relief a été lissé, avalé, gommé, effacé par le tapis neigeux.
Seul le cockpit présentait encore ce matin une vague forme évasée qui s’est atténuée au fil de la journée pour quasiment disparaître avant la tombée du jour.
Le Seagull a revêtu l’apparence d’un vaisseau- fantôme plongeant de lui-même vers des abysses insondables.
Propulsé par ses voiles qu’on jurerait en tôle tant leur rigidité fait croire à des plaques définitivement clouées sur leur emplacement, il transperce inlassablement notre cauchemar.
Les guirlandes de glace s’acharnent à s’emparer de la bôme*** et des filières de sécurité qui nous préservent de la chute. Prises dans le faisceau de nos frontales, elles semblent s’épaissir comme à vue d’œil avant qu’un choc plus violent que les autres ne vienne les disloquer.
Il nous faut alors nous méfier des éclats tranchants comme du verre qui arrivent de l’avant.
Et ça cogne dessous, et ça lève à bâbord, et ça tosse à tribord… Et claque la grand-voile contre les haubans, explosent encore les cristaux de glace en milliers de pointes aiguisées, pique du nez, lève du cul et cogne à nouveau. Et danse dans cette transe infernale qui nous tue le dos, les pieds, les jambes, les bras, les mains, la tête.
Plus le temps passe, plus nos mouvements se font lents, pénibles, alanguis. C’est à grand-peine que je parviens à chaque assaut à détourner un peu la tête pour éviter les projectiles…
Mon cerveau s’est mis en mode veille, déroulant devant mes yeux une bande lumineuse sur laquelle défilent ses conseils :
Ne se laisser prendre ni par le froid ni par le sommeil… Bouger… Bouger les pieds… Bouger les genoux… Les jambes…Se lever tous les quarts d’heure pour évacuer la neige… Manger… Température extérieure - 47°C… Ne se laisser prendre ni par le froid, ni par le sommeil… Bouger… Bouger les pieds… Bouger les genoux… Les jambes… Se lever tous les quarts d’heure pour évacuer la neige… Manger… Température extérieure…
Je vérifie de temps à autre le lacet d’un gant, de l’autre, pour parer à l’accident.
Jack…
Mes doigts.
Faut que je bouge mes doigts. Que je vérifie qu’ils sont toujours bien là.
J’ai lu quelque part que le froid tue doucement. Que ses caresses assassines t’endorment sans que tu t’en aperçoives.
Peut-être qu’elle est là, tout autour de nous, la mort. Glaciale, et discrète, à l’affût du moindre faux pas, du moindre endormissement, elle attend patiemment son heure, avide de nos vies.
Peut-être que l’Ankou s’est installé parmi nous et qu’il va jouer de la faux d’un instant à l’autre.
Il aurait profité de notre long arrêt de l’autre jour, lorsque nous avons remonté Jack à bord, pour y grimper aussi et s’y planquer en se faisant oublier…
Pourtant, la légende dit que l’Ankou se déplace toujours en charrette…
— Mais, arrête Iwan, tu délires complètement ! Tu sais très bien que depuis le Grand Dérèglement l’Ankou ne se prend plus la tête avec sa charrette ! C’est de l’histoire ancienne, ça ! Vis donc avec ton temps ! Cette nuit, par exemple, il est capable de s’être atomisé pour retomber sur vous sous forme de flocons ! Le faucheur est capable de te parler avec la voix de ton grand-père ou celle de Mélanie, capable d’arrêter ton Seagull d’une main pour le retourner de l’autre et vous faire tous avaler sa poudre noire !
— Sa quoi ?
— Sa poudre noire !
— … Quelle poudre noire ?
— Cette poudre que les ordinateurs de Bogdich vous envoient sans discontinuer maintenant qu’il a réussi à nous isoler du reste du monde !
— Mais, qu’est-ce que tu racontes ? Cette poudre, c’est de la neige… Et la neige est blanche !
— Le jour oui, mais la nuit, la morte-neige est noire, garçon !
Je lève vaguement les yeux vers le projecteur de pont dont le rayon blanchâtre attire des milliers de papillons…
La morte-neige ? !
— C’est la lumière artificielle de ton projecteur qui lui donne une apparence blanche, poursuit Sapience, mais regarde-la bien, elle n’est pas blanche !
Mes yeux se perdent un instant dans la vague lueur du feu de mât… Je dois me rendre à l’évidence…
Sans doute que tu penses que j’ai tendance parfois à parler tout seul. Ce n’est cependant pas parce que la folie me guette.
En fait, j’échange avec Sapience.
Sapience, c’est la vieille amie qui me rassure, ma petite voix à moi, celle avec qui je parle en secret à la veille des grandes décisions ou lors des situations périlleuses comme celle que nous traversons depuis plusieurs jours.
J’ai toujours suivi ses conseils à la lettre, tenu compte de ses réflexions avisées. Enfin… presque à chaque fois.
Sapience, c’est comme une amie sûre, une amie qui est toujours là lorsque tu en as besoin. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Une vraie amie, quoi !
C’est mon père qui nous a présentés l’un à l’autre lorsqu’il m’a raconté pourquoi il avait pris la décision de quitter le journalisme de guerre pour s’occuper des oiseaux migrateurs.
Sapience le lui avait conseillé. Et elle a eu vachement raison ! Grâce à elle, il a trouvé Gaëlle, et moi, j’ai retrouvé mon vrai père et une nouvelle famille !
Étant donné la pertinence de ses conseils, j’avais à l’époque immédiatement saisi l’opportunité de lui proposer de nous prendre sous son aile protectrice, Mélanie et moi. À bien y repenser, c’est d’ailleurs certainement elle qui m’a incité à l’embrasser sur le Seagull et dans la cabane au bord du lac. J’en ai tout à coup le cœur qui bat un peu plus fort.
— Ce blanc est une illusion, Iwan ! Le jour du Grand Dérèglement, c’est toute la nature qui s’est révoltée ! Elle s’est mise à vomir ses flocons de mort dès le premier soir. Car, je te le redis : la morte-neige est noire ! Noire comme la nuit des temps, comme les cheminées de l’enfer. Noire comme les nuits d’avant que les hommes ne trouent la bâche des géants.
— Mais, Sapience, qui nous l’envoie, ta morte-neige à la fin ? ! Les ordis de Bogdich ou la nature ?
— Il ne fallait pas, Iwan, il ne fallait pas s’acharner à la détruire, cette bâche. Vous aviez pourtant été prévenus par ceux d’entre vous qui connaissaient la nature. Vous n’auriez pas dû vous en moquer et continuer à balancer toutes vos fumées dans l’atmosphère, pas dû continuer à courir après le profit et…
— Mais, au collège, on nous a largement expliqué qu’on avait tout fait pour les réduire, ces fumées ! Les bagnoles, les snow-mobs et les motos-neige au photovoltaïque aux beaux jours comme en hiver et…
— Ce n’était pas assez, Iwan ! Ce que vous avez sauvé, vous l’avez détruit par les satanés nuages radioactifs évadés de vos centrales nucléaires pourtant ultra sécurisées ! C’est vous qui l’avez mise en colère !
— Mais…
— Bogdich se sert de cette colère pour y ajouter son ignominie et…
— Mais, nous…
— Et il mènera le programme à son terme.
— Mais, nous on n’y est pour rien, on n’était pas là !
— Ah, la bonne excuse ! Bien sûr que vous n’étiez pas là, mais vos pères égoïstes y étaient, eux ! Et vous allez malheureusement payer pour ce qu’ils ont fait !
— Mais, mon père n’est pas un égoïste, tu le sais bien Sapience, et moi j’ai pas envie qu’elle me prenne, ta morte-neige ! Pas envie de crever cette nuit !
— Vous allez payer le prix fort !
— Mais…
— Cesse donc tes « mais » ! L’Ankou se fout de tes « mais » ! Il possède des accointances avec les forces obscures qui se rient de vous ! Il laisse tomber la morte-neige qui vous tisse à chacun un linceul. Ensuite, lorsque vous fermerez les yeux, seulement à cet instant, il prendra la forme qu’il aura choisie.
— La forme de quoi ?
— Une forme, Iwan ! La forme la plus inattendue. Il s’approchera lentement, confisquera la vie et distribuera avec parcimonie la mort… La mort sans un bruit, sans un mot, sans même une trace. Tu…
— Allez, lâche-moi, Sapience, tu me prends trop la tête là ! Ici, on est peut-être isolés, mais on est aussi un équipage, et il est impossible que nous soyons les seuls dans cette situation !
o0o
La morte-neige… N’importe quoi !
La réalité, c’est que je me les gèle…
Bouger le menton.
Plisser ce front qui, voilà une heure me faisait un mal de chien et que je ne sens même plus maintenant.
Le frotter avec mes gants, cligner des yeux, l’un après l’autre… Ensemble.
Taper dans mes mains.
Je m’invente des solutions de survie en soufflant longuement dans mon écharpe. Ça me réchauffe un peu le nez… C’est déjà ça de pris. Je sors Thibault de sa torpeur en lui frappant amicalement l’épaule. Il me répond d’un même geste avant de se lever et de sautiller sur place, la main droite accrochée aux filières.
Se lever…
Tenter de marcher. Marcher jusqu’au cockpit…
Thibault s’installe à ma place. Il a compris mes intentions sans que nous ayons eu à échanger un mot, pas même un signe à la lueur de nos frontales.
Je m’accroche à tout ce qui est à portée de main pour prévenir une glissade qui pourrait avoir des conséquences irrémédiables.
Et ce cata qui n’en finit pas de bondir de la tête au cul… On va finir par casser le matériel.
Réduire la grand-voile et enrouler entièrement le foc pour en laisser le moins possible au vent et perdre de la vitesse.
Oui, c’est ça : perdre de la vitesse.
De toute façon, inutile de prendre des risques, on va déjà bien assez vite.
Pas facile de tenir debout… Va pas falloir lambiner.
Baisser la tête pour éviter les paquets de neige…
Dès qu’il est en main, j’enroule autour du winch ce maudit cordage en pensant à mon grand-père qui se félicitait, lors des préparatifs, d’avoir équipé les deux catas de cordages hydrofuges. Même gelés et raides comme du bois, ils perdent rapidement de leur rigidité.
Et je tourne la manivelle tandis que de sinistres grincements me parviennent de l’avant dans le vacarme ambiant. La voile glacée crisse, hurle, se brise presque tandis qu’elle s’embobine sur elle-même.
Il faut que ça tienne…
Faut que ça tienne…
Voilà, c’est bon !
Mal au bide… Les oreilles qui sifflent… La faim sans doute… J’ai du mal à… Merde, qu’est-ce qui m’arrive ? Mes jambes vacillent…
Je viens de me vautrer. Mon corps tout entier est en train de glisser…
Le câble de la herse là, à un mètre à peine…
Et ce blizzard de fou qui me flagelle le visage dès que je me tourne un peu vers l’arrière.
Attraper le câble, vite.
Je m’accroche de toutes mes forces, mais pour faire quoi ensuite ? À la barre, Thib doit avoir les yeux rivés sur l’avant ; Jack, Yvon et Mélanie sont à l’intérieur… Si je suis balayé du pont, personne ne s’en apercevra.
Je finis par m’asseoir, m’enroule presque autour du câble gainé de givre.
Je me gèle…
J’aurais dû rester à la barre…
Il me faut absolument tourner le dos à cette maudite averse de neige ; que j’échappe aux griffures de ses flocons que le froid transforme lors de certaines bourrasques en grêlons tueurs.
La morte-neige.
Ses épines de ronces m’écorchent les yeux.
… Et ce film de la bataille de l’autre fin d’après-midi sur le pont. Mon esprit me le ressasse en boucle :
Mon grand-père, recroquevillé sur lui-même, se protégeant des coups de pieds de ce faux journaliste. Ce fumier qui a apporté le malheur à bord.
La douleur me tord à nouveau l’estomac…
On n’aurait jamais dû accepter de le laisser monter…
— Mais tu sais bien Iwan, que les « on aurait dû, on n’aurait pas dû » ne peuvent rebâtir le passé…
— Oui, je sais ! Avec des « mais » non plus, tu me l’as déjà dit !
— …
— Le problème, Sapience, c’est que le passé, c’est aussi Jack, trimballé comme un grossier paquet de linge sale au bout d’un filin, là-bas, à plus de cent mètres derrière nous ! Et ce passé-là nous a fabriqué un présent sur mesure. Une saloperie de présent ! Une galère, oui !
— Surtout, reste éveillé, Iwan. L’Ankou ne fauche que ceux qui dorment…
Le vent et les mouvements du cataskis me forcent à lâcher prise. Je glisse…
— Je t’ai dit de me lâcher avec ton faucheur de malheur, Sapience ! Tu ferais mieux de me sortir de là ! Mais… ça… c’est au-dessus de tes moyens, hein ! T’es meilleure pour les conseils !
Mon corps ne m’obéit plus. Il s’allonge malgré moi, épouse le fond du cockpit, devient une pièce de caoutchouc qui ne m’appartient plus.
Il n’en veut plus, mon corps.
Il n’en peut plus.
Pourtant, je sais que je ne dois pas me laisser commander par le mouvement.
Longue envolée du Seagull qui retombe ensuite lourdement au sol avant de repartir sur une seule coque.
Thibault ne fait pas dans la finesse. Mais, comme moi, il fait ce qu’il peut, mon copain. Et il tient bon !
Il faut que j’assure, moi aussi.
Et je revois encore Jack, celui que je pensais invulnérable, indestructible autant que son copain…
Le Taureau ! L’autre a quand même fini par l’avoir, et à quatre, ça va devenir beaucoup plus difficile maintenant.
Et Snow, que va-t-il devenir sans son maître ?
Me relever…
Rejoindre Thibault…
Impossible de tenir debout…
Mes yeux quittent quelques instants la route que trace vaguement le trait blanc du projecteur d’avant. Ils se posent ensuite sur la frêle lueur que laisse encore passer la couche de neige sombre déposée sur les hublots qui entourent le roof et surplombent le carré.
Ramper jusqu’à cet ultime signe de vie…
Je n’aurais pas dû quitter mon poste…
Qu’est-ce qu’ils foutent à l’intérieur ?
Ça fait combien de jours que je n’ai pas revu Mélanie ?
Nous auraient-ils oubliés dehors ?
Après s’être une nouvelle fois levé sur bâbord, le Seagull s’écrase à nouveau de toute sa masse. Le coup de menton que je refile dans le winch auquel je m’étais agrippé me fait conclure presque à haute voix ce dont je suis maintenant convaincu : il y a barreur et barreur !
Le claquement de la voile m’avertit d’un nouveau balayage de pont. Thibault doit flipper comme un malade.
S’accrocher à tout ce qui dépasse et attendre l’accalmie.
Dernier coup d’œil sur les cadrans électroniques que j’essuie au passage avec mes gants.
Vitesse de pointe : 45 nœuds.
Température extérieure : - 49°C
Vitesse du vent : 37 nœuds.
Sauter maintenant vers le flotteur pendant que l’engin enfin à l’horizontale surfe longuement sur un plat.
Trop tard… Il s’envole à nouveau avant de retomber sur ce tapis invisible qu’il tosse à s’en disloquer.
Comme désarticulé, le bolide ralentit alors sous l’effet de l’impact, mais ça tient. Ça tient bon !
J’en profite pour gagner trois à quatre mètres avant que le cataskis ne reparte de plus belle à la conquête de la nuit, comme s’il avait repris ses esprits.
D’une ultime enjambée, je regagne enfin mon poste où Thibault, après une tape dans la main, me cède la barre sans se faire prier.
Et le rodéo redémarre en culbutes incessantes où le Seagull lève son nez qu’il plante ensuite dans la neige en levant de l’arrière. Le mouvement est si rapide qu’il nous décolle de nos sièges pour mieux nous y replaquer la seconde suivante.
Lorsque nous sommes plus chanceux, la bête replonge en douceur au travers de la lame, faisant jaillir de part et d’autre des monceaux de poudre noire qui dévalent vers nous sans parade possible.
Ce vol d’un oiseau ivre sur l’écume des ténèbres me donne une inconfortable impression de vertige et j’imagine un instant ce qui pourrait survenir si tout à coup l’œil qui nous guide venait à rendre l’âme.
Le vent rugit, faisant craquer le vaisseau fou de ses coques au mât. Sur la droite ou la gauche, parfois des deux côtés en même temps, des branches arrachées aux arbres par la tornade viennent finir leur course, coincées dans les filières où elles restent prisonnières avant d’en être arrachées par la vitesse. Certaines autres, comme lancées par le diable, percutent violemment les voiles avant de venir se fracasser sur le roof et de s’échapper par l’arrière.
Les projectiles arrivent de toutes parts et on les sent parfois nous frôler.
Voilà donc la route de Tombmor !
Calé sur mon siège, je sens au fil des minutes le silence intérieur regagner mon esprit, comme si je devenais le spectateur de cet effroyable snow-movie. Concentré sur un avenir incertain qui pourrait à tout moment basculer, je ferme progressivement les écoutilles, m’isole de la tourmente afin de me consacrer pleinement à ma tâche de barreur.
Partant du haut du mât, la lumière continue, malgré la violence de l’ouragan, d’arroser une large route et me permet d’éviter les obstacles : arbres, restes de pylônes isolés, carcasses de voitures ou de semi-remorques. Presque ensevelis sous notre trajectoire, ils n’en sont pas moins de redoutables récifs qui pourraient anéantir nos efforts et coûter la vie à tout l’équipage en moins de dix secondes.
La morte-neige est partout. Sombre et glacée, on pourrait croire qu’elle nous prépare un tapis noir vers le pire cauchemar.
« … Le faucheur est capable de s’être atomisé pour retomber sur vous sous forme de flocons. Il est capable d’arrêter ton Seagull d’une main et le retourner de l’autre pour vous faire tous avaler sa poudre noire… » Les paroles obsédantes de Sapience me reviennent en tête.
Je tente de dénicher autour de nous le moindre signe, la moindre petite chose qui pourrait être l’Ankou, mais rien n’y fait.
Il y a bien de temps à autre sur notre route la lueur des flammes éclairant des silhouettes de fantômes qui ont élu domicile çà ou là dans la cabine, la benne ou la citerne éventrée d’un camion recouvert de bâches, mais ces mendigots n’ont rien à voir avec le faucheur qu’ils doivent redouter autant que nous.
Enveloppés dans des haillons, hommes ou femmes, ils nous regardent passer sans aucune réaction, sans doute trop surpris par ce vaisseau qui surgit du néant sous leurs yeux pour mieux y replonger l’instant d’après.
Je les imagine, privés de mots, échangeant seulement des regards éberlués.
Le vent continue à s’acharner sur les arbres et les ferrailles en bordure de voie, inflexible, comme s’il voulait les tordre, les soulever, les arracher au sol.
— Ça doit sacrément remuer à l’intérieur ! crie tout à coup mon zombie de voisin, me rappelant que nous sommes malgré tout en vie.
Je sursaute mais ne lui réponds pas, trop absorbé que je suis par la course et le slalom de délire auxquels je livre le navire.
Tenir.
Tenir jusqu’au bout de la nuit. Jusqu’à la première empreinte de la lumière du jour, ce moment de soulagement intense qui te laisse enfin voir et te rend les repères que l’obscurité t’avait subtilisés. Et, même si tu te rends compte que rien n’a changé en enfer, tu te contentes alors de l’indicible réconfort que t’offrent tes yeux.
Rien que pour cet instant, il nous faut tenir sans défaillir.
Et, tenir, c’est aussi refaire notre retard sur ce train de malheur.
Un bref instant, les yeux mi-clos, j’ai aperçu, à quelques mètres, la porte de la descente qui s’écartait pour laisser s’échapper une frêle silhouette vers l’extérieur.
— Voilà la bouffe ! s’enthousiasme Thibault en mettant cette fois les mains en porte-voix dans ma direction.
Moi, je n’ai pas faim.
Désirant retenir sa capuche d’une main, l’ombre glisse, tombe. Nous l’apercevons de temps à autre, dans le faisceau de nos lampes, qui prend de longues minutes pour récupérer puis se relève, s’accroche au câble de la herse avant de s’étaler de nouveau.
C’est en prenant appui sur le pied de l’éolienne qu’elle parvient laborieusement à se hisser jusqu’à nos deux points lumineux, exténuée par une lutte de plus d’une demi-heure contre les éléments.
Mélanie !
Je me rappelle de cette nuit-là chez moi. C’était au tout début du cauchemar : « Trois c’est mieux que deux »…
Fermement calée à côté de Thibault, elle dégaine sans le moindre commentaire deux paquets de biscuits et tablettes de chocolat qu’elle nous tend à chacun. Comme il m’est impossible d’avaler quoi que ce soit à ce moment précis, je décide de remettre le festin à plus tard en enfouissant de la main droite ces rations de survie dans ma poche d’anorak.
Mélanie…
Nos faisceaux de lampes s’effleurent, se touchent, s’entremêlent ; mais elle paraît si loin de moi ; et pour ma part, je me sens tant de responsabilité qu’il m’est impossible de penser à autre chose qu’à ce bolide dont on nous a confié les commandes…
Elle a dû ressentir ma pensée, car elle change maintenant de place avec Thibault pour venir se caler contre moi.
Il tousse, mon copain.
Tout comme moi, il ne se sent visiblement pas capable de lui poser LA question.
Si mon grand-père l’a renvoyée vers nous, c’est sans doute que le pire est à craindre pour Jack, et qu’il a tenu à rester seul auprès de son ami.
La série “Énigmes à Bourvillec” chroniquée sur Mauvais Genres Rade de Brest
Mercredi, février 17th, 2010 | divers | Pas de commentaire
Le secret d’Amélie, 3e tome d’Énigmes à Bourvillec, de Jean-Paul Birrien, a rencontré comme les deux volumes précédents un véritable engouement de la part des lecteurs et des journalistes.
C’est François Lannuzel qui le dit. Tout le monde l’appelle Fanch et Fanch sait de quoi il parle, il est le facteur de cette bourgade rurale de 1 275 âmes située en centre —Finistère. Il sait tout ce qui se passe à Bourvillec. Enfin presque… Il ne comprend pas, par exemple, pourquoi Charles Le Rohellec, un type peu ordinaire a disparu pendant des années pour réapparaître quinze ans plus tard ” pour mettre tout le monde dans sa poche “. En peu de temps, Le Rohellec est devenu le maire et le principal employeur de la commune, le patron de l’équipe de foot… ” Il fait la pluie et le beau temps “. ” Le roi du village est sur le point d’apporter gloire et fortune à Bourvillec qu’il a réussi à faire classer ” station climatique ” “. ” Bourvillec pourrait d’ici peu devenir aussi connu que Lourdes ou Vittel ! ”
C’est alors qu’une ” mauvaise série ” va commencer : un garagiste qui se pend à la grue de sa dépanneuse en bordure de la voie express, un agriculteur qui se noie dans sa fosse à lisier, un Arabe qui tombe d’un échafaudage… ” Mauvaise série ” tout simplement ? Ce n’est pas l’avis du jeune inspecteur stagiaire André Leveau qui pense qu’il se passe trop de choses bizarres dans ce patelin…
Avez-vous déjà entendu parler de Bourvillec, petite commune du Finistère, située entre Carhaix et Châteaulin, pas très loin de Quimper ? Non ? Pas étonnant si l’on en croit l’adjudant de gendarmerie de Plougalan qui prétend que Bourvillec est ” le trou du cul de la Bretagne “. Et doit-on tenir compte des dires d’un habitant de Plougalan, la commune rivale, même si celui-ci est un membre respecté de la maréchaussée…
Ce que l’on peut dire c’est que Bourvillec, jadis paradis des pêcheurs, ne manque pas de personnages savoureux et pittoresques : la mère Morvan qui porte un lourd secret. Sa fille Rosalie qui ” a réussi “… Elle ” est montée ” à Brest où elle a ouvert un commerce… Monique, la receveuse des Postes qui a des faiblesses pour son facteur. Josette, la très dévouée (trop dévouée ?) secrétaire de Mairie. Raymond et Simone, le couple à la Dubout du Café des Sports. Jeannot la Presse, le marchand de journaux. Madame Le Terrier, la vieille institutrice de 98 ans. Le vieux Cauzian, l’ancien ouvrier de la tannerie… Il y a encore Mimi Buissonec, Yann Le Guern — ” le type le plus intelligent de Bourvillec ” — Marius, Daniel Martin, l’instituteur, Le vieux Taridec… Il y a surtout Fanch, le facteur qui connaît tout le monde et que tout le monde apprécie…
Et avez-vous déjà entendu parler de Jean-Paul Birrien, directeur des services municipaux de Carhaix, Morlaix puis Concarneau ? Sachez qu’il nous offre là un polar ” original et drôle “.
Un très bon polar ! Une très agréable surprise ! On en redemande !…
Roque Le Gall
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Il s’appelle Charles Dubois. Il va bientôt avoir 37 ans. Il y a un mois, il a vu un film américain, « GATSBY LE MAGNIFIQUE »’ « Un film formidable ». Il a aussi lu le livre. Depuis lors, il parle comme Gatsby, il s’habille comme Gatsby, il se prend pour Gatsby. Tout comme Gatsby, il a même rencontré sa Daisy, qui ne s’appelle pas Daisy. Elle se prénomme Emma. Emma et Freddy, son petit ami, ont projeté de cambrioler la belle villa que Charles habite avec sa mère. En fait, Freddy attaque la banque locale. Le hold-up tourne mal. Freddy et Emma doivent alors prendre la fuite dans la Bentley de Charles qui a décidé de les accompagner. Enfin, ce n’est pas vraiment la Bentley de Charles, et Charles n’est pas vraiment le riche héritier que Freddy et Emma imaginent. Pas plus qu’il n’est « un espèce d’aventurier, ou un gangster, quelque chose comme çà », comme il finit par leur laisser croire.
De Dinard à Nantes, puis de Nantes à Bourvillec, dans le Finistère, une folle cavale va alors s’engager. Une cavale des plus meurtrières.
« C’était comme au cinéma ! Ca ne se passe jamais comme on s’y attend, il y a toujours des imprévus ». (page132)
« Arrête ton cinéma » est le troisième roman de Jean-Paul Birrien et le deuxième tome d’une série intitulée « Enigmes à Bourvillec » (le premier tome étant « Tournée de campagne ».).
J’avais bien aimé son premier roman « Bloody Mairie ». J’avais beaucoup aimé « Tournée de campagne ». J’ai beaucoup, beaucoup aimé ce troisième opus et celà pour diverses raisons.
Tout d’abord, « le retour à Bourvillec ».
Ah, Bourvillec ! « C’est dans le Finistère, en plein milieu. Un bled perdu, ravitaillé par les corbeaux ». (page 167)
« Un coin peinard », Enfin, pas tout le temps !
J’ai également apprécié « l’écriture en double (qui) entrecroise les réflexions du personnage principal avec le déroulement de l’action » qui nous ramène au début des années 70.
L’auteur a su créer des personnages « savoureux et attachants ». La petite Rose, pour ne citer qu’elle.
Et surtout, surtout, il y a Charles !
Charles, « un garçon intelligent qui a fait de brillantes études » et qui a « explosé en vol » alors qu’il préparait les grandes écoles. Charles qui n’est pas fou, attention ! Il souffre simplement d’une destructuration de la personnalité.
Charles qui va passer du rôle de spectateur à celui d’acteur.
Et quel acteur !
Un personnage singulier que le lecteur n’est pas prêt d’oublier !
Ce road-movie à l’armoricaine, cette cavale fantastique, tragique mais ô combien tendre et humoristique, est une totale réussite !
« Plus je réfléchis, plus je me dis que mon histoire ferait un film formidable », se dit Charles, page 132. En tout cas, avec l’histoire de Charles, Jean-Paul Birrien a écrit un livre formidable !
Roque Le Gall
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“Bourvillec c’est un coin tranquille, où il ne se passe jamais rien. C’est ce qu’on croit, mais détrompez-vous, il se passe parfois des choses !”
C’est François Lannuzel qui le dit. Le facteur de Bourvillec. “Alors forcément, il sait pas mal de choses.”
Par exemple qu’Edouard Couchouron “avait été obligé” de partir en Amérique, il y a 20 ans. Il avait rejoint, là-bas, son frère Michel. En cette année 1975, il est revenu au pays, “les poches pleines de dollars.” Il se fait à présent appeler Eddie, roule en Cadillac et surtout il a racheté l’abattoir municipal et a créé pas mal d’emplois.
A la même époque, un jeudi matin, le cadavre d’André Chapuis, l’ancien Juge de Paix est retrouvé à son domicile. Il a été sauvagement assassiné. La coupable ne peut être que sa bonne, Amélie Péron !… Amélie Péron qui n’adresse plus la parole à personne depuis 30 ans.
Qu’on se le dise ! ils sont de retour ! Qui donc ? Les personnages pittoresques de Bourvillec, commune désormais célèbre du centre Finistère. Il y a là Raymond et Simone, les patrons du Café des Sports, le seul bistrot du bourg, Marius (qui en réalité s’appelle Antoine) qui gère l’Hôtel du Midi (le seul hôtel du bourg également), le Maire rigide, Daniel Martin, le Député Alain Lepellan, bien moins rigide et bien plus retors, Josette Cotton, la secrétaire de Mairie, “la pire commère de Bourvillec”. Amélie Péron, la bonne du Juge Chapuis, sévère et redouté, Amélie qui ne parle à personne, qui n’a plus ouvert la bouche depuis 30 ans. “Les gens disent que c’est une sorcière.” Il y a aussi Yann Le Guern, le type le plus intelligent de Bourvillec. Il s’est mis en tête de devenir écrivain.
Il y a surtout des vieux et même des très vieux : Madame Le Terrier, l’ancienne institutrice, le Père Pennec qui espère une décoration hypothétique avant de passer l’arme à gauche, le vieux Polotec, communiste primaire et nostalgique du Tour de France, le vieux Cauzan qui connaît bien des histoires.
Impossible de tous les citer.
Il ne faut tout de même pas oublier François Lannuzel, Fanch, qui vient juste d’avoir 33 ans, l’âge du Christ à ce qu’on dit. Fanch le facteur naïf et serviable, à l’ancienne (à lui seul, un argument contre la réforme plus que probable de la Poste), Fanch qui nous raconte la vie de la commune, le déroulement de l’enquête, à sa façon, une façon ô combien curieuse et savoureuse.
Le secret d’Amélie est “une enquête policière pleine d’humour et de rebondissements.” C’est surtout “une chronique villageoise” savoureuse que j’ai beaucoup, beaucoup, appréciée.
Page 299, il est écrit :
“Il restait sûrement d’autres secrets à découvrir dans ce drôle de village.”
Faites-nous les vite découvrir Monsieur Birrien !
Roque Le Gall
Mauvais Genres Rade de Brest : un site pour les mordus de polar…
Mercredi, février 17th, 2010 | divers, sites et blogs à voir ! | Pas de commentaire
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