L’auteur brestois Christian Blanchard est désormais référencé sur la boutique en ligne du Palémon. Il signe d’excellents thrillers et romans noirs (parfois très noirs), à forte dimension psychologique. Afin de vous faire découvrir un peu plus son univers, Christian a accepté de se prêter au jeu des questions-réponses…
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Bonjour Christian. Pouvez-vous vous présenter en quelques phrases ?
À 52 ans, j’ai déjà fait 5 métiers différents. Six ans par profession en moyenne, c’est pas si mal et largement suffisant. Comme les chats (que je n’aime pas), j’ai eu plusieurs vies dans plusieurs villes du Grand Ouest. Même si mon père était un breton pur beurre du sud de Dinan, je suis arrivé à Brest par hasard après avoir connu ma Bretonne en Turquie.
Certains diront que je suis instable ; je préfère invoquer un amour certain pour les Muses du Changement et l’envie de saisir les opportunités provoquées ou offertes. L’avantage d’être désormais auteur à temps plein, c’est de combiner une réelle profession avec le plaisir de la création, d’être à la fois un ermite chauve et un infatigable discoureur dans les salons littéraires où j’arrive à avoir un avis sur tout et (dixit ma femme et mes gosses) à avoir surtout un avis.
Depuis quand écrivez-vous et qu’est-ce qui vous a donné envie de le faire ?
Comme beaucoup d’auteurs, c’est à la crise d’ado (est-elle finie ?) que j’ai commencé à écrire des nouvelles… sur des thèmes qui me tiennent toujours à cœur comme la folie, la peur, la double personnalité ou bien encore la solitude. D’une manière professionnelle, cela fait 7 ans maintenant que l’écriture est devenue mon métier. Je l’ai débuté en même temps que la création d’une maison d’édition (feues « les éditions du barbu »). Le premier livre a été écrit durant la canicule de 2003 alors que je ne supportais pas la chaleur et a été publié en autoédition un an plus tard. Assurément, l’histoire était déjà noire (et bonne). Par contre, l’écriture ne me semblait pas terrible. Ce livre est désormais introuvable. Pour le coup, le travail étant une source de progrès, les livres suivants (et surtout les derniers évidemment) sont de qualité bien supérieure. Quant à l’envie ? Y en a-t-il eu à ce moment ? Le premier livre a été écrit par ennui. L’envie est apparue par la suite et s’est transformée peu à peu en drogue dure. Impossible de se passer d’écrire. Je peux perdre ma faculté de marcher, d’entendre mais pas celle de voir ni d’écrire.
Vous écrivez des romans noirs, à forte dimension psychologique. Pourquoi vous êtes vous tourné vers ce style en particulier ?
Si l’objectif d’un polar, c’est seulement de trouver le méchant après une enquête menée par un flic, cela ne m’intéresse pas. Dans la vraie vie, rien n’est manichéen. Ce que j’aime, c’est l’idée du tueur (en série ou non) que l’on peut croiser tous les matins dans la rue, au bureau ou à la boulangerie. Le « méchant » peut-être perçu comme un gentil dans la vie et puis, un jour, il bascule du côté obscur. Pourquoi ? Nous sommes tous des tueurs en puissance mais rarement sont ceux qui passent à l’acte. La frontière entre les deux mondes est pourtant aussi fine qu’une feuille à cigarette. Comme tout le monde, je possède un côté caché, conscient ou inconscient. J’ai mes angoisses et, avec le temps, je crois qu’elles apparaissent de plus en plus dans mes livres. Un jour, je serai peut-être le « taré » d’une histoire. À réfléchir pour un prochain best-seller.
Où trouvez-vous l’inspiration ?
Il suffit de lire la presse quotidienne, regarder la télé (pas trop pour pas devenir abruti) et avoir l’œil et le neurone en alerte. Ce n’est jamais le « comment » qui m’intéresse mais le « pourquoi ». Pourquoi de jeunes gens ont-ils répondu à un message sur Internet « recherche jeune homme prêt à se faire manger » ? Pourquoi un archiviste reclus sur lui-même va séquestrer un autre individu durant 14 ans ? Pourquoi une victime devient-elle coupable ? Je pourrais en citer encore d’autres. Tous ces éléments sont issus de faits-divers plus ou moins bien relatés par les médias. Vient s’ajouter une dimension psychologique : la paranoïa, la schizophrénie, le dédoublement de personnalité, la fragilité de l’être augmentée par la peur… la manipulation, le conditionnement humain… Et j’en passe. Pas marrant tout ça ! Mais terriblement motivant pour moi. Un peu « thriller » sous la couette ! Je ne suis pas quelqu’un de très courageux en dehors de chez moi mais face à mon ordinateur (porte, fenêtre et volets fermés) il n’y a pas grand-chose qui me fasse vraiment peur…
« La triade du bourreau » a été finaliste du Prix Intra-Muros de Cognac. Pouvez-nous nous en dire davantage sur ce prix et sur l’expérience que vous avez vécue en participant à cette sélection ?
Les membres du jury qui attribuent le prix Intramuros de Cognac sont constitués de prisonniers. Comme finaliste, j’ai donc été invité à les rencontrer sur leur « lieu de travail ». C’est une expérience que je n’oublierai pas. Aucune compassion pour ces lecteurs. Ils ne sont pas là par hasard. Par contre, j’ai rencontré des gens intéressants, érudits pour certains, et très demandeurs quant à notre manière de faire : inspiration, écriture, organisation… Je n’aimerais pas être à leur place. Le climat en prison est particulièrement tendu, aussi bien dû aux détenus qu’aux matons. Expérience à renouveler… Depuis, l’un des membres du jury (et toujours prisonnier à 60 ans) est devenu un ami avec lequel j’échange courriers et livres. C’est un homme au parcours étonnant. Son histoire ferait un best-seller à coup sûr. J’espère le revoir en toute liberté en 2012 (N’empêche, c’est un « truand » quand même. Mais les gens évoluent, changent… Bref, je ne vais pas refaire le monde carcéral…).
Quelle(s) partie(s) du « rôle » d’un auteur préférez-vous (recherche, écriture, rencontres avec les lecteurs…) ?
Effectivement, il faut mettre des «s ». Évidemment, tout me plaît… mais il y a des moments que je préfère encore plus que d’autres. La recherche est primordiale. Il ne faut pas raconter n’importe quoi. D’abord par honnêteté intellectuelle vis-à-vis de soi-même et du lecteur et ensuite parce que j’apprends aussi de nombreuses choses durant cette phase. J’ai le sentiment d’être toujours dans l’acquisition de savoirs. À partir de ces recherches, les grandes lignes du roman vont commencer à se dessiner. Deux moments particulièrement jouissifs : la découverte du fil conducteur du livre et la chute et la fin de l’histoire (tout ça avant d’écrire). L’écriture, quant à elle, c’est le moment le plus long. Pour moi, cela reste une mise en musique où l’improvisation a une place relativement réduite. Une grande partie du livre est prête en amont : les personnages, les lieux, le fil conducteur, l’enchaînement des chapitres… Il y a évidemment de la place pour l’imprévu mais il ne faut pas qu’il « casse » le travail en amont. Je passe par différents moments. Quelques fois, je suis euphorique : « Ouais ! Quel génie ! ». D’autres fois, c’est la déprime complète : « C’est nul à ch… ». Au milieu, ce sont des heures et des heures de boulot avec une alternance d’écriture et de relecture. Vient ensuite un moment rare, celui où l’histoire est devenue un livre palpable : le premier exemplaire sorti de l’imprimerie. Il a une odeur d’encre et de papier… C’est un « bébé »… Le mien. Je sais, c’est d’un narcissisme affligeant. Mais tant pis, j’assume. J’en viens donc tout naturellement à la vente… Heu, non… à la rencontre avec les lecteurs (Humour). Écrire : c’est un travail et un plaisir solitaire. Le livre, il faut désormais qu’il soit partagé sinon il n’a aucun intérêt. À la question rituelle : pour qui écrivez-vous ? La réponse est claire : j’écris pour moi à condition que l’histoire soit lue par d’autres. Il y a bien sûr la nécessité matérielle de vivre donc de vendre des livres mais, intellectuellement, la rencontre avec les lecteurs est primordiale… Je dirais plutôt avec les lecteurs qui reviennent me voir sur les salons et qui me disent ce qu’ils pensent des ouvrages. Le must évidemment, c’est quand ils repartent avec la nouveauté…
La Bretagne tient-elle une place importante dans vos ouvrages ?
Oui et non. Il faut bien que les histoires se déroulent quelque part. J’habite en Bretagne donc naturellement, elles se déroulent en Bretagne mais sauf quelques livres, elles pourraient se dérouler ailleurs. Par contre, les lieux utilisés (sauf rares exceptions) existent réellement. Dans l’histoire que je suis en train d’écrire, une partie de l’intrigue se déroule dans un ancien hôpital militaire désaffecté, construit durant la seconde guerre mondiale. Il se situe au cœur d’une falaise aux abords proches de la ville de… (Je ne vais pas tout vous raconter non plus ! Il faudra lire le livre pour savoir la suite…).
Quels sont vos auteurs préférés ?
Je suis un fan inconditionnel de Karine Giebel (Meurtre pour rédemption ; Les morsures de l’ombre… Fleuve noir et Pocket, entre autres). Pour celles et ceux qui ne la connaissent pas, il faut la lire d’urgence. Outre Karine (devenue une amie depuis mes visites en prison dans la région de Cognac), j’aime particulièrement, chez les femmes, Mo Hayder, auteure particulièrement déjantée mais d’une force rare. Chez les hommes, je suis un fervent lecteur de Dennis Lehane, Michael Connely, Patrick Bard, Franck Thilliez, Caryl Férey, et chez les décédés Thierry Joncquet et Izzo. Chez les moins connus mais toujours vivants, Mouloud Akkouche, Jean Paul Le Denmat, Gilles Del Papas… Par contre, je n’ai jamais réussi à lire complètement un livre de Guillaume Musso, Michel Houellebecq ni Amélie Nothomb. Désolé pour leurs fans.
Des projets d’écriture à venir ?
Il y a toujours quelque chose sur le feu. Un bout de papier ou une idée qui traîne. Actuellement (je viens d’en parler un peu plus haut), je travaille sur une histoire qui a pour titre provisoire « Parasite(s) ». Il y aura des cloportes, quelques insectes qui traînent un peu partout, des chats momifiés (peut-être)… Mais évidemment, le ou les véritables parasites ne sont pas celles ou ceux auxquels on pense. Il y aura donc aussi des souterrains bretons (des vrais), une petite virée rapide aux USA, quelques séjours dans des instituts pour enfants déficients (paraît-il), une femme aveugle spécialiste d’un art martial méconnu, un ancien flic devenu gardien de parking souterrain par nécessité et ermite par choix, une vieille dame qui laisse un super héritage à ses enfants (mais sous conditions), un homme particulièrement perturbé par la disparition non résolue de sa femme, une femme (une autre, la sœur de l’homme) sans mari ni enfant, un professeur-chercheur en médecine ayant surfé sur la ligne rouge de la déontologie… Bref, cela semble un bazar innommable… Sauf, que moi, je sais où je vais… et en plus, je ne vous ai pas tout dit… Place au suspense avec une dose (quand même) de noir et de thriller… J’espère que mon éditeur me fera confiance (Aie ! Aie !).
Un dernier mot Jean-Pierre ?
J’en ai déjà beaucoup dit. Allez… un petit coup de promo… S’il faut lire quelques ouvrages dont je suis l’auteur, je vous conseille : Pour les fans du roman noir psychologique où le fond de l’histoire est le pourquoi et non le comment, testez « La Triade du Bourreau ». Pour les fans du « très noir », tentez « Chairs amis »… à lire avec gourmandise (déconseillé aux moins de 18 ans). Pour les fans des histoires où se mêlent enquêtes policières et enquêtes d’êtres à la recherche de leur identité, il faut lire « Le théorème du singe ». Enfin, il faudra de toute façon s’accrocher à la nouveauté du moment « Barbelés » où la question de fond reste : victime ou coupable ? Et se ruer sur « Parasite(s) » courant 2012.
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