Archive for juin, 2010
nouvelles caricatures de Jean Failler par Nono
Jeudi, juin 24th, 2010 | Jean Failler et Mary Lester, auteurs bretons, divers, salons et signatures | Un commentaire
Le célèbre illustrateur Nono (qui a signé les dessins de Gens et Choses de Bretagne, inventaire écrit par Jean Failler) à une nouvelle fois “croqué” Jean Failler et Mary Lester, lors du Salon de Vannes…Il y a de quoi rire !
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Les commentaires de Jean Failler sur le Salon de Vannes - avec photos
Mercredi, juin 23rd, 2010 | Jean Failler et Mary Lester, actualité littéraire bretonne, auteurs bretons, divers, salons et signatures | 4 commentaires
Après ses commentaires sur le Salon de Noirmoutier, Jean Failler nous offre cette fois de son avis sur le Salon de Vannes, qui se tenait le week-end dernier… Un régal une fois de plus… A vous de juger !
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Salon de Vannes
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À peine rentré de Noirmoutier, me re voici sur la route. Je repars pour Vannes, où, ce samedi et ce dimanche, se déroule le Salon du Livre en Bretagne.
D’abord, détour par Sarzeau où une charmante libraire m’a invité pour une signature.
Sarzeau et Vannes étant dans le même secteur géographique, ça ne me coûte qu’un détour d’une vingtaine de kilomètres.
Sarzeau, berceau de l’illustre Lesage, auteur (entre autres œuvres) du célèbre “diable boîteux”.
J’aime bien les petites librairies tenues par leur propriétaire. Celle de Sarzeau est ainsi faite, avec une libraire qui sait entretenir des relations particulièrement chaleureuses avec sa clientèle. Dans ces maisons, on trouve - outre des livres - la magie du contact ; la libraire finit par connaître le goût de son client pour telle ou telle sorte d’ouvrage et le lecteur est bien content d’être guidé judicieusement sans errer au hasard dans des rayons où il ne distingue pas toujours ce qu’il aimerait lire.
Dans les grosses librairies, ce sont souvent des Trissotins littéraires qui sont en charge des rayons et qui ne peuvent s’empêcher d’étaler leur petit savoir et leur goût pour la vraie littérature (de laquelle le livre dit “populaire” est bien évidemment exclu).
Cette attitude fait que, le plus souvent, ils prodiguent à des lecteurs en quête de conseils des recommandations mal venues propres à dégoûter à tout jamais certains clients de la lecture.
Cela s’appelle scier la branche sur laquelle on est assis, mais les Trissotins ignorent superbement les basses contingences matérielles. L’un d’eux me disait avec mépris, en parlant de son patron : “Il n’y a que le tiroir caisse qui l’intéresse !” Je me suis retenu de lui dire “Pauvre c…, s’il n’y avait pas ce tiroir caisse, qui te ferait ton chèque à la fin du mois ?”
Bref, vous aurez compris que ce n’est pas dans ce genre d’établissement que je m’égare volontiers.
Ma libraire avait prévu, dans sa petite librairie délicieusement nommée “Les passeurs de mots”, un petit buffet, avec crêpes, cidre, petits gâteaux… Autour de ce sympathique buffet, une conversation à bâtons rompus s’est spontanément instaurée avec les lecteurs. On en oubliait presque qu’on était venu là pour signer les ouvrages.
Premier fait marquant de la journée, une petite dame arrive avec une orchidée en pot. À ma grande surprise, elle m’est destinée. La dame avoue, en rougissant : “C’est pour vous remercier des bons moments que vous me faites passer.”
Je suis très ému: faire passer de bons moments à ses contemporains par les temps qui courent relève de l’exploit. Je prends ça comme un Goncourt, et surtout comme le plus beau compliment qu’on puisse me faire.
Alors, je fais la bise à la petite dame comme il se doit, ce qui accroît sa confusion, sous les flashs des deux journalistes de service heureux de capter cet instant d’émotion. Puis la petite dame repart, fière comme Artaban, “Casa del Amor” sous le bras.
Après ces instants de grâce, j’ai repris ma camionnette pour rentrer à Vannes, car je me déplace toujours avec ma camionnette.
J’y ai installé tout ce qu’il me faut pour survivre, un bon lit, bien entendu, ce qui m’évite d’aller loger dans les hôtels que l’organisateur nous réserve, le plus souvent dans quelque Formule 1 aux fins fonds d’une zone industrielle.
Les hôtels luxueux du bord de mer sont réservés aux “vrais” littérateurs, ceux qui sont estampillés VIe Arrondissement de Paris.
Qu’importe, je me suis installé sur l’île Conleau, au fond du golfe, comme un “vrai littérateur”. Et honni soit qui mal y pense !
Je dois dire que j’ai merveilleusement dormi, face à la mer.
L’île Conleau est pourvue d’une piscine naturelle que la mer remplit deux fois par jours. Le soir, l’eau y est un peu boueuse quand des dizaines de gosses s’en sont donné à cœur joie toute la journée, mais au petit matin, une eau toute fraîche l’a remplie et je suis le seul baigneur.
Le paradis ! Je peux nager tranquillement pendant une petite demi-heure. Bien évidemment, j’use de la douche installée à proximité pour ma toilette. Ensuite, je m’offre un petit déjeuner substantiel à la terrasse de l’hôtel de luxe qui jouxte ma camionnette, au milieu des “peoples” logés là et qui, visiblement, on du mal à émerger. Je ne songe même pas à leur recommander une demi-heure de natation aux petites heures du jour, suivie d’une douche froide. Dans le milieu, je suis déjà considéré comme un fada, pas la peine d’en rajouter.
Ensuite, en pleine forme, je m’en vais gaillardement affronter la foule qui ne va pas manquer de venir.
Le salon de Vannes est superbement installé dans les merveilleux jardins à la française, aux pieds des remparts de la ville.
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L’énorme tente blanche qui accueille les amateurs de livres est entourée d’autres tentes, plus petites, qui, elles, sont destinées aux rencontres et autres cafés littéraires.
Ici au moins, on ne mélange pas les genres.
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Le temps est magnifique et, dès dix heures, la foule se presse. En deux jours on enregistrera 32.000 visiteurs, ce qui n’est pas rien !
Le repas des auteurs est servi au château de l’Hermine, tout proche, et, il faut le dire, le traiteur s’est surpassé. Tout est excellent, le personnel attentionné, les voisins sympathiques. Une petite sieste, toujours dans le camion, et je retourne à mon stand.
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“Casa del Amor” se taille un franc succès et il me faut répondre encore et encore aux mêmes questions : “Quand viendra la suite de Mammig… Ai-je l’intention d’écrire encore des Mary Lester… Et les bouquins pour enfants ?”
Une vieille dame, très élégante, attend dans un fauteuil roulant. Il ne lui est pas facile d’approcher tant la foule est dense. Sa fille, qui la promène, relaye la question qu’elle voulait me poser : “Quand allez-vous faire du livre audio ?”
La vieille dame m’explique alors que sa vue ne lui permet plus de lire, pas même les ouvrages en gros caractères. Je lui signale donc que tous les Mary Lester sont enregistrés par la bibliothèque sonore de Quimper, et qu’elle peut se les procurer sur CD.
La voilà satisfaite : “c’est difficile de vivre sans lire”, dit-elle avec une moue qui en dit long sur sa frustration. Comme je vous comprends, madame !
J’espère que mes amis de la bibliothèque sonore pourront lui donner satisfaction.
Autre visite de marque, une équipe de gardiens de phares, désormais au chômage puisque l’automatisation des phares est chose faite. Ça marche tout seul, désormais. Ils en sont tout décontenancés, les gaillards. Et je puis vous assurer que ce sont des gaillards ! Le teint hâlé, les cheveux décolorés par les soleils, les vents, les pluies… Ils m’expliquent que tous, bon an mal an, sauvaient une douzaine de naufragés chacun et les réconfortaient en attendant les secours. Pas sûr que l’automatisation puisse en faire autant. Pas sûr du tout, même !
Voilà, il est déjà dix neuf heures. Le salon ferme ses portes. Les écrivains sont invités à regagner les navettes qui les attendent pour les conduire à la gare maritime. De là, embarquement sur une vedette sur laquelle l’apéro leur sera servi en préambule au repas qui aura lieu sur l’île aux Moines, un des joyaux du golfe du Morbihan.
C’est le clou de la fête, LA balade au milieu des personnalités. On pourra se faire photographier auprès de Benoîte Groult, Nelson Monfort, Edwy Plenel, Paul Lou Sulitzer et quelques autres.
Je me tiens soigneusement à l’écart et je laisse partir le navire. Je préfère dîner en tête à tête avec moi-même à une terrasse sur le port où l’animation est fort sympathique. Rassasié de sardines grillées, de bruits et de rires, je regagne l’île Conleau et sa zone de silence pour une seconde nuit aussi sereine que la première.
Le dimanche ressemble au samedi comme un frère. Emile et Josette sont venus me rendre visite. Ils m’avaient invité à séjourner chez eux le temps du salon et je les ai remerciés sans dire où j’avais dormi. Ils auraient pu être vexés que je préfère ma camionnette à un bon lit.
Emile et Josette ont respectivement 92 et 90 ans. Emile, toujours gaillard, toujours élégant - costume strict avec lavalière et Panama - mène une Josette pimpante, toute de rose vêtue, par le coude avec une autorité protectrice. Elle est - elle aussi - très soignée, très élégante et ses beaux yeux bruns pétillent de malice. Visiblement, ils sont toujours très amoureux. Il y a deux ans, ils sont venus en voiture me rendre visite à l’île-Tudy et depuis, Emile, qui est un virtuose d’internet, m’écrit fréquemment et m’adresse des blagues de garnement par mail.
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À dix sept heures je dois lever le siège : je n’ai plus de bouquins. J’en profite pour aller faire le tour des tentes où se donnent les conférences.
L’une d’elle déborde de monde. Je me demande quel illustre littérateur se livre à ses lecteurs. Las, c’est tout simplement un comédien qui tient dans “Plus belle la vie”, une série télévisée, le rôle d’un barman gay et qui a écrit quelque chose à ce propos (NDLR : Laurent Keruzore).
À quoi tient le succès…
Me voici sur le départ. Je rejoins le parking qui a été réservé aux auteurs, que des barrières mobiles séparent de la chaussée. Des bénévoles sont là, reconnaissables à leur chasuble jaune fluorescent et à leur casquette orange. Ce sont de jeunes gens fort sympathiques qui ont pour chef un monsieur plus âgé qui m’a, ce matin, accueilli fort courtoisement.
“Je vais enlever la barrière, dit-il, et vous guider pour sortir de cet emplacement.” Je le remercie, prends un livre dans ma voiture et le lui tends :
“Tenez, vous avez rendu service aux écrivains pendant ces deux jours, je suis sûr que personne n’a songé à vous offrir un livre”.
Il prend le bouquin et le regarde comme s’il n’en croyait pas ses yeux : “Merci !” souffle-t-il avec émotion. Et il ajoute : “Mais je n’ai rien à vous offrir, moi !”
Je le rassure en riant : “Je n’attends pas une contrepartie ! Vous nous avez été fort utile, et avec bonne humeur. C’est déjà beaucoup !”
Alors il prend dans un sac à dos qu’il porte sous sa chasuble un papier et me le tend : “Tenez, c’est pour vous !”
Je regarde, c’est un dépliant annonçant une exposition de peinture et je lis : “Olivier Mas ?” C’est moi, avoue-t-il. Voyez, je n’ai pas toujours été poseur de barrières… Il a un sourire triste. “À ma dernière expo, je n’ai rien vendu. Il faut bien vivre…”
Je regarde les reproductions. Ce sont des huiles de très bonne facture qui me font penser aux œuvres de Horace Vernet. Je le lui dis et je vois son œil bleu clair se mouiller. Il souffle : “Merci monsieur…”
Que dire ? Je lui serre chaleureusement la main en disant bêtement : “Allons, la chance tournera !” Et il redit, “Merci monsieur !”
Je démarre en lui adressant un signe de la main.
Quelle drôle d’époque ! Les barmen gay de la télé font florès, et les peintres de talent manœuvrent des barrières métalliques pour libérer les voitures des petits littérateurs que nous sommes.
Oui, quelle drôle d’époque !
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Bien à vous,
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J. Failler
revue de presse sur Les Mange-Rêve et Tombmor de Jean-Luc Le Pogam
Mardi, juin 15th, 2010 | Jean-Luc Le Pogam et les Mange-Rêve, auteurs bretons, divers, revue de presse | Pas de commentaire
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Jean Failler au Salon de Noirmoutier : ses commentaires et photos !
Mardi, juin 15th, 2010 | divers | 2 commentaires
Jean Failler participait le week-end dernier au Salon du Livre de Mer de Noirmoutier, pour dédicacer sa dernière enquête de Mary Lester Casa del Amor, dont l’action se déroule sur l’île.
C’est avec grand plaisir qu’il s’est prêté au jeu des commentaires, et qu’il nous décrit son week-end…
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Salon de Noirmoutier 2010.
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Tout au bout de l’île, sur une dune face à l’Océan, une immense tente blanche accueille les écrivains et leurs visiteurs.
L’endroit est superbe, le temps est beau, presque trop beau. Sous la tente, on cuit, si bien qu’il faut l’ouvrir pour faire circuler l’air.
Chaque libraire a son écurie, je suis entre Françoise Xénakis et une vieille connaissance, l’amiral Merer que j’ai connu lors du salon “l’Ancre et la Plume”, alors qu’il était Préfet Maritime à Brest.
Cet homme jeune, qu’on prendrait pour un midship plutôt que pour un retraité de la Royale, est tout à fait passionnant. Laurent Merer est un littéraire et, comme il a vécu des expériences extraordinaires aux plus hautes responsabilités de son arme, on apprend toujours plein de choses en parlant avec lui. D’autant qu’il raconte bien.
Madame Xénakis, son petit chien sur les genoux, est très disponible pour ses nombreux admirateurs.
Nos hôtes sont Bénédicte et Vincent, deux jeunes et sympathiques “vrais” libraires dont la boutique, dans le vieux quartier de Noirmoutier, est un enchantement. Ils vous y servent outre d’excellents bouquins de non moins excellents gâteaux pour accompagner le thé ou le café.

Avec Bénédicte et Vincent, libraires à Noirmoutier (librairie Trait d'Union) qui m'ont chaleureusement accueilli sur leur stand.
Voilà, le décor est planté (c’est le cas de le dire, puisqu’on est sous une tente). Reste à attendre le chaland. En fait de chaland, voici une troupe officielle qui s’avance, entourée de photographes et de caméramen. Ces gentlemen en costumes sombres serrent les mains d’un air pénétré en se présentant avec componction : Tartempion, député, Untel, conseiller général, Dupont, maire, Durand, conseiller régional…
J’en oublie sûrement, car je passe sur cette piétaille de la démocratie que sont les adjoints aux maires, les conseillers municipaux, etc.
J’en oublie sûrement, mais j’espère qu’on ne m’en tiendra pas grief.
Cette armada de VIP, dont le vaisseau amiral est monsieur De Villiers, président de Région, entraîne dans son sillage une cohorte de jeunes attachés de ceci ou de cela, aux dents déjà longues, qui se bousculent volontiers pour figurer sur la photo qui paraîtra dans le quotidien régional demain.
Et puis c’est le temps des discours. La société de remerciements mutuels et réciproques entre en action.
Derrière moi, Gérard, qui fut un des bagnards de Vidocq à la télévision (reconverti dans le polar) soupire avec son inimitable accent parigot : “C’est parti pour deux plombes !”
Il ne se trompe pas beaucoup, Gérard. Pour chacun de ces politiques, c’est l’heure de gloire : le micro à la main, ils vont pouvoir ressasser les lieux communs que le précédent orateur a assénés et que le suivant répétera à l’envi, encore et encore.
Tout ceci nous parvient parfaitement incompréhensible, heureusement, dans un salmigondis abasourdissant.
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Je sors prendre l’air pour récupérer un peu. Enfin, c’est l’apéritif d’honneur qui clôt, comme il se doit, cette cérémonie et l’armada se dirige vers les tables dressées dehors. Ouf, on va pouvoir, peut-être, s’entretenir avec nos lecteurs, ceux qui ont fait des kilomètres pour nous rencontrer.
On les attend de pied ferme, puis on les cherche, en vain… L’horloge nous apprend qu’il est déjà douze heures trente, ce qui laisse à penser qu’en attendant de goûter aux nourritures spirituelles, les visiteurs font le plein de nourritures terrestres.
Comme je le fais d’ordinaire, je casse la croûte dans mon camion aménagé, face à la mer, puis je sacrifie à un petite sieste bien méritée. Quatre heures de route pour rejoindre Noirmoutier, c’est environ trois heures trente de plus que je puis supporter.
Lorsque je reviens, j’ai déjà des lecteurs qui m’attendent. Des dames, des messieurs qui me disent combien ils aiment ce que j’écris. Voilà qui est bien réconfortant. On me pose des questions : Quand écrivez-vous, où trouvez vous votre inspiration, quand ferez-vous un roman qui se passe à Belle-Île,
à Ouessant, à Plougrescan ?… (liste non exhaustive)
Je réponds avec bonne humeur, je plaisante, je serre des mains, je fais la bise parfois, et parfois aussi je dois poser pour la photo.
Mais voilà que le micro couvre les conversations. À l’autre extrémité de la tente, il y a un espace aménagé pour les conférences et, dans une (peu) louable intention, les organisateurs ont sonorisé tout l’espace, si bien que l’on ne s’entend plus. Chacun s’efforce de hausser le ton pour se faire comprendre, en vain ! C’est épuisant.
Une jeune et charmante journaliste qui voulait m’interviewer renonce : “Je vous poserai les questions par mail, ici c’est impossible”.
Elle a tout à fait raison. J’ai la nostalgie de l’atmosphère feutrée du feu salon des Écrivains Bretons, dans les écuries du château de Trévarez (NDLR : en centre-Finistère) où,
sur un fond de musique classique, on pouvait échanger avec bonheur de menus propos avec les lecteurs qui nous faisaient l’honneur de leur présence.
Une conférence s’achève, on va pouvoir avoir une plage de (relatif) silence… Las ! Voilà que les binious bombardent, comme dirait Jaouen. Invité en terre vendéenne, le bagad de Quimper donne aubade sur aubade. Pas feignants, mes concitoyens, ils n’ont pas fait le voyage pour rien ! Avec eux les
amateurs de décibels en ont pour leur argent. On se croirait au Festival de Cornouaille. Et ils jouent bien, les bougres, on le sait depuis longtemps… Bien et fort…
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La tente se vide, les écrivains se regardent, navrés.
Quand les organisateurs de salons dits littéraires comprendront-ils qu’on ne peut pas mélanger tous les genres, si bons soient-ils ?
Epuisé par cette première journée, je retrouve avec bonheur la charmante petite chambre que les organisateurs m’ont réservée à Noirmoutier en l’île.
Dormir enfin !
Pas de chance, c’est la coupe du monde de foot. Mon voisin de chambre est un fan. Comme je regarde aussi, ça ne me gêne pas. Lorsque le match est terminé, j’éteins. Pas le voisin. Jusqu’à minuit, j’ai l’impression d’avoir Raymond Domenech au pied de mon lit. On cauchemarderait pour moins que ça.
Je tape au mur, je retape au mur à m’en meurtrir le poing… Enfin, ça se termine.
Il est minuit. Je suis trop énervé pour m’endormir de suite. J’ai échangé le spikeur contre le ronfleur. Le voisin fait vibrer les murs.
Je finis tout de même par m’endormir jusqu’à ce que je sois réveillé en sursaut. Le salaud, il a rallumé la télé ! Je regarde ma montre, il est 5 h 30. Ça va durer jusqu’à sept heures.
Au petit déjeuner, je me plains au patron de l’hôtel qui va dire deux mots à cet homme bruyant. Celui-ci s’étonne : comment ? Il n’a même pas allumé sa télé ! Comme nous ne sommes qu’à deux dans l’hôtel, j’ai dû rêver. Je maîtrise, mais si ce soir il remet ça, je l’assomme !
Il n’a pas remis ça. Du moins jusqu’à huit heures… Et il paraît que c’est un homme de lettres ! Je croyais qu’un homme de lettres se mettait au lit avec un bon bouquin et que le sommeil venait le chercher paisiblement. Comme on peut se tromper, n’est-ce pas ? À la réflexion, ça doit plutôt être un spécialiste des Chiffres et des Lettres.
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La seconde journée ressemble à la première, avec d’autres rencontres heureuses. Je vous en donne deux…
Une charmante dame vient me serrer la main avec effusions : “Ah, je vous remercie, vous avez parlé de moi dans votre roman”.
Je m’étonne : comment aurais-je pu parler d’une personne que je ne connais pas ?
Elle s’explique : elle tenait, sur la plage des dames à Noirmoutier, la petite boutique de plage que j’ai décrite dans les premières pages de mon livre. Elle en est toute émue. Je pose, sur la photo, entouré de monsieur et madame. Ils me l’enverront par internet, c’est promis. Et si je repasse par la plage des dames, il faut que j’aille les voir. Bien qu’ils soient maintenant en retraite, ils habitent toujours là. C’est promis aussi.

Monsieur et madame Freslon qui ont créé la boutique "Grain de sable"sur la plage des Dames au bois de la Chaize à Noirmoutier.
Et puis la seconde rencontre marquante : un grand gaillard d’une bonne soixantaine d’années vient me dire combien Mary Lester l’a accompagné dans sa vie professionnelle. Il travaillait dans une compagnie pétrolière et il a baroudé à la recherche de l’or noir dans tous les coins du monde : de l’Alasaka à la Zambie, en passant par le détroit de Behring et le pôle sud. Et puis, le voilà en retraite, il rentre au logis, sur la côte Nord de Bretagne et là, surprise, sa femme qui ne l’a jamais vu plus d’un mois par an, le trouve trop encombrant. Et hop, le voilà viré ! Heureusement, il a une petite résidence secondaire sur l’île de Noirmoutier. Alors il s’y réfugie et là, il trouve une lettre qui vient d’arriver : une de ses amie d’enfance, qu’il avait perdue de vue depuis quarante et des années, lui annonce qu’elle a dû quitter un mari brutal et qu’elle se trouve à la rue. Il prend son téléphone et ne dit qu’un mot : “Viens !”
Elle est là, toute timide dans son ombre de géant, toute blonde, tout de blanc vêtue, coquette, élégante… Elle a des yeux extraordinaires, d’un bleu tout délavé, des yeux qui ont trop pleuré sans doute. Mais maintenant, ils sont pleins d’étoiles et quand ils se regardent, leur bonheur irradie.
Y a-t-il quelque chose à rajouter ? Même si elle en est prodigue, la vie ne fait pas que des vacheries. Elle fait aussi, heureusement, parfois de beaux cadeaux. Pour moi aussi de telles rencontres sont de beaux cadeaux. Et il y en a eu d’autres, plus discrètes mais tout aussi charmantes. On a échangé des cartes, on s’enverra des mails et, qui sait, sur un autre salon… Il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas.
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La dame organisatrice passe, affairée. Elle s’inquiète :
— Il n’y a pas beaucoup de monde ! Pourtant, on a bien fait les choses.
— Oui, lui dis-je, vous avez parfaitement fait les choses, mais vous avez oublié l’essentiel.
— L’essentiel ? Que voulez-vous dire ?
— Le parking, madame !
— Le parking ? Vous n’avez pas trouvé à vous garer ? Il y a pourtant un fléchage…
— Il ne s’agit pas de moi, je suis parfaitement servi de ce côté, mais des visiteurs.
Elle me regarde, interdite :
— Les visiteurs ?
Elle semble dire : s’il faut aussi se préoccuper des visiteurs !
— Il est impossible de garer une voiture dans un rayon de trois kilomètres. Si vous croyez que les gens vont les faire à pied ces trois kilomètres…
Elle ne me répond pas.
Eh oui, chère dame, la règle intangible du commerce moderne dit (qu’on m’excuse de l’écrire en anglois) “No parking, no business…” (Ce qu’il faut être terre à terre, parfois !)
Je la laisse nager dans un océan de perplexité.
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Voilà, le temps est venu des adieux à mes voisins, mes voisines, à nos charmants libraires.
J’ai grande hâte de retrouver mon petit bureau dans ma petite île.
Dimanche, on remet ça, à Vannes, cette fois…
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Bien à vous,
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Jean Failler.

Madame Nadine Chantreau, qui m'a si bien documenté sur "son" île, accompagnée de mon épouse Marcelle.
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chronique de Tombmor sur le site Encres Vagabondes
Mercredi, juin 9th, 2010 | Jean-Luc Le Pogam et les Mange-Rêve, actualité littéraire bretonne, auteurs bretons, revue de presse | Pas de commentaire
Comme les 2 premiers volets de la série, le double-tome Tombmor de Jean-Luc Le Pogam suscite beaucoup d’intérêt auprès des médias et sites spécialisés…
Cliquez ici pour découvrir l’article consacré à l’ouvrage sur le site Encres Vagabondes…














